Le kākāpō (Strigops habroptilus) n’a déjà pas beaucoup d’atouts pour survivre : il est nocturne, ne vole pas, se reproduit lentement… et pourtant, il est peut-être en train de préparer son plus beau “come-back” depuis des décennies. Après une pause de quatre ans depuis la dernière saison (2022), la reproduction 2026 est officiellement lancée, avec des signaux très encourageants.
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
Et ce n’est pas un cas isolé : la Nouvelle-Zélande a déjà prouvé qu’un programme bien mené peut ramener une espèce au bord du néant vers une dynamique positive comme le raconte la renaissance spectaculaire du takahē en Nouvelle-Zélande.
Le déclencheur : l’année “mast” du rimu, ce buffet qui met tout le monde d’accord
Chez le kākāpō, l’amour ne dépend pas d’un dîner aux chandelles mais… d’un conifère : le rimu (Dacrydium cupressinum). Les kākāpō ne se lancent sérieusement dans la reproduction que lorsque ces arbres “mastent”, c’est-à-dire produisent une énorme quantité de fruits. Cela arrive typiquement tous les 2 à 4 ans.
Ce qui rend 2026 excitante, c’est que les comptages sur les branches de rimu indiquent une fructification exceptionnellement élevée, et que les femelles sont en bonne condition. Résultat : les scientifiques parlent d’une saison potentiellement “la meilleure depuis le début des suivis modernes (années 1970)”.
Dans la conservation, quand l’habitat et la protection s’alignent, les courbes peuvent enfin grimper dans le bon sens, l’exemple le plus parlant étant le doublement de la population de tigres en Inde. Le kākāpō, lui, ne va pas doubler d’un coup (il a choisi le mode “économie d’énergie”), mais une grande année de reproduction peut changer la trajectoire.
Et il y a un détail délicieusement mystérieux : les kākāpō semblent démarrer la reproduction alors que les fruits ne sont pas encore mûrs. Autrement dit, ils ont l’air de “sentir” l’abondance à venir. Même les chercheurs admettent que le mécanisme exact n’est pas totalement compris.
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
Des chiffres encourageants… mais à manier avec prudence
Le Département de la conservation néo-zélandais (DOC) donne un total d’environ 236 kākāpō, dont 83 femelles en âge de se reproduire au début de la saison.
Si “la plupart des mères élèvent un seul poussin”, une année où beaucoup de femelles nichent peut mécaniquement battre des records… sur le papier. Mais entre les œufs, l’éclosion, la survie des poussins et l’accès à l’indépendance, il y a un monde (et pas mal de nuits blanches pour les équipes sur le terrain).
Pour situer : la saison 2022 avait donné 57 jeunes envolés, et 2019 reste une référence très productive (le DOC parle d’un record de 73 “fledglings”).
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
La reproduction façon “boîte de nuit” : le lek et le fameux “boom”
Le kākāpō a un rituel assez unique : les mâles se regroupent sur des sites de parade, et émettent des appels graves (“booming”) pour attirer les femelles. C’est un système de lek, rarissime chez les perroquets.
Et comme le kākāpō est nocturne, tout ça se passe dans l’obscurité : une rave party version forêt humide, sans stroboscope mais avec du rimu en catering.
C’est aussi un rappel : les perroquets sont souvent des espèces très exposées — et certaines ont frôlé l’effacement total, comme l’ara de Spix, ce perroquet bleu devenu un symbole mondial.
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
Un changement important : moins d’intervention, plus de “naturel”
Cette saison, le DOC annonce tester des stratégies plus “low-intervention” selon les sites : davantage d’œufs laissés au nid plutôt qu’en incubateur, moins d’ingérence auprès des mères, réduction de l’alimentation complémentaire, tout en gardant un œil prioritaire sur les œufs et poussins “génétiquement précieux”.
Le message est clair : le succès ne se résume plus au compteur de poussins. L’objectif est de créer des populations prospères, pas seulement “survivantes”, et à terme de ré-étendre l’aire de répartition du kākāpō.
Côté culturel, Ngāi Tahu souligne aussi une idée forte : laisser certains poussins sans nom, comme un symbole de retour à des dynamiques plus sauvages.
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
Le caillou dans la chaussure : la diversité génétique du kākāpō
Même avec une grosse saison, le kākāpō reste vulnérable à cause du goulot d’étranglement historique (on est remonté d’un très petit nombre d’individus). Cela peut entraîner des soucis de fertilité et augmenter les risques face aux maladies. D’où l’importance des outils de modélisation, de la génétique de conservation et des choix de gestion très concrets.
Et c’est là qu’on touche un sujet fascinant (et un peu vertigineux) : la frontière entre sauver le vivant et reconstruire le vivant. Entre technologies de reproduction et ambitions futuristes, on pense forcément à des démarches beaucoup plus radicales, comme les projets de dé-extinction autour du “loup géant”. Le kākāpō, lui, n’a pas besoin d’être ressuscité : il a “juste” besoin qu’on lui laisse une chance… année après année, île après île.
Crédit photo Jake Osborne (CC BY-NC-SA 2.0).
En bref
2026 pourrait être une année charnière : si la fructification du rimu tient ses promesses et que les poussins passent le cap critique, le kākāpō fera un pas de plus loin du précipice. Et franchement, voir un perroquet nocturne, dodu et incapable de voler défier la logique statistique… c’est le genre de bonne nouvelle qui mérite qu’on “boom” de joie.
Voici une vidéo du NZHerald sur le sujet:
Sources pour aller plus loin
• Department of Conservation
• University of Auckland
• Datazone Birdlife





