Il y a des façades qui se contentent d’être… des façades. Et puis il y a celles qu’Artez transforme en scène de spectacle : des corps en équilibre, des torsions impossibles, une chaise qui sert tantôt d’agrès, tantôt de partenaire de danse. Résultat : des fresques acrobatiques monumentales qui donnent l’impression que le bâtiment a décidé de bouger … enfin, sans demander l’avis de l’architecte.
“Dancer” (2024), Bourgoin-Jallieu, France.
Artez, le muraliste qui “teste” les limites des murs
Basé à Belgrade, Artez (artiste serbe) s’est fait connaître par un style hybride : photoréalisme + illustration, avec des couleurs et une présence très “vivantes”.
Sa série en cours, Simple Acrobatics, est née d’une envie claire : sortir de la représentation “classique” du corps en muralisme et proposer une autre manière d’habiter l’espace public. Ici, les danseurs s’étirent, se plient, contournent les angles… comme s’ils cherchaient littéralement la couture du décor.
“Simple Acrobatics” (2025), Wuppertal, Allemagne
“Simple Acrobatics” : la chaise comme accessoire (et comme prétexte à l’impossible)
Le détail qui revient souvent : la chaise. Pas la chaise “pause-café”, non. Plutôt la chaise “outil de lévitation sociale”. Dans Simple Acrobatics, elle sert de prop pour créer des équilibres et des tensions, et surtout pour dialoguer avec la façade : un bras dépasse presque d’un bord, une jambe semble pousser le mur, un corps occupe un vide architectural.
“Simple Acrobatics” (2024), Boulogne Sur Mer, France
Les œuvres voyagent : Bourgoin-Jallieu et Boulogne-sur-Mer en France (voir aussi cette fresque trompe-l’œil “portail” par Gonzalo Borondo à Boulogne-sur-Mer), mais aussi Wuppertal (Allemagne), Bristol et Cheltenham (Royaume-Uni), Zagreb (Croatie), Patras (Grèce)… bref, une tournée mondiale, sans billets et sans entracte.
Pour d’autres fresques de grande taille en France, découvrez également les fresques avec des motifs de dentelle de Nespoon.
“Simple Acrobatics” (2024), Bristol, U.K.
Une autre série : “Thirst”, ou quand on boit des fleurs (littéralement)
Artez ne fait pas que des acrobaties. Dans une autre thématique récente intitulée Thirst, des personnages boivent dans des vases de fleurs. Geste étrange, presque surréaliste, qui fonctionne comme un “arrêt sur image” : ça oblige à regarder autrement et à questionner les conventions (et notre rapport au vivant, au passage).
“Thirst (Milena)” (2024), Aalborg, Danemark
Un point technique : comment on “pose” un corps réaliste sur un immeuble ?
Sans transformer ça en cours de BTP, il y a deux-trois choses intéressantes derrière ce type de fresque.
D’abord, l’approche : Artez explique qu’il part souvent d’une photo comme base, puis qu’il improvise beaucoup pendant la réalisation, en se nourrissant du lieu. C’est important : ces fresques ne sont pas des posters géants, mais des œuvres qui se recalibrent sur site (lumière, texture, proportions de la façade, fenêtres, gouttières…).
Ensuite, la contrainte physique : sur des formats monumentaux, on travaille fréquemment avec nacelle… ou accès sur cordes quand la configuration l’impose. Ce n’est pas un détail : la gestuelle du peintre, la précision des contours et même le rythme de travail sont conditionnés par la sécurité et la mobilité. Certaines publications pro montrent justement cette rencontre entre art mural et rope access.
“Simple Acrobatics” (2024), Zagreb, Croatie.
Conclusion : des murs qui respirent (et qui font des abdos)
Ce qui frappe chez Artez, ce n’est pas seulement la virtuosité anatomique. C’est le fait que la façade devient partenaire : contrainte, cadre, adversaire, parfois même accessoire. Avec Simple Acrobatics, l’artiste réussit un tour de force assez rare : faire sentir le poids, la tension et le mouvement… sur une surface qui, par définition, ne bouge pas.
“Simple Acrobatics” (2024), Cheltenham, U.K.
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Artez.
Le compte Instagram de l’artiste ici.
Sa boutique Big Cartel là.
This is Colossal.
Quai 36
Street art cities
Fresques monumentales, découvrez également les créations de Bicicleta Sem Freio.
“Moving Residents” (2023), Deventer, Pays Bas.







