Les sculptures d’animaux en branches de Rodolfo Liprandi ont un super-pouvoir : vous faire croire qu’une loutre, un ours… ou même un dragon est littéralement en train de “pousser” dans le sous-bois, comme si la forêt s’était mise à fabriquer ses propres habitants en 3D.
Loutre.
Liprandi a grandi dans le nord-est de l’Italie, près de la frontière slovène, dans une région où les paysages changent vite et où la nature offre des formes déjà très suggestives. Son idée de départ est presque enfantine (donc excellente) : une branche tordue peut déjà évoquer une patte, un tronc fendu une colonne vertébrale, un fouillis de rameaux un mouvement. Aujourd’hui basé à Varsovie, il s’enfonce dans les forêts et compose sur place des créatures dynamiques à partir de branches taillées et assemblées. Et si l’on aime ce “réalisme né du chaos”, on peut aussi jeter un œil à des approches plus industrielles où la nature est imitée par le métal, comme les sculptures d’animaux en branches métalliques de Kang Dong Hyun.
Chevêchette
Le parti-pris : faire avec ce que le lieu donne (et accepter que ça disparaisse)
Ce qui rend le travail de Rodolfo Liprandi particulièrement “land art”, c’est la règle du jeu : matériaux locaux, impact minimisé, et surtout une œuvre pensée comme éphémère. Les sculptures vivent dehors, vieillissent, se patinent, finissent par se dégrader… puis retournent au sol. Le cœur du projet, ce n’est pas la “pièce” qui survit en galerie : c’est le cycle complet — prendre dans le paysage, créer, et laisser le paysage reprendre la main.
Dans une veine proche (mais avec une signature très différente), on retrouve cette fascination pour la matière récupérée dans le bois flotté sculpté par Jeffro Uitto, où l’objet semble lui aussi avoir déjà vécu une première vie avant de devenir animal.
Orso
Une ingénierie de brindilles (plus sérieuse qu’elle n’en a l’air)
Derrière le côté poétique, il y a un vrai défi technique : ça doit tenir debout, être lisible, et résister un minimum au vent et à la pluie — tout en gardant l’air organique. Dans ce type de sculpture, vous avez forcément une logique de charpente : lecture des fibres, choix des diamètres, répartition des efforts, gestion du centre de gravité. Autrement dit : une épaule d’animal n’est pas un volume “plein”, c’est une structure ; une patte n’est pas un trait, c’est un appui. Et tout l’art consiste à rendre cette structure invisible… pour que l’on ne voie que l’animal.
Elogio alla Lentezza (Éloge de la lenteur)
Ce qui est amusant, c’est que cette “architecture apparente” fonctionne aussi très bien en métal : l’œil comprend immédiatement la forme grâce au réseau de lignes. C’est exactement ce qui rend hypnotiques les animaux en bandes métalliques de Selçuk Yılmaz : même logique de squelette/volume, mais avec une nervosité quasi graphique.
Du bison “totem” aux créatures mythiques
Ses pièces prennent souvent la forme d’animaux forestiers très identifiables (loutre, ours, lynx, hermine…), mais il s’autorise aussi des créatures fantastiques — dragons, êtres sylvestres — qui collent étonnamment bien au décor. Quand Liprandi bascule vers le mythe, on n’est pas loin de ce que proposent certaines sculptures de créatures de conte de fée, où l’imaginaire se greffe (lui aussi) au réel.
Zubrovtsi
Et puisqu’on parle dragons : son approche “branches vivantes” a un cousinage évident avec des artistes qui travaillent le bois flotté pour inventer des bêtes légendaires, comme dans ces dragons en bois flotté et animaux de Doran Webb. Même sensation : la matière impose sa courbe, l’artiste l’écoute, puis l’animal apparaît.
Dragon
Les sculptures de Rodolfo Liprandi: un régal visuel
Visuellement, c’est redoutable : la texture du bois fait déjà la moitié du travail, la silhouette fait l’autre moitié. Et l’histoire est simple à raconter : un art qui ne s’impose pas au paysage, mais qui le prolonge… jusqu’à disparaître. (Le contraire exact d’un meuble suédois : lui disparaît surtout dans un déménagement.)
Faune.
Le résultat a aussi ce petit avantage “réseaux sociaux” : même sans connaître l’artiste, on s’arrête, parce que notre cerveau adore compléter les formes incomplètes. Le spectateur devient co-auteur malgré lui — et ça, c’est l’un des meilleurs moteurs à partages, après les chatons (et parfois avant les chatons, mais ne le répétez pas aux chatons).
Mustelide (Hermine)
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Rodolfo Liprandi.
La page Behance de l’artiste ici.
Son compte Instagram.
Colossal
My Modern Met
Composition de branches, découvrez également Stillness in Motion par Olga Ziemska.








Bravo à ce créateur magicien j’adore particulièrement le Faune on se croit au pays des fées j’adore l’idée qu’on laisse ensuite la nature reprendre ses droits ….