Dans la canopée africaine, certains oiseaux jouent la carte du camouflage. Le touraco de Schalow (Tauraco schalowi), lui, préfère manifestement la stratégie “je suis vert, oui, mais avec du rouge qui claque et une crête qui dit clairement je suis le boss des feuillages”. On le voit souvent avant de le comprendre : une silhouette élégante, un œil expressif cerclé de rouge, et ce look de rocker tropical qui traverse les branches comme si la forêt lui appartenait.
Crédit photo Peter Steward (CC BY-NC 2.0).
Espèce typique des touracos (famille des Musophagidés), le touraco de Schalow est un oiseau plutôt arboricole : il se déplace beaucoup par bonds et vols courts, à l’aise dans les forêts et boisements où les fruits ne manquent pas. Si vous aimez les oiseaux qui semblent sortis d’un comic-book, vous devriez aussi jeter un œil au tangara de paradis, un autre champion des couleurs “improbables mais réelles”, histoire de rester dans le thème.
Crédit photo gcochrane13 (CC BY-NC 4.0).
À quoi le reconnaître (sans vous tromper d’acteur dans la canopée)
Le touraco de Schalow est majoritairement vert, avec une longue huppe (la fameuse crête), un bec rouge et une zone autour de l’œil marquée par des tons rouges et clairs qui lui donnent une vraie “signature” faciale. Le détail qui fait souvent son effet : quand il ouvre les ailes, on aperçoit des plumes de vol rouge vif. C’est la petite surprise visuelle qui transforme un simple “oiseau vert” en “wow, c’était quoi ça ?”.
Crédit photo janduchoslav (CC BY-NC 4.0)
Ses ailes, courtes et arrondies, sont adaptées à de courts vols ponctuels entre les arbres plutôt qu’à de longs déplacements en vol battu et il ne descend que très rarement au sol.
Cette idée d’oiseaux spectaculaires, parfois au destin fragile, rappelle qu’un plumage remarquable n’est pas une assurance-vie : certains disparaissent des radars pendant des années. Sur 2tout2rien, on a justement parlé d’un cas étonnant avec le bagadais d’Albert, cet oiseau resté introuvable pendant très longtemps.
Crédit photo John Puddephatt (CC BY-SA 2.0).
Où vit le touraco de Schalow ?
On rencontre le touraco de Schalow dans une large zone d’Afrique australe et orientale, notamment en Angola, RD Congo, Zambie, Tanzanie, Malawi, et plus localement dans des secteurs vers le Zimbabwe, la Namibie, le Botswana et le Kenya selon les découpages de répartition. Il apprécie les forêts, les boisements, les lisières arborées et, selon les régions, des zones de forêt montagnarde ou de plateaux.
Crédit photo Francesco Veronesi (CC BY-NC-SA 2.0).
Il n’est pas un grand migrateur au long cours : c’est plutôt un habitant fidèle de ses territoires, du moment qu’il a des arbres, des fruits, et de quoi se faufiler dans la végétation avec ce mélange de grâce et de débrouillardise qui caractérise bien les touracos. L’espèce est réputée très territoriale : les couples et groupes familiaux défendent vigoureusement leur aire de vie tout au long de l’année. Les familles restent soudées pendant de longues périodes, formant des petits groupes qui explorent le milieu à la recherche d’arbres en fruits, qu’ils rejoignent et quittent en file indienne et dans un étonnant silence
Crédit photo Nick Kowalske (CC BY-NC 4.0).
Son menu : fruits et quelques protéines
Le touraco de Schalow est principalement frugivore : fruits, baies, ressources végétales (feuilles, bourgeons, fleurs)… c’est la base. Mais comme souvent dans la nature, la carte n’est pas totalement figée : les jeunes, en particulier, consomment plus d’insectes (logique : la croissance demande du carburant plus “concentré”). Ce régime en fait un acteur discret mais utile : un bon mangeur de fruits participe à la dispersion des graines, donc au renouvellement de certaines plantes.
Son régime alimentaire ne comporte toutefois pas d’insectes toxiques pour une défense chimique, à la différence du pitohui à capuchon, célèbre pour sa toxicité. Celui-ci a adopté une autre manière de dire “ne me mangez pas”, beaucoup moins subtile que la crête du touraco.
Crédit photo eliegaget (CC BY-NC 4.0).
Reproduction : efficace et plutôt discrète
La saison de reproduction du touraco de Schalow coïncide généralement avec le début de la saison des pluies, période de plus grande abondance alimentaire. Les oiseaux deviennent alors plus vocaux et plus démonstratifs : poursuites d’arbre en arbre, cris, présentation de la crête et des couleurs de la tête, mouvements saccadés de la queue et déploiement des ailes pour mettre en évidence les rémiges rouges. On est toutefois loin des parades nuptiales d’autres oiseaux plus démonstratifs comme le paradisier superbe ou plus « brutaux » comme l’Araponga tricaronculé.
Crédit photo markusgmeiner (CC BY-NC 4.0).
Chez les touracos, la reproduction se fait en couple, avec un nid installé dans la végétation (souvent une plateforme de branchages). La ponte est fréquemment de deux œufs, et les parents se relaient pour l’incubation qui dure environ 20 à 22 jours. Les jeunes sont rapidement adaptés à la vie dans les arbres : avant même d’être des as du vol, ils deviennent de bons grimpeurs et se déplacent déjà avec une certaine assurance dans le feuillage au bout de 2 à 3 semaines. Si les poussins maîtrisent le vol vers 4/5 semaines, ils restent toutefois dépendants des parents pendant plusieurs semaines supplémentaires.
Crédit photo Ian White (CC BY-NC-SA 2.0).
Sous-espèces et variations
Selon les références taxonomiques, Tauraco schalowi est subdivisé en plusieurs sous-espèces décrites, correspondant à des zones géographiques différentes. Pour le grand public, ça ne change pas l’essentiel : vous verrez “le touraco de Schalow”. Pour les naturalistes, c’est un terrain de jeu intéressant : de petites variations de teintes ou de répartition peuvent exister selon les régions et les populations.
Dans les basses terres orientales, il est remplacé par le touraco de Livingstone, une espèce proche au plumage et au mode de vie comparables.
Crédit photo eliegaget (CC BY-NC 4.0).
Statut de conservation : plutôt stable… sous conditions
Le touraco de Schalow est généralement classé en “préoccupation mineure” (Least Concern). En clair : l’espèce n’est pas considérée menacée à l’échelle globale aujourd’hui. Mais comme pour beaucoup d’oiseaux forestiers, la stabilité dépend de la santé des habitats : là où les forêts se fragmentent et où les grands arbres reculent, les espèces arboricoles finissent par payer l’addition.
Crédit photo gcochrane13 (CC BY-NC 4.0).
Vidéo du Touraco de Schalow
Il vole bien moins haut que le vautour de Rüppell, voici une petite vidéo d’un de ces touracos de Schalow sur son arbre perché:
Sources pour aller plus loin
• BirdLife Data Zone
• Oiseaux.net
• Wikipédia










