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Malene Hartmann Rasmussen : des « brutes » en céramique, entre conte nordique et bestiaire mal élevé

Entre folklore nordique et bestiaire délicieusement mal élevé, les sculptures en céramique de Malene Hartmann Rasmussen transforment feuilles, coquilles et œufs en visages-totems qui vous fixent comme si vous veniez d’entrer chez eux sans frapper.

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« Troll n° 11 » (2025)

Une céramique qui joue à se déguiser (et qui vous regarde de travers)

Il y a des œuvres qui décorent un mur. Et puis il y a celles qui vous observent depuis ce mur, comme si vous veniez de dire « l’argile, c’est juste des pots ». Avec ses visages étrangement expressifs et ses créatures aux allures de masques, Malene Hartmann Rasmussen transforme la céramique en un terrain de jeu narratif : un théâtre de petites monstruosités, drôles, gênantes, parfois franchement suspectes… mais toujours fascinantes.

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« Tête d’œuf » (2025)

Ses pièces donnent l’impression d’être assemblées à partir d’éléments « naturels » — feuilles, coquilles, baies, fleurs, œufs — comme si la forêt avait monté une troupe de comédiens et leur avait confié des rôles de trolls, de bêtes intérieures et de personnages de conte. Le résultat oscille entre le mignon et l’inquiétant, un peu comme un doudou qui aurait lu trop de mythologie scandinave.

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« Troll n° 1, série Tropicália » (2025)

Trolls, bêtes intérieures et œufs en or : le grotesque en version précieuse

Dans la série Trolls, Rasmussen compose des visages muraux à partir d’un inventaire organique qui semble sorti d’un herbier fantastique : coquilles d’escargots, feuilles, fleurs, œufs… Le tout devient un portrait : énigmatique, presque totemique, et surtout indécidable. Ami ou menace ? Gardien du bois ou grincheux du sous-bois ? Le genre de tête qui ne vous dit pas bonjour mais qui sait des choses.

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“Inner Beast #10” (2023)

Si cette veine « créatures rigolotes mais pas si innocentes » vous parle, vous avez un cousinage évident avec Helen Burgess, l’artiste qui donne vie à des créatures rigolotes en céramique : même goût pour le personnage, l’expression, et cette frontière floue entre le jouet et le fétiche.

Côté pièces « personnages », l’artiste pousse la caricature : regards en coin, grimaces, attitudes quasi cartoon. Certaines œuvres ajoutent même une note luxueuse et décalée avec un lustre d’or 24 carats, comme si la bête avait trouvé un trésor (ou un très bon sponsor).

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“Tulpa” (2025)

Une esthétique du conte… mais pas celle des rayons « jeunesse »

L’intérêt, c’est que Rasmussen ne fait pas du folklore « carte postale ». Elle travaille plutôt cette zone instable où l’imaginaire bascule : cuteness vs. abjection, jeu vs. malaise. Les formes restent séduisantes, brillantes, très finies, mais l’expression, elle, garde une part d’ambiguïté. On est dans un conte où la morale n’arrive pas tout de suite — et où le narrateur a peut-être un peu bu l’eau du marais.

Pour les amateurs d’étrangeté organique, cela fera écho à d’autres univers que l’on aime bien sur 2tout2rien.fr. Par exemple, la dimension “bestiaire” et légèrement dérangeante rappelle les créatures étranges de Clémentine Bal, où l’imaginaire suggère plus qu’il n’explique, et où l’on se surprend à accepter l’invraisemblable comme si c’était normal.

Et si vous préférez les hybrides plus oniriques, vous pouvez faire la passerelle vers ces créatures hybrides de verre et de céramique : même idée d’un vivant réinventé, entre fragilité, matière et métamorphose.

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“Viper Weave #5” (2022)

« Brutes » à Londres : quand la nature inspire autant qu’elle menace

Ces œuvres sont notamment présentées dans “Brutes”, une exposition qui explore la façon dont la beauté et la menace du vivant alimentent l’imagination. L’événement réunit Malene Hartmann Rasmussen et le peintre James Mortimer à la James Freeman Gallery (Londres), du 15 janvier au 14 février 2026.

Dans ce contexte, ses pièces se lisent comme des fragments de forêt mis en scène : un peu comme si la nature avait décidé de produire ses propres personnages secondaires… et qu’ils avaient demandé à être éclairés en gros plan.

À ce stade, si vous aimez quand le fantastique rencontre l’artisanat et la couleur, il y a aussi un pont naturel vers les “Illuminated Piñata”, des créatures fantastiques signées Roberto Benavidez : ce n’est pas la même matière, mais la même énergie de créature “de vitrine” qui vous attire, puis vous met légèrement mal à l’aise.

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“Angry Eagle” (2025)

Sources pour aller plus loin

• Le compte Instagram de l’artiste ici
James Freeman Gallery
This is colossal

Et pour de « presque » vrais Trolls, découvrez ceux de la plage de sable noir de Reynisfjara.

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