Si vous croisez une grande guêpe noire aux ailes orange qui patrouille au ras du sol, ne paniquez pas : ce n’est pas un drone, ni un mini-hélicoptère énervé. C’est probablement une tarantula hawk (qu’on peut traduire par guêpe faucon tarentule), surnommée en français guêpe mygale.
Wasp 1, Tarantuala 0 par Crume/Flickr (CC BY-NC-SA 2.0) .
Elle est spectaculaire, intimidante… et possède une réputation bien méritée : sa piqûre est régulièrement citée parmi les plus douloureuses du monde des insectes. Bonne nouvelle, toutefois : elle n’a aucun intérêt à vous “chasser”. Son obsession est ailleurs. Beaucoup plus poilue. Beaucoup plus à huit pattes.
The Tarantula and the Tarantula Wasp par Ethan Lundgaard/Flickr (CC BY 2.0) .
Qui est la “tarantula hawk” exactement ?
Le nom tarantula hawk ne désigne pas une seule espèce, mais un groupe de grosses guêpes chasseuses d’araignées (famille des Pompilidae, les spider wasps). On rencontre surtout deux grands genres dans ce “club des durs” : Pepsis et Hemipepsis.
Wasp Attacking a Tarantula par tribe12_mook/Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
Côté gabarit, on est sur du costaud : selon les espèces, ces guêpes peuvent mesurer environ 10 à 50 mm, donc de la taille d’une allumette jusqu’au format “ça commence à se voir sur la photo”. Leur look est aussi un message : corps sombre souvent métallique, ailes orange/jaunes… un classique de la nature pour dire : “mangez-moi si vous voulez, mais vous allez le regretter.”
Tarantula Hawk #1 par graftedno1/Flickr (CC BY-ND 2.0).
Détail utile si vous en observez : les femelles piquent (c’est elles qui chassent), et elles se distinguent notamment par des antennes souvent plus recourbées, tandis que les mâles ont des antennes plus droites (et une vie globalement moins stressante).
Tarantula Hawk Wasp par Ryan.Padilla/Flickr (CC BY-ND 2.0).
Où vit la guêpe mygale ?
Dans l’imaginaire, on la place volontiers dans “un désert américain au soleil qui grésille”. Ce n’est pas complètement faux : on croise beaucoup de tarantula hawks dans les zones arides et semi-arides, mais leur présence dépend surtout d’un paramètre simple : là où il y a de grosses araignées, il y a potentiellement ces guêpes.
Wasp And Friend V.1 par User Dolor Ipsum/Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)
Le genre Pepsis est particulièrement bien représenté dans les Amériques, du sud des États-Unis jusqu’à l’Amérique centrale et du Sud. D’autres tarantula hawks proches (dont Hemipepsis) existent aussi en dehors des Amériques : le terme tarantula hawk est donc un “nom d’ambiance” plus qu’un passeport unique.
Tarantula Hawk #2 par Mike Keeling/Flickr (CC BY-ND 2.0).
Une guêpe solitaire… et un scénario qui ferait fuir Netflix
La tarantula hawk est solitaire : pas de gros nid collectif à défendre (notamment contre des fourmis) comme certaines guêpes sociales. En revanche, sa stratégie de reproduction est un tantinet sauvage…
Brrrrr, freakishly grote tor sleept een freakishly grote spin. par arneheijenga/Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
Le principe (version “documentaire” mais sans édulcorant) :
• La femelle repère une tarentule / mygale (souvent plus massive qu’elle).
Série Wasp 1, Tarantuala 0 par Crume/Flickr (CC BY 2.0).
• Elle la paralyse avec une piqûre précise.
Série Wasp 1, Tarantuala 0 par Crume/Flickr (CC BY 2.0).
• Elle traîne la proie jusqu’à un terrier, prépare la “nurserie”, et pond un œuf sur l’araignée (souvent sur l’abdomen).
Série Wasp 1, Tarantuala 0 par Crume/Flickr (CC BY 2.0).
• La larve mettra une semaine à éclore et dévorera l’araignée pour assurer sa croissance. La larve évitera de consommer les organes vitaux de la tarentule afin de la maintenir en vie le plus longtemps possible. Un scénario assez horrible évidemment pour l’araignée mais qui est assez unique dans la nature, d’autant plus que dans ce cas la proie est souvent plus grande que le prédateur.
Oui, c’est cruel vu de notre canapé. Mais biologiquement, c’est d’une efficacité redoutable.
Et pendant ce temps-là, le mâle ? Il butine tranquillement : les adultes se nourrissent surtout de nectar (et contribuent au passage à la pollinisation).
Tarantula Hawk Wasp par Kretyen/Flickr (CC BY 2.0).
Pourquoi sa piqûre est-elle si fameuse ?
Parce qu’elle fait très mal. Voilà.
Plus précisément : la tarantula hawk est classée au sommet de l’index de douleur de Schmidt, une échelle qui compare la douleur des piqûres d’hyménoptères. La note associée à la tarantula hawk est souvent donnée à 4,0, c’est-à-dire le très haut du tableau. La première place de cet index est occupée par la piqûre de la fourmi Paraponera.
Tarantula Hawk Wasp par Jimmsgi/Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
Et ce n’est pas juste “aïe” : Justin Schmidt (l’entomologiste à l’origine de l’index) a décrit cette douleur avec des images devenues cultes. Une formulation souvent citée parle d’une douleur “pure, intense, brillante” (oui, la douleur a un service marketing).
Autre élément intéressant : ces guêpes font partie des insectes ayant beaucoup de venin par rapport à leur masse, ce qui aide à comprendre pourquoi l’impact est si violent… même si l’objectif du venin est surtout de paralyser une araignée, pas de faire la guerre à l’humanité.
Malgré le côté terrifiant de la prédation, les guêpes Pepsis permettent toutefois la régulation des populations de tarentules et contribuent à maintenir l’équilibre des écosystèmes dans lesquels elles vivent.
Crédit photo Astrobradley / Wikimedia (domaine public).
Est-ce dangereux pour l’homme ?
La plupart du temps, non — mais ce n’est pas une raison pour jouer au dresseur.
Les tarantula hawks sont généralement décrites comme peu agressives envers les humains : elles piquent surtout si on les manipule, si on les coince, ou si on insiste lourdement (ce qui, avouons-le, est un sport étrange).
Comme pour beaucoup de piqûres d’hyménoptères, le vrai risque sérieux, c’est la réaction allergique (rare, mais potentiellement grave). En clair : la douleur est spectaculaire, mais l’urgence médicale vient surtout d’une réaction généralisée. Le danger est bien moindre que la piqûre du poisson pierre ou, pire, celle du cône géographe puisqu’elle ne laisse qu’un point rouge disparaissant en une semaine.
Brrrrr, freakishly grote tor sleep freakishly grote spin par anreheinga/Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
Que faire en cas de piqûre ?
D’abord : s’éloigner calmement, histoire d’éviter une deuxième piqûre (certaines guêpes peuvent piquer plusieurs fois).
Ensuite, pour une réaction locale classique :
• Nettoyer à l’eau et au savon.
• Froid local (compresse fraîche) pour limiter douleur et gonflement.
• Antalgique si besoin.
• Et surveiller les signes d’alerte. Appelez immédiatement le 15 ou le 112 si vous observez : gêne respiratoire, gonflement du visage/de la bouche/de la gorge, malaise, urticaire généralisée… ou si la piqûre est dans la bouche/la gorge.
Une célébrité officielle
La guêpe mygale femelle trouverait certainement l’ araignée goliath très à son goût, la taille des mygales ne semblant pas lui faire peur, bien au contraire. Elle vit toutefois dans des régions arides comme les déserts, les zones semi-arides et les prairies où elle trouve ses proies, les tarentules (Theraphosidae, Araneomorphae), alors que les mygales sont plutôt adeptes des zones humides. Le nom de guêpe mygale est donc un abus de langage.
Les différentes espèces de cet hyménoptère vivent en Asie, en Amérique et en Australie et il ne fait pas bon être une tarentule dans ces coins là lorsque c’est la saison des amours de ces Pepsis.
Anecdote délicieusement absurde : au Nouveau-Mexique, la tarantula hawk a été choisie comme insecte officiel de l’État (suite à une initiative scolaire et un vote), puis validée par la législature.
Tarantula Hawk in Quito, Ecuador.jpg par Julio.ospinao / Wikimedia (CC BY-SA 3.0).
Vidéos de la guêpe tarantula hawk, faucon tarentule
Elles sont probablement élégantes en macrophotographie mais elles sont surtout de féroces prédateurs, voici quelques vidéos d’affrontements de Pepsis, la guêpe tarantula hawk ou guêpe mygale, avec de malheureuses tarentules qui ont croisé leur chemin:
Mini FAQ — Guêpe mygale (tarantula hawk)
La “tarantula hawk”, c’est quoi exactement?
C’est une grosse guêpe chasseuse d’araignées (famille des Pompilidae) : la femelle paralyse une mygale pour nourrir sa larve. Ambiance “nature sans filtre”.
Est-ce qu’elle attaque l’être humain?
Non, elle n’a aucun intérêt à vous “chasser”. Elle pique surtout si on la saisit, qu’on la coince, ou qu’on insiste comme si c’était un bouton “test de douleur”.
Qui pique : le mâle ou la femelle?
La femelle pique (elle a un dard fonctionnel et chasse). Le mâle, lui, se contente de butiner et de faire le beau.
Sa piqûre est-elle vraiment l’une des plus douloureuses?
Oui, elle est réputée parmi les plus douloureuses chez les insectes. C’est bref mais très intense : l’idée est de neutraliser une grosse araignée, pas de chatouiller.
Est-ce dangereux / mortel?
En général, c’est surtout très douloureux mais pas dangereux chez une personne non allergique. Le risque sérieux, comme souvent, c’est la réaction allergique (gonflement généralisé, gêne respiratoire, malaise).
Que faire en cas de piqûre de la guêpe mygale?
Nettoyez, mettez du froid local, prenez un antalgique si besoin, et surveillez. Urgence (15/112) si gêne respiratoire, gonflement du visage/gorge, malaise, urticaire généralisée.
Sources pour aller plus loin
• Colostate
• National History Museum
• Britannica
• NPS
• Ameli
Beaucoup moins agressif (voir même pas du tout), découvrez également le papillon frelon, un papillon qui imite une guêpe géante
















