Clémentine Delait est l’une des femmes à barbe célèbres les plus connues en France. Tenancière de café à Thaon-les-Vosges, elle a transformé une particularité physique en véritable phénomène populaire, bien avant l’ère des réseaux sociaux.
Née Clémentine Clattaux le 5 mars 1865 à Chaumousey (Vosges), elle présente dès l’adolescence une pilosité faciale marquée. Longtemps, Clémentine se rase… jusqu’au jour où elle décide de faire exactement l’inverse, et c’est là que la légende commence.
Pourquoi Clémentine Delait est devenue une femme à barbe célèbre
En 1901, à 36 ans, Clémentine et son mari assistent à la foire de Nancy. Elle y croise une autre femme à barbe exhibée comme curiosité. L’anecdote (et quelques remarques mal placées) remonte jusqu’au café… et un client lui lance alors un pari : 25 louis si elle laisse pousser sa barbe.
Clémentine accepte. On raconte même qu’elle n’aurait jamais touché la somme promise — mais elle gagne beaucoup mieux : une notoriété durable. Sa barbe devient touffue et frisée, parfois décrite comme se séparant en deux panaches, et elle ne la quittera plus.
Une célébrité… et un sens du “marketing” très moderne
Le bouche-à-oreille fait le reste : les curieux viennent de plus en plus nombreux pour voir Clémentine Delait, devenue célèbre femme à barbe. Le café du couple est même renommé « Le café de la Femme à Barbe ».
Pour ancrer sa popularité, elle pose pour des photographes : une quarantaine de cartes postales circulent avec son image, souvent autographiées. En clair : Clémentine vend du souvenir, et le souvenir voyage.
Au passage, si vous aimez les histoires de pilosité devenue phénomène, vous pouvez aussi jeter un œil à Louis Coulon et sa barbe géante de 3,30 m : on est sur une autre catégorie de “surface capillaire”.
Robes, pantalon et liberté de ton
Clémentine reste souvent très coquette sur les clichés, en robes et tenues soignées. Mais elle obtient aussi une permission de travestissement, qui lui permet de poser en tenue masculine (pantalon, costume), parfois avec cigare et chope : un pied de nez aux conventions de l’époque.
Au passage, sa barbe rend “timide” la pilosité de certaines autres icônes d’archives, comme Zahra Khanom Tadj es-Saltaneh , princesse Qajar qui portait un ravissant duvet.
La Grande Guerre : des “Poilus” et une mascotte très… littérale
Pendant la Première Guerre mondiale, Clémentine s’engage auprès de la Croix-Rouge. Les soldats français étant surnommés les “Poilus”, elle devient une sorte de mascotte : l’humour du front n’est pas toujours subtil, mais il sait reconnaître un symbole.
Après la guerre, le couple adopte une petite fille, Fernande (souvent présentée comme orpheline, soit des drames de la guerre , soit de la grippe espagnole selon les sources). Plus tard, ils ouvrent une mercerie à Plombières-les-Bains. Devenue veuve en 1928, elle ouvre un nouveau café à Thaon-les-Vosges avec spectacles de cabaret qu’elle anime elle‑même.
Barnum, l’Europe… et le refus du cirque
Plusieurs récits indiquent que le cirque Barnum aurait proposé à Clémentine de les rejoindre pour une somme énorme, offre qu’elle aurait refusée. Ce point est intéressant, parce qu’il distingue Clémentine de nombreuses figures de “freak shows” : elle n’est pas seulement “montrée”, elle choisit où, quand, comment — et surtout pourquoi.
À l’inverse, certaines histoires sont franchement plus tragiques, comme celle de Juliana Pastrana, victime d’hypertrichose et d’une exploitation abjecte. Mettre les deux récits en regard aide à comprendre ce qui rend Clémentine singulière : l’agence (et le culot) dans un monde qui aimait enfermer les gens dans une vitrine.
Dernière révérence
Clémentine meurt à Épinal, le 19 avril 1939, d’une crise cardiaque, à 74 ans. Sur sa tombe, comme elle le souhaitait, on peut lire :
“Ici gît Clémentine Delait, la Femme à Barbe.”
Simple, net, sans besoin de légende : la légende est déjà dans le nom.
Sa vie continue d’inspirer : le film Rosalie (sorti en salles en avril 2024) s’inspire très librement de son histoire, remettant cette femme à barbe célèbre sous les projecteurs et relançant la curiosité autour de Clémentine.
Pourquoi cette barbe
Difficile de trancher à posteriori, mais Clémentine semblait plutôt sujette à l’hirsutisme qu’à l’hypertrichose.
L’hirsutisme est une pilosité “de type masculin” chez la femme (menton, lèvre supérieure, parfois thorax/dos). Il est souvent lié à un déséquilibre hormonal avec excès d’androgènes (par exemple en cas de syndrome des ovaires polykystiques). Au-delà de l’esthétique, il peut provoquer une souffrance psychologique, d’où l’intérêt d’un avis médical pour en identifier la cause et, si besoin, proposer une prise en charge (hormones, épilation durable, accompagnement).
Mini FAQ
Qui était Clémentine Delait
Clémentine Delait (1865–1939) était une tenancière de café à Thaon-les-Vosges, devenue l’une des femmes à barbe les plus célèbres de France grâce à sa barbe… et à un sens du “show” très moderne (photos, cartes postales, etc.).
Pourquoi Clémentine Delait avait-elle une barbe ?
On évoque généralement un hirsutisme (pilosité “de type masculin” chez la femme), souvent lié à un déséquilibre hormonal. Faute de dossier médical fiable, on ne peut pas affirmer une cause précise pour Clémentine.
Où vivait la femme à barbe célèbre des Vosges ?
Elle a vécu dans les Vosges, notamment à Thaon-les-Vosges, où son établissement a été surnommé “le café de la Femme à Barbe”.
Clémentine Delait était-elle une artiste de cirque ?
Non : même si des récits parlent d’offres de spectacles, elle est surtout connue pour avoir construit sa notoriété en restant indépendante, depuis son café et via des supports populaires comme les cartes postales.
Le film “Rosalie” raconte-t-il la vraie histoire de Clémentine Delait ?
Le film s’en inspire mais ne raconte pas sa biographie au mot près : c’est une œuvre de fiction qui reprend surtout l’idée d’une femme barbue confrontée au regard de la société.
L’hirsutisme, c’est grave ?
Ce n’est pas “grave” en soi, mais cela peut être difficile à vivre. Un avis médical peut aider à en comprendre la cause et à proposer des solutions si la personne le souhaite (prise en charge hormonale, épilation durable, accompagnement)..
Sources pour aller plus loin
• Wikipédia
• Europeana
• 100% Vosges
• Youtube – Rosalie
Autre femme qui a utilisé sa différence, découvrez également l’histoire de Mary Ann Bevan.




















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