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L’expédition antarctique australasienne de Douglas Mawson : une aventure glaciale en images d’archives

Il y a des photos anciennes qui ressemblent à de simples curiosités d’un autre temps, et puis il y a celles qui racontent, à elles seules, une épopée entière. Les clichés de la première expédition antarctique australasienne, menée par le géologue Douglas Mawson entre 1911 et 1914, font clairement partie de la deuxième catégorie.

Derrière ces images sépia de chiens de traîneau, de manchots stoïques et de cabanes perdues dans la neige, il y a une histoire de science, de survie et de vent. Beaucoup de vent. Assez pour transformer un endroit de la planète en gigantesque soufflerie naturelle – un autre visage du continent blanc que tu évoques déjà lorsque tu parles de l’endroit le plus froid du monde.

Les photos que vous allez découvrir plus bas ne sont pas de simples cartes postales polaires : ce sont les témoins d’un moment où l’Antarctique était encore un grand blanc sur la carte, et où une poignée d’hommes décidait d’aller voir de près ce qui se cachait derrière.

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Blizzard, un chiot en Antarctique

Une expédition pour mettre de l’ordre dans le grand blanc

Lorsque Douglas Mawson lance son expédition antarctique australasienne (AAE), l’idée est simple sur le papier : explorer la côte au sud de l’Australie, presque entièrement inconnue, et la transformer en territoire documenté.

Entre 1911 et 1914, le navire Aurora longe plus de 2 600 miles de rivages inexplorés, cartographie des centaines de kilomètres de côtes et permet de collecter des montagnes de données : observations géologiques, mesures météorologiques, enregistrements de phénomènes magnétiques, prélèvements biologiques…

Ce travail rejoint, d’une certaine façon, ce que tu présentes dans d’autres articles sur les curiosités de la région antarctique, comme la montagne en forme de pyramide en Antarctique ou les phénomènes extrêmes liés au froid.

C’est dans ce contexte que travaille Frank Hurley, photographe et opérateur cinématographique de la mission. C’est lui qui fixe sur plaque cette aventure polaire, parfois au prix de situations assez absurdes : stabiliser un trépied en plein blizzard, enfouir l’appareil dans la neige pour ne pas le perdre, affronter des températures largement sous zéro pour obtenir… une bonne lumière.

• Des huskies tirant un traineau
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• Des manchots Adélie glacés après un blizzard au cap Denison
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• Harold Hamilton à côté d’un squelette d’éléphant de mer
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• Basilic et gingembre au camp de base
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• C.t. Madigan avec un masque de glace
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• Glace en forme de champignon
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• Manchots royaux
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• Épave de la «gratitude» à l’île Macquarie
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• Gorfou huppé
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• Grotte creusée par la mer dans la glace dans la baie du Commonwealth
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• Manchot Adélie glacé
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• Membres de l’équipage
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• Cormorans défendant leur nid sur l’île Macquarie
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• Le pays des phoques
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• Pêche au plancton du pont de l’Aurora
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• Phoque de Weddell pris dans la glace de Shackleton
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• Mertz quittant la cabane par la trappe du toit
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• F. Bickerton amirant la mer de la baie du Commonwealth
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• Iceberg éclairé par le soleil de minuit en été
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• Membres de l’expédition dans la cuisine
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• Wild & Watson en sac de couchage sur le traineau
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• Traineau à moteur
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• Femelle éléphant de mer sur l’île Macquarie
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• Manchot de Victoria
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• Arthur Sawyer et un éléphant de mer
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• Frank Hurley lavant du film cinématographique sur le « Aurora »
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• Mawson se repose au bord d’un traineau
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• Quartiers d’hiver
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• Départ du premier voyage à partir du camp « The Grottoes »
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• Bob Bage et J. Hunter
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• Bage à l’entrée de l’observatoire astronomique
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• En traineau sur un plateau
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• Le Aurora traversant les glaces dans la mer de Durville
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• De jeunes éléphants de mer sur la plage de l’ile Macquarie
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• Madigan et Mawson débarquant de l’Aurora
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• Déchargement à Cap Denison
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Cape Denison, l’adresse la moins cosy du monde

Pour installer son camp de base, l’expédition choisit Cape Denison, au fond de la Commonwealth Bay. Une belle baie, une vue dégagée, un accès pratique à la mer… et un minuscule détail : le coin est l’un des endroits les plus ventés de la planète.

Là-bas, les vents catabatiques – ces vents glacés qui dévalent le plateau antarctique – atteignent régulièrement plus de 200 km/h. Les rafales arrachent tout ce qui n’est pas solidement fixé, la neige se déplace horizontalement, et les huttes de bois de la mission sont secouées comme des boîtes d’allumettes.

Sur les photos, cela se traduit par des cabanes à moitié enterrées, des hommes qui semblent lutter contre un mur invisible, des cordages figés dans la glace et des formations de neige sculptées par le vent, parfois en véritables « champignons” de glace« . On est loin du chalet de montagne instagrammable.

Ce décor extrême fait écho à d’autres lieux insolites du continent, comme la cascade rouge de l’Antarctique (Blood Falls) ou le lac Don Juan, lac salé qui ne gèle jamais, où là encore la glace cache des histoires scientifiques assez hallucinantes.

C’est aussi dans cette atmosphère que vivent les animaux que l’on croise sur les clichés : manchots tassés en colonies compactes, oiseaux marins juchés sur des rochers battus par les vagues, phoques affalés sur la banquise, totalement indifférents aux tempêtes.

Une expédition scientifique, mais aussi un vrai scénario de film dramatique

Comme beaucoup de grandes entreprises polaires du début du XXe siècle, l’expédition de Mawson a son lot de drames.

Lors d’un raid en traîneau, l’un des membres de l’équipe, Belgrave Ninnis, disparaît dans une crevasse avec son attelage. Avec lui, une grande partie des provisions et du matériel. Impossible de le secourir : la crevasse est trop profonde, les cordages trop courts. Les compagnons n’entendront jamais de réponse à leurs appels.

Les deux survivants, Douglas Mawson et Xavier Mertz, n’ont plus assez de vivres pour rentrer à la base. Ils se résignent à abattre et manger leurs chiens de traîneau pour survivre. Mauvais plan secondaire : le foie de chien, très riche en vitamine A, provoque chez Mertz des symptômes graves (ce que l’on interprète aujourd’hui comme une probable hypervitaminose A). Malade, épuisé, il finit par mourir sur le chemin du retour.

Mawson poursuit alors seul, sur des centaines de kilomètres, dans un état physique et mental limite. Il perd des morceaux de peau sous ses pieds, affronte les tempêtes, continue malgré tout à noter des observations. Lorsqu’il atteint enfin Cape Denison, le navire Aurora vient tout juste de repartir, le croyant mort.

Heureusement, une petite équipe est restée pour un hivernage supplémentaire, ce qui lui permet de ne pas terminer son histoire en glaçon anonyme perdu sur la banquise.

Quand on regarde les photos de Mawson, Mertz ou Ninnis au départ, souriants devant leurs traîneaux, on sait que l’histoire n’a pas la même couleur pour tout le monde au retour.

Frank Hurley, le magicien de la lumière polaire

Si ces images nous touchent encore aujourd’hui, c’est aussi grâce à l’œil de Frank Hurley. Là où d’autres se seraient contentés de documents strictement utilitaires, Hurley compose de vraies scènes :

les chiens de traîneau en pleine course dans un paysage sans horizon, les silhouettes d’hommes minuscules face à des glaces géantes, le navire Aurora littéralement englué dans une coque de givre.

On voit aussi des scènes de vie quotidienne : cuisine, travail dans les laboratoires, réparations, moments de repos. La mission ne se résume pas à des exploits héroïques en extérieur ; elle se joue aussi dans l’odeur de cuir mouillé, de laine humide et de conserves, dans des cabanes où la lumière lutte contre la fumée et la neige qui s’infiltre partout.

Certaines de ces photos sont devenues emblématiques de l’histoire de l’exploration polaire. D’autres, plus modestes, capturent un détail, un regard, un chien nommé Blizzard ou un manchot mal coiffé. L’ensemble donne une vision très humaine d’une expédition qui aurait pu n’être qu’une série de chiffres et de relevés.

Manchots, phoques et chiens de traîneau : les autres héros de l’histoire

Impossible d’évoquer ces clichés sans parler des animaux qui y apparaissent régulièrement.

Il y a d’abord les chiens de traîneau, indispensables pour transporter le matériel et les hommes sur des kilomètres de glace. On les voit parfois bondissants, parfois couchés, parfois simplement roulés en boule dans la neige, comme s’ils essayaient d’oublier un instant le vent qui hurle. Leur rôle dans l’expédition est capital, même si leur destin, pour certains, sera tragique.

Il y a aussi les manchots, rois incontestés du photobombing polaire. Manchots Adélie, manchots royaux, ils traversent régulièrement le cadre, alignés comme des figurants en smoking, impassibles face aux tempêtes.

Sur 2tout2rien, on les croise déjà dans des scènes beaucoup plus mouvementées, comme ce manchot qui saute sur un zodiac pour échapper à un léopard de mer ou cette course mortelle entre un manchot et un léopard de mer dignes d’un film d’action.

Et pour rester dans les bizarreries comportementales, certains cousins comme le manchot à jugulaire adepte des micro-siestes de 4 secondes montrent qu’en Antarctique, on sait autant survivre à la glace qu’à la privation de sommeil.

Ajoutez à cela les phoques, les éléphants de mer et les oiseaux marins, et vous obtenez une galerie de portraits qui montre que l’Antarctique, même à cette époque, n’a rien d’un désert vide. Sous le vent et la glace, la vie s’organise, s’adapte, prospère.

Des images qui comptent encore aujourd’hui

Au-delà de l’aventure humaine, l’expédition antarctique australasienne laisse un héritage scientifique massif : cartographie de nouvelles portions de côte, mesures de climat, analyses de glace, études de la faune… Une partie de ces données sert encore de référence pour comprendre l’évolution du climat et de la banquise.

Les photos, elles, jouent un rôle complémentaire. Elles montrent un continent avant la généralisation des technologies d’observation, avant que l’on parle de “tourisme polaire” et bien avant que les changements climatiques ne deviennent un sujet grand public.

Sources pour aller plus loin

Wikipédia
Antartica
The Mind Circle

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