Aller au contenu

L’araignée smiley (Theridion grallator) : un emoji vivant caché sous les feuilles d’Hawaï

On pensait que le smiley était né dans un logiciel des années 80. Raté : à Hawaï, une minuscule araignée semble avoir imprimé un bonhomme souriant sur son abdomen. Son nom scientifique : Theridion grallator, plus connue sous le nom d’araignée smiley (Hawaiian happy-face spider). Et non, ce n’est pas un montage : c’est un vrai “mème” biologique, avec de vraies raisons évolutives derrière.

araignee smiley theridion grallator 1
Crédit photo Steve Wells.

Une araignée smiley… qui sourit (presque) pour de vrai

L’araignée smiley appartient à la famille des Theridiidae (les araignées “tisseuses enchevêtrées”, très répandues dans le monde). Mais celle-ci joue dans une ligue à part : sur son abdomen jaune translucide, des pigments rouges, noirs et parfois blancs dessinent des motifs extrêmement variables. Certains évoquent un sourire net, d’autres un clown, un masque, ou une tache abstraite façon “art contemporain sous feuille”. Son nom hawaïen est d’ailleurs nananana makakiʻi, araignée à motif de figure.

Au passage, si vous aimez les bestioles qui ont l’air de porter un logo improbable, vous devriez voir cette chenille avec une tête en forme de crâne ou de smiley : même idée générale (“la nature a-t-elle un graphiste ?”), autre groupe, autre technique d’intimidation.

araignee smiley theridion grallator 2


Crédit photo Cricket Raspet (CC BY 4.0).

Où vit cette araignée souriante?

Theridion grallator est strictement endémique de l’archipel d’Hawaï. On la rencontre sur plusieurs îles, notamment Oʻahu, Molokaʻi, Maui et l’île d’Hawaʻi, dans des forêts humides ou mésiques, entre environ 300 et 2 000 m d’altitude.

Son truc, c’est la discrétion : elle vit surtout sur la face inférieure des feuilles, dans la pénombre humide de la canopée basse. Autrement dit : elle est célèbre sur Internet, mais dans la vraie vie, elle se comporte comme une star qui évite les paparazzis.

araignee smiley theridion grallator 3
Crédit photo Hawaii Volcanoes National Park (CC0).

Taille mini, pattes échasses : pourquoi “grallator” ?

Son corps mesure moins de 5 mm. En revanche, ses pattes sont longues et fines, ce qui explique le nom grallator (idée d’“échassier”). Et comme son corps est translucide, la teinte de fond peut parfois tirer vers le vert ou l’orange selon l’alimentation — ce qui renforce encore l’effet “camouflage feuille”.

Pour rester dans le registre des looks extravagants, vous pouvez glisser un détour par l’araignée à cornes (Macracantha arcuata) : là, ce n’est plus un smiley, c’est carrément une armure de boss final.

araignee smiley theridion grallator 4


Crédit photo Cricket Raspet (CC BY 4.0).

Polymorphisme : une galerie d’avatars sur une seule espèce

L’un des points les plus fascinants, c’est le polymorphisme extrême : chaque individu peut afficher un motif différent, et la fréquence des “dessins” varie d’une île à l’autre. Certaines araignées sont presque sans motifs, d’autres portent un “blob” rouge, des taches sombres, ou un visage complet. On est sur une vraie série limitée locale, comme si chaque île lançait sa collection.

Les biologistes soupçonnent que cette diversité aide l’espèce à échapper aux prédateurs (notamment certains oiseaux) : si un prédateur apprend à repérer “le motif A”, il rate plus facilement “le motif B”. En clair : varier le look rend plus difficile la création d’une “image mentale de proie”. Un anti-tracking naturel, version tropicale.

araignee smiley theridion grallator 5
Crédit photo Nate Yuen (CC BY 3.0).

Chasse et toile : moins “grand filet”, plus “commando sous feuille”

Contrairement à l’araignée de jardin qui attend patiemment dans une grande toile, l’araignée smiley chasse plutôt sur les feuilles. Elle détecte les vibrations de petites proies (mouches, petits insectes), puis utilise sa soie pour les entraver rapidement. Elle fabrique bien de petites structures de soie sous les feuilles, mais rien de comparable à une toile géante : en climat humide, les fils collants souffrent vite de la pluie et de la condensation.

Dans la catégorie “arachnides qui brillent ou surprennent”, l’araignée miroir (Thwaitesia) est de la même famille : pas de smiley, mais un abdomen façon chrome poli.

araignee smiley theridion grallator 6
Crédit photo rokkenolan (CC BY-NC 4.0).

Une mère très investie… et des mâles au destin bref

Chez Theridion grallator, la femelle ne se contente pas de pondre : elle garde le cocon, protège la zone, et peut même chasser pour nourrir ses jeunes après l’éclosion. Les petits restent sur la feuille avec elle pendant plusieurs semaines : une vraie “crèche sous-canopée”.

Les mâles, eux, deviennent plus mobiles pour trouver une partenaire. La cour se fait via un mélange de signaux vibratoires et chimiques, souvent la nuit sous la feuille. Et après l’accouplement, le mâle meurt généralement peu de temps après : romance hawaïenne, version “épisode unique”.

(Parenthèse utile : un arachnide n’est pas forcément une araignée. Exemple parfait avec cet opilion à tête de loup ou de lapin.)

araignee smiley theridion grallator 7
Crédit photo Forest and Kim Starr (CC BY 2.0).

Une célébrité fragile

Même si l’araignée smiley est devenue iconique, elle reste rare et dépendante des forêts humides hawaïennes. Entre fragmentation des habitats, espèces invasives et pressions climatiques, ces minuscules emojis vivants rappellent une règle simple : sur une île, l’équilibre écologique tient parfois… à un fil (de soie).

araignee smiley theridion grallator 8


Crédit photo James Bailey (CC BY-NC 4.0).

Sources pour aller plus loin

World Spider Catalog
Nature
JSTOR
Wikipédia

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *