Aller au contenu

L’Obéissante : la voiture à vapeur d’Amédée Bollée qui a relié Le Mans à Paris en 1875

L’Obéissante n’est pas seulement un joli nom de machine : c’est un morceau de France industrielle, un “autobus” à vapeur de 1873 qui prouve qu’on pouvait rouler “sans chevaux” bien avant que l’essence ne devienne la star du siècle. Conçue par Amédée Bollée, fondeur de cloches au Mans, elle embarque 12 passagers et atteint 40 km/h dans de bonnes conditions… ce qui, à l’époque, revenait à demander aux gens de s’écarter “parce que la modernité arrive”.

l'obéissante voiture vapeur amedee bollee 1

Une automobile avant que le mot ne s’impose

Bollée construit L’Obéissante en 1873. Le véhicule est à vapeur, mais l’idée est déjà très “automobile” : direction, transmission, commandes, logique de châssis… tout est là. Le fait qu’on la surnomme L’Obéissante vient de sa maniabilité, réputée étonnamment douce pour un engin de plusieurs tonnes.

Ce qui frappe, c’est que cette période est un vrai laboratoire roulant : on teste tout, on mélange tout, et parfois on invente des concepts qui reviendront plus tard sous d’autres formes. Si vous aimez ces prototypes qui hésitent encore entre la diligence, la bicyclette et la voiture, vous devriez apprécier l’étrange Century Tourist “dos à dos” de 1902 : une idée de mobilité qui mérite au moins une médaille pour audace (et une autre pour la confiance accordée au passager assis à l’envers).

lobeissante voiture vapeur amedee bollee 2

Technique : une “locomotive de poche” sur quatre roues

Le cœur de L’Obéissante, c’est une architecture vapeur très sérieuse : chaudière tubulaire, transmission par chaîne, et deux moteurs bicylindres en V (deux V2) pour entraîner l’ensemble. Résultat : une vitesse de croisière autour de 30 km/h, des pointes à 40 km/h, et la capacité à grimper des pentes de 12 %.

Côté conduite, l’engin innove aussi : la direction est commandée par chaîne sur un pignon elliptique, avec une idée de braquage différencié entre roue intérieure et extérieure en virage. En clair : Bollée ne bricole pas, il anticipe.

Et c’est précisément ce qui rend cette époque fascinante : certains engins semblent “raisonnables” sur le papier, puis vous tombez sur des solutions encore plus hybrides, comme une des premières Tricar observée à Galway en 1898, à mi-chemin entre tricycle motorisé et petite automobile.

l'obéissante voiture vapeur amedee bollee 3

Le “road trip” de 230 km qui a vexé l’administration

Le moment de gloire arrive le 9 octobre 1875 : Bollée part du Mans et rejoint Paris, soit 230 km en 18 heures (arrêts eau + repas inclus). Une performance technique, mais aussi un événement médiatique : le véhicule roule de façon régulière et relativement stable comparé aux expérimentations souvent capricieuses du moment.

Sauf qu’il y a un détail : la réglementation ne prévoit pas vraiment une voiture sans chevaux. À l’arrivée, il récolte environ 75 contraventions. On pourrait dire que L’Obéissante obéissait… mais pas au code de la route (qui, lui, n’avait pas encore reçu la mise à jour). Heureusement pour lui, ces PV n’ont jamais donné lieu à des poursuites.

Cette transition vers la circulation “moderne” va aussi créer de nouveaux métiers… et de nouvelles figures. Quelques décennies plus tard, Paris voit arriver des pionnières du volant, dont Inès Decourcelle, première femme chauffeur de taxi à Paris : preuve que l’histoire de l’automobile ne se résume pas aux machines, mais aussi à celles et ceux qui ont osé les conduire quand tout le monde disait “impossible”.

lobeissante voiture vapeur amedee bollee 4

Héritage : une étape clé vers l’automobile moderne

L’Obéissante ne restera pas un modèle de série, mais elle sert de démonstration éclatante : oui, un véhicule routier autonome peut transporter des passagers à bonne vitesse. Malgré l’échec commercial, Bollée crée sa propre entreprise automobile à Le Mans et lui donne son nom. Il poursuivra avec d’autres projets, dont La Mancelle (souvent citée comme une des premières productions en petite série).

Et si L’Obéissante impressionne par sa maturité technique, la course à la vitesse va ensuite devenir une obsession. Le symbole absolu, c’est La Jamais Contente de Camille Jenatzy, première voiture à dépasser les 100 km/h : quand on passe de “arriver à Paris” à “arriver plus vite que le vent”, on comprend que l’humanité a un rapport particulier avec la notion de frein.

lobeissante voiture vapeur amedee bollee 5

Le rachat par Morris et la fin

À la mort de Léon en 1913, sa veuve Carlotta Bollée (née Messinisi) poursuit la fabrication d’automobiles, mais aussi d’armes, prolongeant l’aventure industrielle familiale.

En 1922, la marque est rachetée par l’anglais Morris et devient « Morris–Léon Bollée », toujours implantée à Le Mans. La production démarre en 1925 avec des véhicules équipés de moteurs Hotchkiss, avant la fermeture définitive de l’usine en 1931, qui met un terme à cette page pionnière de l’automobile mancelle.

Sources pour aller plus loin

Google Arts & Culture
Wikipédia
Wikipédia

Vrai bus futuriste presque un siècle plus tard, découvrez aussi le bus Cityrama.

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *