La pierre verte de Hattusa est l’un de ces objets qui semblent presque trop simples pour être honnêtes : un gros bloc vert, poli, presque cubique… posé là, dans l’enceinte du Grand Temple de l’ancienne capitale hittite, comme si quelqu’un l’avait oublié en partant. Sauf que ça fait plus de trois millénaires qu’elle “attend”, sans inscription ni symbole, et qu’on ne sait toujours pas exactement à quoi elle servait.
Crédit photo Carole Raddato (CC BY-SA 2.0) .
Un cube vert au cœur du Grand Temple hittite
Hattusa, aujourd’hui près de Boğazkale en Turquie, fut la capitale de l’empire hittite à l’âge du Bronze. Au sein du site, le Grand Temple (souvent appelé Temple 1) concentre une grande partie des questions… et la fameuse pierre.
Ce qui frappe, c’est le contraste : le sanctuaire est construit avec des pierres locales assez classiques, et au milieu se trouve ce bloc vert, soigneusement poli, sans inscription évidente, sans décor. Pas de mode d’emploi, pas de “notice IKEA” gravée sur le côté. C’est précisément cette sobriété qui rend la pierre verte de Hattusa si intrigante.
Dimensions et “identité” minéralogique : jade, serpentinite… ou autre chose ?
La pierre est souvent décrite comme un cube d’environ 70 cm de côté, pour un poids proche de la tonne. À cette échelle, ce n’est plus un “caillou”, c’est quasi un choix architectural.
La question la plus débattue, c’est sa nature exacte. Selon les sources et les analyses évoquées, on oscille principalement entre :
• néphrite (souvent assimilée au “jade” dans le langage courant)
• serpentinite (roche verdâtre qui se polit bien)
Dans les deux cas, le point clé n’est pas seulement la couleur, mais le poli et la tenue mécanique : ce bloc est fait pour être touché, manipulé rituellement, ou au minimum remarqué.
Si vous aimez les pierres qui ont une “carte d’identité” minérale et une histoire qui dépasse le simple décor, vous pouvez jeter un œil à l’héliotrope, aussi appelée pierre de sang, un minéral dont l’imaginaire a longtemps été plus puissant que les fiches techniques (et parfois plus tenace que les croyances).
Crédit photo Bangolicious (CC BY-SA 4.0).
À quoi servait la pierre verte de Hattusa ? Les hypothèses les plus solides
Comme elle ne porte pas d’inscription claire, on est obligé de raisonner “par contexte” : emplacement, architecture, pratiques cultuelles connues chez les Hittites.
1) Un objet rituel, point focal du temple
Hypothèse assez naturelle : la pierre aurait été un support d’offrandes, un élément central de rituels, ou une “pierre sacrée” au sens fonctionnel (pas forcément magique, mais intégrée à un protocole religieux).
2) Un socle pour une statue disparue
Autre piste : elle aurait pu servir de socle à une statue de divinité ou à un symbole cultuel. La statue, elle, aurait été récupérée, détruite, ou déplacée lors des bouleversements de fin d’empire.
3) Un “siège” symbolique
Certains y voient l’équivalent d’un trône rituel ou d’un élément de cérémonie. L’idée n’est pas absurde : dans beaucoup de cultures, le “siège” d’un dieu ou d’un pouvoir n’a pas besoin d’être confortable, il doit être signifiant.
Et bien sûr, il y a la lecture populaire moderne : la “pierre à vœux” qu’on touche pour attirer chance, fertilité ou prospérité. C’est charmant, mais ce n’est pas une preuve archéologique. Disons que l’archéologie aime bien les gens… tant qu’ils ne frottent pas les vestiges comme une lampe d’Aladdin (ou la poitrine de Molly Malone).
Le vrai mystère : la logistique (quand une tonne décide de voyager)
Le transport d’un bloc aussi lourd n’a rien d’impossible à l’âge du Bronze, mais il implique une décision organisée : extraction, convoyage, mise en place… donc une motivation. Autrement dit : si quelqu’un s’est donné ce mal, c’est que la pierre comptait.
Dans la famille des rochers qui défient la logique (ou au moins l’intuition), 2tout2rien.fr en a croisé quelques-uns. Par exemple, la pierre tremblante de Huelgoat qui bouge (un peu) quand on la pousse au bon endroit, ou encore Tripod Rock, l’étrange rocher sur 3 pieds qui semble posé sur une démonstration de physique appliquée.
Crédit photo Acar54 (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi ce bloc vert fascine autant ?
Parce qu’il cumule trois ingrédients parfaits pour un “mystère durable” :
• Un objet unique sur un site majeur
• Une apparence simple (donc difficile à interpréter sans texte)
• Une présence au temple, donc très probablement significative
Il provoque la même sensation que certaines pierres “impossibles” ailleurs dans le monde : une forme trop nette, un emplacement trop stratégique, et un silence total sur l’intention. Dans le registre “mais qui a coupé ça comme ça ?”, difficile de ne pas penser au mystérieux rocher d’Al Naslaa, dans l’oasis de Tayma, célèbre pour sa séparation quasi parfaite.
Et si votre imaginaire préfère le vert façon science-fiction, vous aimerez aussi l’histoire d’Inkalamu, l’émeraude géante qui ressemble à de la kryptonite : là, au moins, la couleur a clairement décidé de faire du spectacle.
Sources pour aller plus loin
• Wikipédia
• AA
• Amusing Planet
• Unesco
Et dans la catégorie pierre “socialement étrange”, découvrez aussi Stedji / Staupasteinn, la roche ermite elfe : on est dans un autre registre, mais l’idée est la même… certaines pierres déclenchent des récits comme d’autres déclenchent des étincelles.


