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Les affiches de Gustave Fraipont, quand le train vendait déjà le rêve

On parle souvent de Jules Chéret, de Mucha ou de Toulouse-Lautrec quand il s’agit des grandes affiches de la fin du XIXe siècle. Gustave Fraipont mérite pourtant largement sa place dans ce club très select où la lithographie fait tourner les têtes. Né à Bruxelles le 1er mai 1849 et mort à Paris le 30 avril 1923, cet artiste d’origine belge naturalisé français a été à la fois peintre, aquarelliste, graveur, illustrateur et affichiste.

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Chez Fraipont, l’affiche n’est pas un simple support publicitaire. C’est une machine à projeter le voyage. Bien avant les influenceurs en chemise de lin face à la mer, ses images donnaient déjà envie de filer vers Enghien-les-Bains, la Normandie, la Bretagne, la Hollande, Londres ou Royan. Dans la sélection relayée par vintag.es, on voit très bien cette spécialité : une série d’affiches ferroviaires et touristiques produites entre la fin des années 1870 et les années 1890, pour les réseaux du Nord, de l’Ouest, de l’Est et de l’État. Dans cette France où la mobilité moderne s’accélère et où les villes se transforment à toute allure, comme on le voit aussi avec la construction du métro de Paris, l’affiche devient une promesse de départ presque instantanée.

À retenir
Gustave Fraipont est l’un des grands noms discrets de l’affiche Belle Époque.
Son terrain de jeu favori : les chemins de fer, les stations balnéaires et les destinations de loisirs.
Son talent : transformer un trajet en promesse d’évasion, avec assez d’élégance pour donner envie de réserver un billet… en 1895.

Un artiste complet, pas seulement un affichiste

Réduire Fraipont à ses posters serait un peu comme résumer la cathédrale de Reims à ses pierres. Il enseigne le dessin à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur et publie plusieurs ouvrages consacrés à la pratique artistique, parmi lesquels L’art de composer et de peindre l’éventail, l’écran, le paravent en 1893, La plante : fleurs, feuillage, fruits, légumes, dans la nature et la décoration en 1896, ou encore L’art de peindre les marines. On a donc affaire à un praticien complet, à la fois pédagogue, dessinateur et observateur minutieux des formes décoratives et naturelles.

Cette culture visuelle transparaît dans ses affiches. Fraipont aime cadrer, hiérarchiser, faire respirer l’image. Il organise souvent la composition en grandes masses lisibles de loin, avec une typographie solide, des cartouches, des médaillons, des vues secondaires et une scène principale qui sert de promesse centrale. Ce n’est pas seulement joli : c’est redoutablement efficace. À distance, le passant comprend où aller. De près, il commence déjà à voyager avec les yeux.

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Yedda, 1879

L’affiche ferroviaire comme art du désir

La grande force de Gustave Fraipont tient à son sens du compromis parfait entre information et séduction. Ses affiches ne se contentent pas d’indiquer un lieu : elles racontent une ambiance. Enghien-les-Bains devient une élégante parenthèse lacustre, la Normandie et la Bretagne un condensé de côtes, de patrimoine et de fraîcheur marine, Royan une promesse de bains de mer fréquentés, mondains et animés. Cette même atmosphère de villégiature raffinée flotte encore dans le Nice du début du XXe siècle avec le restaurant Le Plongeoir, où le décor suffit presque à entendre les conversations en canotier et le bruit des vagues sous les tables.

La technique n’est pas absente du tableau. On est dans le grand format de rue, conçu pour attirer le regard au milieu du bruit, du mouvement et de la concurrence visuelle. En cela, Fraipont participe à la même révolution graphique que les affiches de Hugo d’Alesi, autre grand nom de l’image touristique et ferroviaire de la fin du XIXe siècle. Là où d’Alesi aime souvent l’ampleur panoramique, Fraipont se montre volontiers plus narratif, plus théâtral, avec un sens très sûr de la scène attractive.

Les compagnies de chemin de fer ne vendaient d’ailleurs pas seulement un transport, mais une expérience complète : air marin, casino, excursions, panorama, architecture, exotisme raisonnable et retour possible avant la soupe. Cette époque adore le progrès et s’enivre volontiers de futurs radieux, un enthousiasme que l’on retrouve aussi dans l’an 2000 vu par des artistes français de 1899, où la technologie et l’imagination avancent main dans la main avec un optimisme délicieusement rétro.

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Chemin de fer du Nord. Enghien-les-Bains, Val-d’Oise, 1890

Quelques affiches marquantes de Gustave Fraipont

Parmi les œuvres les plus parlantes, Chemin de fer du Nord. Enghien-les-Bains datée de 1890 montre déjà sa capacité à associer décor, loisirs et lisibilité publicitaire. Quatre ans plus tard, l’affiche pour l’Exposition universelle d’Anvers prouve qu’il sait aussi jouer la carte de l’événement international. Et autour de 1895, son univers touristique s’affirme pleinement avec des visuels consacrés à Chantilly, à la liaison Paris-Londres, à la Hollande ou encore à Royan.

Ce goût pour l’affiche comme invitation au départ le rapproche d’une esthétique plus large de la Belle Époque, où l’image imprimée devient à la fois art populaire, réclame et promesse de modernité. C’est aussi ce qui rend ces œuvres si attachantes aujourd’hui : elles ne montrent pas seulement un lieu, elles mettent en scène le désir d’y aller.

Un autre détail n’est pas anodin : l’une de ses affiches pour Pierrefonds, Compiègne et Coucy a été reprise dans Les Maîtres de l’affiche, la fameuse publication mensuelle lancée à Paris entre 1895 et 1900 pour reproduire les plus belles affiches illustrées de l’époque. Autrement dit, Fraipont n’était pas un simple exécutant de commande : il faisait partie des artistes dont l’affiche était déjà considérée comme digne de collection. Ce n’est pas rien. Enfin si, c’est en papier. Mais c’est tout de même beaucoup.

Démonstration avec quelques affiches de Gustave Fraipont :

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Enghien les Bains, autour de 1880

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Chemins de Fer de l’Ouest, Normandie et Bretagne, Bains de Mer, 1890

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Vosges, Voyages Circulaire, Chemin de Fer de l’Est, 1890

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Bains de Mer de l’Ocean, 1891

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Enghien-les-Bains, 1891

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Enghien-les-Bains, 1891

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Chemin de Fer de l’Ouest, Normandie, Bretagne, 1892

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Exposition Universelle, Anvers, 1894

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Château de Chantilly, Chemin de Fer du Nord, 1895

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Chemins de Fer de l’Ouest-Normandie Bretagne, 1895

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Chemins de fer du Nord Paris a Londres, 1895

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Chemins de Fer du Nord, Hollande, 1895

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Fleurs, Fruits, Primeurs à destination de Londres, Chemins de Fer de l’Ouest et de Brighton, 1896

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« Chansons des Oiseaux », Paris, 1898

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Chemin de Fer du Nord Angleterre, Belgique, Hollande, 1890

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Chemin de Fer du Nord, Pierrefonds, Compiègne & Coury, 1890

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Chemin de Fer du Nord, Saison Balnéaire, 1890

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Chemins de Fer du Nord, Paris Bruxelles, 1890

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Excursion au Mont St. Michel, 1890

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Excursions à La Mer, Chemin de Fer du Nord, 1890

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Royan, Bains de Mer les plus fréquentés, 1890

Sources pour aller plus loin

Gustave Fraipont (1849-1923)
Gustave Fraipont (1849 – 1923) | Musée d’Orsay
Chemin de fer du Nord. Enghien les Bains : [affiche] / G. Fraipont ; Fraipont et Moreau, 95 rue de Vaugirard, Paris
Chemin de fer du Nord. Exposition universelle… Anvers… mai-novembre 1894 : [affiche] / [Gustave Fraipont] ; [monogramme] G.M. [?]
Chemins de fer de l’État
Les Maîtres de l’affiche : publication mensuelle contenant la reproduction des plus belles affiches illustrées des grands artistes français et étrangers
L’art de composer et de peindre l’éventail, l’écran, le paravent / par G. Fraipont,…
La plante : fleurs, feuillage, fruits, légumes, dans la nature et la décoration / par G. Fraipont,…
L’art de peindre les marines (Nouvelle édition) / par G. Fraipont,…
Incendie de la Cathédrale de Reims, FRAIPONT – Portail officiel des Musées de Reims

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