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Braguette de l’armure de Henry VIII : le codpiece le plus politique de la Renaissance

Il y a des souverains qui marquent l’Histoire par une réforme, une guerre… et d’autres par une braguette en acier. La braguette de l’armure de Henry VIII (son fameux codpiece Henri VIII) fait partie de ces détails tellement visibles qu’ils deviennent un message : “je suis le roi… et j’ai prévu large”.

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Crédit photo williamnyk (CC BY-NC 2.0).

Le plus intéressant, c’est que ce n’est pas seulement un gag de musée. Dans l’Angleterre des Tudors, l’armure est un objet de puissance, et la braguette (codpiece) devient un outil de représentation : autorité, virilité, prestige… le tout riveté, poli, et prêt pour la photo (ou plutôt la tapisserie).

Henry VIII, le roi en armure

Henry VIII (1491-1547), roi d’Angleterre, est autant connu pour ses six épouses que pour sa passion pour les tournois, la chasse et les démonstrations de prestige. Au début de son règne, il soigne même l’image d’un véritable “roi-athlète” : grand (environ 1,87 m, une taille impressionnante pour l’époque), il est décrit comme robuste et sportif, parfaitement à l’aise dans la culture des joutes où l’on gouverne aussi… en impressionnant.

Dès le début du XVIe siècle, il s’appuie sur Greenwich, où un atelier royal d’armurerie produit des armures sur mesure destinées au roi et à sa cour. Ces équipements, richement décorés, servent autant à la guerre qu’aux joutes diplomatiques, où Henri VIII exhibe sa puissance devant nobles et ambassadeurs. Parmi les plus spectaculaires, l’armure “tonlet” de 1520, reconnaissable à sa jupe métallique, a été assemblée à Greenwich dans un délai très court pour le tournoi du Champ du Drap d’Or : une vitrine diplomatique en acier poli.

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Crédit photo marktucan.

De la braguette coquille au codpiece royal : quand la mode mène la danse

À l’origine, la braguette n’a rien d’un symbole : au XVIᵉ siècle, les hommes portent des collants (hose) qui laissent un “vide” à l’entrejambe, vite masqué par une pièce de tissu rembourrée. Cette codpiece (braguette rapportée) est d’abord purement pratique… puis la Renaissance fait du fonctionnel un manifeste : on agrandit, on rigidifie, on décore, et l’accessoire devient un marqueur de virilité, de fertilité — et, soyons honnêtes, de statut social. C’est exactement le mécanisme expliqué dans la braguette coquille, star de la mode masculine de l’époque (“préquel” du codpiece en armure).

Cette exagération du volume des attributs masculins, symbole de masculinité toute puissante, reste toutefois bien différente dans sa forme que les étuis péniens démesurés que l’on peut encore voir de nos jours chez certaines tribus comme celle des Yali en Papouasie occidentale.

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Crédit photo Mary Harrsch (CC BY-NC-SA 2.0).

Cette “mode” déborde jusque sur l’acier : sur les armures d’Henri VIII, le codpiece n’est plus un ajout textile, mais un élément forgé à part entière, vissé ou riveté au bas du plastron, parfaitement intégré à l’armure comme un bijou… très agressivement mis en avant. Certaines pièces issues de Greenwich, conservées aujourd’hui entre Leeds (Royal Armouries) et la Tour de Londres, affichent une braguette si prononcée qu’elle frôle le grotesque pour un œil moderne — mais c’est justement le but : attirer le regard, imposer une silhouette, et rappeler qu’un roi ne porte pas seulement une armure, il porte un message. Et détail savoureux : il reste très peu de codpieces historiques (encore moins métalliques), ce qui explique pourquoi chaque exemplaire survivant fait autant parler… même 500 ans plus tard.

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Crédit photo Allan Harris (CC BY-NC-ND 2.0).

Un message politique en acier

Pour Henry VIII, cette exagération n’est pas un simple caprice : c’est de la communication politique. Après plusieurs mariages, des fausses couches et la difficulté à obtenir un héritier mâle, afficher une virilité surdimensionnée devient un message adressé à sa cour et aux puissances étrangères.

Lors de tournois, parades ou cérémonies, cette braguette géante montre un roi qu’on veut voir fort, fertile et inébranlable, malgré la réalité d’un souverain vieillissant, obèse et malade de la goutte dans les années 1540.

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Crédit photo Mary Harrsch (CC BY-NC-SA 2.0).

Greenwich : l’atelier royal où l’on forgeait du prestige

Pour produire ce genre de pièces, il faut du niveau… et un écosystème. L’Angleterre développe au XVIe siècle un savoir-faire de très haut standing via les ateliers royaux de Greenwich, associés au “style Greenwich”, nourri par des artisans européens (notamment allemands, les fameux “Almains”). Le but n’est pas seulement de protéger : il s’agit de fabriquer une image.

Côté technique, la finition (on n’est pas dans l’armure en carton) est un spectacle à elle seule : le “bleui” s’obtient par chauffage contrôlé de l’acier (on cite souvent ~250 °C pour certaines teintes), les décors peuvent être gravés à l’eau-forte (résist + bain acide), puis rehaussés par dorure (parfois au mercure — la Renaissance avait un sens de la prudence très… décoratif).

Résultat : des armures qui sont à la fois armes, sculptures, et affiches publicitaires ambulantes. De vraies œuvres d’art, loin d’armures plus rustiques en bric et broc.

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Crédit photo B (CC BY-NC-SA 2.0).

L’Europe, un concours de braguettes

Si la braguette de l’armure de Henry VIII est devenue iconique, il n’est toutefois pas le seul roi à avoir exagéré sur cette partie de son anatomie pour son armure. Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique (1503-1564), portait lui aussi ce genre d’armure (ainsi que certainement de nombreux nobles européens), comme celle datée de 1549, réalisée à Nuremberg par l’armurier Kunz Lochner, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art.

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Cette armure avec une fière braguette est souvent faussement attribuée à Henry VIII. Elle est exposée au Metropolitan Museum et a été portée par Ferdinand 1er (en voir un portrait en fil de fer par Darius Hulea) lors de tournois diplomatiques, notamment lors de rencontres avec François Ier ou Charles Quint. Les emblèmes (aigle bicéphale impérial, ordre de la Toison d’Or, etc.) rappellent que ces armures sont autant des protections que des manifestes politiques : le codpiece n’est pas une blague, c’est un élément de silhouette et de statut… qui a juste très bien vieilli en mème.

Une des dernières armures de Henry VIII (1544) est moins pimpante, taillée pour un roi vieillissant, obèse et malade de la goutte dans les années 1540.

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Sources pour aller plus loin

Historic Royal Palace
Royal Armouries
University of Cambridge
Google Arts & Culture x Wallace Collection

Il aurait pu rencontrer Henry VIII, découvrez l’histoire du chevalier à la main de fer.

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