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Hydnora africana, la plante parasite souterraine qui sent la charogne

Dans la grande famille des plantes qui semblent avoir été conçues un lundi matin par un botaniste sous-caféiné, Hydnora africana occupe une place de choix. Cette espèce est native de Namibie et d’Afrique du Sud. C’est une holoparasite, autrement dit une plante qui dépend entièrement de son hôte pour sa nutrition et qui pousse principalement dans les biomes désertiques ou de broussailles sèches.

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Crédit photo Seth Musker (CC BY 4.0).

À retenir
Hydnora africana est une holoparasite d’Afrique australe. Elle vit presque entièrement sous terre, n’a ni feuilles visibles ni chlorophylle, détourne les ressources de ses plantes hôtes — surtout des euphorbes succulentes — et ne montre au grand jour qu’une fleur charnue et malodorante, conçue pour attirer puis retenir brièvement des insectes pollinisateurs.

Une plante qui vit presque entièrement sous terre

La majeure partie d’Hydnora africana reste enfouie. Selon PlantZAfrica, son corps végétatif est entièrement dépourvu de feuilles, sans chlorophylle visible, brun grisâtre à noirâtre avec l’âge, et forme un réseau souterrain charnu, anguleux et verruqueux qui serpente autour de la plante hôte. Ce n’est qu’au moment de la floraison que la plante devient vraiment visible, quand ses boutons poussent à travers le sol.

Ses fleurs, bisexuées, se développent d’abord sous terre puis émergent pour atteindre environ 10 à 15 cm de haut. Elles sont brunâtres à l’extérieur, saumon à orange vif à l’intérieur, et possèdent 3 ou 4 lobes charnus soudés au départ puis fendus verticalement à maturité. Dit autrement : cela ressemble moins à une fleur de jardin qu’à une bouche minérale sortie du désert avec de très mauvaises intentions.

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Crédit photo Sebastian Hatt (CC BY-NC 4.0).

Une plante sans chlorophylle qui vit aux crochets des autres

Hydnora africana ne photosynthétise pas. Les travaux sur le genre montrent qu’elle ne possède pas les caractères habituels des plantes à fleurs adultes, notamment l’absence de chlorophylle, et qu’elle établit avec son hôte des haustoria, des connexions spécialisées entre la racine de l’hôte et le rhizome du parasite, par lesquelles elle récupère l’ensemble de ses besoins nutritifs.

Les données les plus récentes indiquent qu’Hydnora africana paraît restreinte aux euphorbes succulentes et qu’elle a été observée sur au moins 12 espèces d’Euphorbia. PlantZAfrica la présente également comme parasite d’espèces du genre Euphorbia, ce qui colle bien avec cette mise à jour taxonomique récente.

Cette stratégie radicale lui donne un petit air de cousine botanique de Rhizanthella gardneri, l’orchidée souterraine d’Australie, autre spécialiste de la vie cachée. Sauf qu’ici, on est moins dans la discrétion élégante que dans la plomberie parasitaire très assumée.

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Crédit photo Werner Honing (CC BY-NC 4.0).

Une fleur qui sent la charogne pour attirer les insectes

La fleur d’Hydnora africana dégage une odeur évoquant la chair en décomposition. Les chercheurs décrivent cette senteur comme produite par des osmophores logés dans les tépales, et l’étude de la pollinisation mentionne parmi les composés émis du disulfure de diméthyle et du trisulfure de diméthyle, deux molécules bien connues dans les fleurs imitant l’odeur de charogne.

Autant dire qu’elle aurait toute sa place parmi les 12 plantes les plus odorantes du monde. Sur ce créneau-là, Hydnora africana ne joue pas la carte de la rose timide. Elle entre dans la pièce, renverse la table et annonce directement “bonjour, voici une ambiance cadavre”.

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Crédit photo Antonio Tonin (CC BY-NC 4.0).

Une fleur-piège qui capture puis relâche ses visiteurs

Hydnora africana ne se contente pas d’attirer les insectes : elle les retient temporairement. Le mécanisme de pollinisation décrit dans l’étude sur la thermogenèse repose sur un système de “catch and release”. Les fleurs sont protogynes pendant 2 à 5 jours, avec une moyenne d’environ 3 jours. Les insectes attirés par l’odeur tombent dans la chambre florale, peuvent circuler entre les compartiments, mais restent momentanément détenus par la structure interne de la fleur jusqu’à la libération du pollen, après quoi ils ressortent et peuvent polliniser une autre fleur.

Les observations rapportées dans cette même étude indiquent que les visiteurs concernés sont surtout des coléoptères, principalement Dermestes maculatus. La fleur agit donc moins comme un simple panneau publicitaire que comme une souricière temporaire parfaitement calibrée pour son service de reproduction. Il vaut toutefois mieux pour un insecte tomber dans cette fleur que dans une nepenthes géante

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Crédit photo sjcbrc (CC BY-NC 4.0).

Une thermogenèse bien réelle, mais discrète

Hydnora africana fait aussi partie des plantes où l’on a mesuré une thermogenèse florale, c’est-à-dire une production de chaleur liée à l’activité respiratoire de la fleur. Mais chez elle, les chercheurs concluent que cette thermogenèse est exceptionnellement faible et semble surtout associée à la production de l’odeur et peut-être au développement des tissus gynécéens, avec peu d’intérêt direct pour les pollinisateurs. Pour H. africana, l’étude note même l’absence d’élévation de température mesurable dans les osmophores ou la chambre gynécéale.

En résumé, la fleur chauffe un peu sur le plan métabolique, mais pas au point de transformer le désert en radiateur à scarabées. Elle préfère investir dans le parfum. Ou, plus exactement, dans l’anti-parfum.

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Crédit photo Heather and Andrew Hodgson (CC BY-NC 4.0).

Une plante des milieux arides d’Afrique australe

Kew situe l’espèce dans les milieux désertiques ou de broussailles sèches. PlantZAfrica la signale dans des secteurs semi-arides du Succulent Karoo, du Little Karoo, de l’Eastern Cape Karoo et dans certains fourrés côtiers secs, toujours en lien étroit avec ses euphorbes hôtes.

Ce décor très sec la rapproche naturellement d’autres étrangetés végétales déjà croisées sur 2tout2rien, comme Welwitschia mirabilis, l’oignon du désert du Namib. Le sud de l’Afrique a décidément un vrai talent pour produire des plantes qui semblent avoir raté la case “silhouette classique”.

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Crédit photo Sebastian Hatt (CC BY-NC 4.0).

Un fruit souterrain comestible

Après la floraison, Hydnora africana produit une baie souterraine à paroi épaisse, contenant de nombreuses graines plongées dans une pulpe gélatineuse et riche en amidon. PlantZAfrica précise que cette pulpe est comestible, et même appréciée lorsqu’elle est cuite au feu. La révision taxonomique de 2024 rappelle aussi que les fruits ont été signalés comme consommés crus ou rôtis, et que babouins et chacals en mangent également. C’est d’ailleurs de là que vient son nom vernaculaire anglais, jackal food.

Nous avons donc une plante qui vit enterrée, parasite ses voisines, sent la viande en décomposition, emprisonne des insectes, puis produit un fruit comestible. À ce niveau-là, on ne parle plus d’originalité botanique, on parle d’un script complet.

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Crédit photo Johann van Biljon (CC BY-NC 4.0).

Hydnora africana: un cumul de singularitéq

Hydnora africana cumule plusieurs singularités rares : une vie presque entièrement souterraine, une absence totale de photosynthèse, un parasitisme racinaire strict, une fleur-piège et une pollinisation par odeur de charogne. Le genre Hydnora a d’ailleurs fait l’objet d’une importante révision récente, qui souligne à quel point ces plantes restent encore sous-étudiées malgré leur morphologie hors norme.

C’est pourtant une plante réelle, documentée, biologiquement très spécialisée, et assez invraisemblable pour faire passer Rafflesia tuan-mudae, la plus grande fleur du monde, pour une excentrique presque conventionnelle.

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Crédit photo Patrick Lane (CC BY-NC 4.0).

Sources pour aller plus loin

Kew – fiche botanique de Hydnora africana
SANBI PlantZAfrica – présentation de Hydnora africana
Étude scientifique – pollinisation et thermogenèse florale de Hydnora africana (PMC)
Article scientifique – pollinisation et thermogenèse florale de Hydnora africana (Chicago Journals)
Révision taxonomique du genre Hydnora (2024, Springer)
Archive universitaire – étude sur Hydnora africana (Old Dominion University)

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