Catégorie : art

  • Christian Verginer : des sculptures en bois où l’enfance se fait dévorer… par la nature (en douceur)

    Christian Verginer : des sculptures en bois où l’enfance se fait dévorer… par la nature (en douceur)

    Il y a des sculpteurs qui « travaillent le bois ». Et puis il y a Christian Verginer, qui lui fait carrément raconter une histoire—avec des chapitres cachés dans les fibres. Ses sculptures figuratives montrent souvent des enfants et adolescents, taillés dans le bois de tilleul, avec des détails peints (acrylique) et des intrusions du vivant : feuilles sur la peau, silhouettes d’arbres, oiseaux nichés dans une capuche… Le résultat est à la fois très doux et légèrement inquiétant, comme un conte qu’on relit adulte en se demandant qui a validé ce scénario.

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    “You Need Love” 2021 (détail).

    Un sculpteur du Haut-Adige, entre tradition et malaise moderne

    Né en Bressanone, installé à Ortisei (dans le Val Gardena, Italie), Verginer s’inscrit dans une région où la sculpture sur bois est une affaire sérieuse depuis des siècles. Il a été formé à l’école d’art d’Ortisei puis à l’Académie des Beaux-Arts de Carrara, et revendique cette précision “d’atelier” — sans se priver d’un propos très contemporain sur notre rapport à l’environnement.

    Il taille ses figures à la main en s’inscrivant dans la tradition de la sculpture sur bois de Val Gardena, autrefois tournée surtout vers les statues religieuses et les jouets. Aujourd’hui, il détourne cette maîtrise technique vers des sujets très contemporains : écologie, enfance, solitude, imagination.

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    “Two Stories V,” 2023.

    Le matériau : bois de tilleul + acrylique, ou l’art du trompe-œil… sans tricher

    Le tilleul (souvent appelé limewood/basswood) est un bois apprécié en sculpture pour son grain fin et sa stabilité : parfait pour des visages réalistes, des plis de vêtements crédibles, des doigts (oui, des doigts… ce cauchemar technique). Verginer l’utilise en grandes masses, puis joue sur deux registres :
    • Surface “peau” : lissée, presque tendre, où la lumière glisse comme sur une porcelaine mate.
    • Surface “matière” : laissée plus brute par endroits, avec de minuscules traces d’outil, qui rappellent que tout ça n’est pas un rendu 3D.

    Ensuite, il ajoute l’acrylique non pas pour colorier, mais pour signifier : une feuille peinte sur une joue, une ombre d’arbre sur un tee-shirt, une teinte verte qui grimpe comme une sève. On est loin du gadget décoratif : la peinture devient un langage.

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    “Secret Garden”.

    Enfants, arbres, oiseaux : la fusion qui dit tout

    Ce qui rend ses pièces si mémorables, c’est l’idée de porosité entre l’humain et le non-humain. Chez Verginer, la nature n’est pas un fond d’écran : elle traverse le sujet. Un oiseau peut se poser sur une fermeture éclair, des branches deviennent coiffure, un motif d’épicéa s’inscrit dans la masse… Comme si l’enfance était le dernier âge où l’on n’a pas encore construit des murs entre soi et le vivant.

    Si cette sensation vous parle, vous aimerez sans doute ce cousinage plus sombre : les humanoïdes dévorés par la nature d’Ishibashi Yui. Même dialogue corps/nature, mais avec le curseur « inquiétante étrangeté » poussé d’un cran (voir plus).

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    “Different Times II,” 2022.

    Une écologie sans pancarte, mais avec des “Easter eggs”

    Des détails discrets se révèlent quand on regarde de près : la petite anomalie poétique, le motif végétal presque subliminal, l’oiseau-compagnon qui change la scène. C’est justement ce qui rend ces sculptures “Discover-friendly” : elles accrochent au premier regard (hyperréalisme), puis retiennent au second (double lecture).

    Pour l’artiste, la nature est faite de dualités. Elle peut être dure et tendre, agressive et douce, accueillante et dangereuse à la fois. Ses sculptures explorent cet « entre-deux » : les enfants ont l’air paisibles, mais quelque chose dérange parfois, comme un oiseau mort tenu délicatement entre deux doigts, ou un motif végétal qui ressemble à une ombre envahissante.

    Dans un registre plus onirique, cette fusion du vivant et du féminin fait écho aux œuvres d’Amy Sol, entre nature et féminité : mêmes glissements symboliques, autre médium, même pouvoir d’attraction.

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    “Between Worlds II,” 2024.

    Le secret de ses œuvres : technique + trouble + poésie

    Christian Verginer combine trois ingrédients rarement réunis :
    • Une virtuosité technique (proportions, textures, micro-détails).
    • Une narration muette (chaque pièce ressemble à un arrêt sur image).
    • Un thème universel : notre lien au vivant, entre protection et prédation.

    Bref : avec Christian Verginer, la sculpture sur bois sort du « joli savoir-faire » pour devenir une petite alerte poétique. Pas de sermon, pas de panneau “sauvez la planète”, juste une évidence : on est tous faits de nature… même quand on fait semblant de l’oublier.

    Et si vous préfférez quand la nature se met à inventer des chimères, allez jeter un œil aux sculptures d’animaux surréalistes d’Ellen Jewett : on n’est plus dans l’enfant, mais la logique d’hybridation est tout aussi addictive.

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    “Behind the Surface a World I,” 2025.

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    “Maybe Tomorrow,” 2024.

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    “Maybe Tomorrow,” 2024 (detail).

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    “Human Biotope,” 2023.

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    “Scents Shadow,” 2020.

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    “Protected Essence,” 2025.

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    “Presence in Absence,” 2024.

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    “Too Far Too Close II,” 2023.

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    “The Nest II,” 2023.

    Sources pour aller plus loin

    Toutes les photos: crédits Christian Verginer.

    • Le site web de l’artiste
    Son compte Instagram
    Galerie LeRoyer
    My Modern Met
    This is Colossal

    Enfin, pour une autre approche de la métamorphose—plus organique, plus “conte de verre”, les sculptures verre et céramique de Christina Bothwell prolongent très bien le sujet : le corps comme territoire de transformation.

  • Malene Hartmann Rasmussen : des « brutes » en céramique, entre conte nordique et bestiaire mal élevé

    Malene Hartmann Rasmussen : des « brutes » en céramique, entre conte nordique et bestiaire mal élevé

    Entre folklore nordique et bestiaire délicieusement mal élevé, les sculptures en céramique de Malene Hartmann Rasmussen transforment feuilles, coquilles et œufs en visages-totems qui vous fixent comme si vous veniez d’entrer chez eux sans frapper.

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    « Troll n° 11 » (2025)

    Une céramique qui joue à se déguiser (et qui vous regarde de travers)

    Il y a des œuvres qui décorent un mur. Et puis il y a celles qui vous observent depuis ce mur, comme si vous veniez de dire « l’argile, c’est juste des pots ». Avec ses visages étrangement expressifs et ses créatures aux allures de masques, Malene Hartmann Rasmussen transforme la céramique en un terrain de jeu narratif : un théâtre de petites monstruosités, drôles, gênantes, parfois franchement suspectes… mais toujours fascinantes.

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    « Tête d’œuf » (2025)

    Ses pièces donnent l’impression d’être assemblées à partir d’éléments « naturels » — feuilles, coquilles, baies, fleurs, œufs — comme si la forêt avait monté une troupe de comédiens et leur avait confié des rôles de trolls, de bêtes intérieures et de personnages de conte. Le résultat oscille entre le mignon et l’inquiétant, un peu comme un doudou qui aurait lu trop de mythologie scandinave.

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    « Troll n° 1, série Tropicália » (2025)

    Trolls, bêtes intérieures et œufs en or : le grotesque en version précieuse

    Dans la série Trolls, Rasmussen compose des visages muraux à partir d’un inventaire organique qui semble sorti d’un herbier fantastique : coquilles d’escargots, feuilles, fleurs, œufs… Le tout devient un portrait : énigmatique, presque totemique, et surtout indécidable. Ami ou menace ? Gardien du bois ou grincheux du sous-bois ? Le genre de tête qui ne vous dit pas bonjour mais qui sait des choses.

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    “Inner Beast #10” (2023)

    Si cette veine « créatures rigolotes mais pas si innocentes » vous parle, vous avez un cousinage évident avec Helen Burgess, l’artiste qui donne vie à des créatures rigolotes en céramique : même goût pour le personnage, l’expression, et cette frontière floue entre le jouet et le fétiche.

    Côté pièces « personnages », l’artiste pousse la caricature : regards en coin, grimaces, attitudes quasi cartoon. Certaines œuvres ajoutent même une note luxueuse et décalée avec un lustre d’or 24 carats, comme si la bête avait trouvé un trésor (ou un très bon sponsor).

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    “Tulpa” (2025)

    Une esthétique du conte… mais pas celle des rayons « jeunesse »

    L’intérêt, c’est que Rasmussen ne fait pas du folklore « carte postale ». Elle travaille plutôt cette zone instable où l’imaginaire bascule : cuteness vs. abjection, jeu vs. malaise. Les formes restent séduisantes, brillantes, très finies, mais l’expression, elle, garde une part d’ambiguïté. On est dans un conte où la morale n’arrive pas tout de suite — et où le narrateur a peut-être un peu bu l’eau du marais.

    Pour les amateurs d’étrangeté organique, cela fera écho à d’autres univers que l’on aime bien sur 2tout2rien.fr. Par exemple, la dimension “bestiaire” et légèrement dérangeante rappelle les créatures étranges de Clémentine Bal, où l’imaginaire suggère plus qu’il n’explique, et où l’on se surprend à accepter l’invraisemblable comme si c’était normal.

    Et si vous préférez les hybrides plus oniriques, vous pouvez faire la passerelle vers ces créatures hybrides de verre et de céramique : même idée d’un vivant réinventé, entre fragilité, matière et métamorphose.

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    “Viper Weave #5” (2022)

    « Brutes » à Londres : quand la nature inspire autant qu’elle menace

    Ces œuvres sont notamment présentées dans “Brutes”, une exposition qui explore la façon dont la beauté et la menace du vivant alimentent l’imagination. L’événement réunit Malene Hartmann Rasmussen et le peintre James Mortimer à la James Freeman Gallery (Londres), du 15 janvier au 14 février 2026.

    Dans ce contexte, ses pièces se lisent comme des fragments de forêt mis en scène : un peu comme si la nature avait décidé de produire ses propres personnages secondaires… et qu’ils avaient demandé à être éclairés en gros plan.

    À ce stade, si vous aimez quand le fantastique rencontre l’artisanat et la couleur, il y a aussi un pont naturel vers les “Illuminated Piñata”, des créatures fantastiques signées Roberto Benavidez : ce n’est pas la même matière, mais la même énergie de créature “de vitrine” qui vous attire, puis vous met légèrement mal à l’aise.

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    “Angry Eagle” (2025)

    Sources pour aller plus loin

    • Le compte Instagram de l’artiste ici
    James Freeman Gallery
    This is colossal

    Et pour de « presque » vrais Trolls, découvrez ceux de la plage de sable noir de Reynisfjara.

  • Les fresques acrobatiques d’Artez : quand les murs se mettent au yoga (sans tapis)

    Les fresques acrobatiques d’Artez : quand les murs se mettent au yoga (sans tapis)

    Il y a des façades qui se contentent d’être… des façades. Et puis il y a celles qu’Artez transforme en scène de spectacle : des corps en équilibre, des torsions impossibles, une chaise qui sert tantôt d’agrès, tantôt de partenaire de danse. Résultat : des fresques acrobatiques monumentales qui donnent l’impression que le bâtiment a décidé de bouger … enfin, sans demander l’avis de l’architecte.

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    “Dancer” (2024), Bourgoin-Jallieu, France.

    Artez, le muraliste qui “teste” les limites des murs

    Basé à Belgrade, Artez (artiste serbe) s’est fait connaître par un style hybride : photoréalisme + illustration, avec des couleurs et une présence très “vivantes”.

    Sa série en cours, Simple Acrobatics, est née d’une envie claire : sortir de la représentation “classique” du corps en muralisme et proposer une autre manière d’habiter l’espace public. Ici, les danseurs s’étirent, se plient, contournent les angles… comme s’ils cherchaient littéralement la couture du décor.

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    “Simple Acrobatics” (2025), Wuppertal, Allemagne

    “Simple Acrobatics” : la chaise comme accessoire (et comme prétexte à l’impossible)

    Le détail qui revient souvent : la chaise. Pas la chaise “pause-café”, non. Plutôt la chaise “outil de lévitation sociale”. Dans Simple Acrobatics, elle sert de prop pour créer des équilibres et des tensions, et surtout pour dialoguer avec la façade : un bras dépasse presque d’un bord, une jambe semble pousser le mur, un corps occupe un vide architectural.

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    “Simple Acrobatics” (2024), Boulogne Sur Mer, France

    Les œuvres voyagent : Bourgoin-Jallieu et Boulogne-sur-Mer en France (voir aussi cette fresque trompe-l’œil “portail” par Gonzalo Borondo à Boulogne-sur-Mer), mais aussi Wuppertal (Allemagne), Bristol et Cheltenham (Royaume-Uni), Zagreb (Croatie), Patras (Grèce)… bref, une tournée mondiale, sans billets et sans entracte.

    Pour d’autres fresques de grande taille en France, découvrez également les fresques avec des motifs de dentelle de Nespoon.

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    “Simple Acrobatics” (2024), Bristol, U.K.

    Une autre série : “Thirst”, ou quand on boit des fleurs (littéralement)

    Artez ne fait pas que des acrobaties. Dans une autre thématique récente intitulée Thirst, des personnages boivent dans des vases de fleurs. Geste étrange, presque surréaliste, qui fonctionne comme un “arrêt sur image” : ça oblige à regarder autrement et à questionner les conventions (et notre rapport au vivant, au passage).

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    “Thirst (Milena)” (2024), Aalborg, Danemark

    Un point technique : comment on “pose” un corps réaliste sur un immeuble ?

    Sans transformer ça en cours de BTP, il y a deux-trois choses intéressantes derrière ce type de fresque.

    D’abord, l’approche : Artez explique qu’il part souvent d’une photo comme base, puis qu’il improvise beaucoup pendant la réalisation, en se nourrissant du lieu. C’est important : ces fresques ne sont pas des posters géants, mais des œuvres qui se recalibrent sur site (lumière, texture, proportions de la façade, fenêtres, gouttières…).

    Ensuite, la contrainte physique : sur des formats monumentaux, on travaille fréquemment avec nacelle… ou accès sur cordes quand la configuration l’impose. Ce n’est pas un détail : la gestuelle du peintre, la précision des contours et même le rythme de travail sont conditionnés par la sécurité et la mobilité. Certaines publications pro montrent justement cette rencontre entre art mural et rope access.

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    “Simple Acrobatics” (2024), Zagreb, Croatie.

    Conclusion : des murs qui respirent (et qui font des abdos)

    Ce qui frappe chez Artez, ce n’est pas seulement la virtuosité anatomique. C’est le fait que la façade devient partenaire : contrainte, cadre, adversaire, parfois même accessoire. Avec Simple Acrobatics, l’artiste réussit un tour de force assez rare : faire sentir le poids, la tension et le mouvement… sur une surface qui, par définition, ne bouge pas.

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    “Simple Acrobatics” (2024), Cheltenham, U.K.

    Sources pour aller plus loin

    Toutes les photos: crédits Artez.

    Le compte Instagram de l’artiste ici.
    Sa boutique Big Cartel là.
    This is Colossal.
    Quai 36
    Street art cities

    Fresques monumentales, découvrez également les créations de Bicicleta Sem Freio.

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    “Moving Residents” (2023), Deventer, Pays Bas.

  • La statue de Prométhée à l’Université du Minho : quand le “feu du savoir” se paie comptant

    La statue de Prométhée à l’Université du Minho : quand le “feu du savoir” se paie comptant

    À Braga (Portugal), sur le campus de Gualtar de l’Université du Minho, une statue de Prométhée vous accueille… ou vous met en garde (au choix). La sculpture, connue sous le nom « Prometeu Agrilhoado » (Prométhée enchaîné), est devenue un repère du campus : un point de rendez-vous, un symbole, et une petite leçon de mythologie offerte gratuitement.

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    Crédit photo Alberto (CC BY-SA 2.0).

    Pourquoi Prométhée ? Parce que la connaissance a un petit côté “vol organisé”

    Dans la mythologie grecque, Prométhée est le Titan qui défie Zeus pour aider les humains : privé de feu, le monde reste brutal et “bloqué” au stade survie. Il vole l’étincelle aux dieux et la rend aux hommes — et ce feu symbolise bien plus que la cuisson : c’est la technique, l’outil, l’artisanat, bref, la civilisation qui démarre. Évidemment, Zeus n’apprécie pas l’esprit d’initiative : Prométhée est enchaîné et puni, un aigle lui dévorant le foie chaque jour.

    Du coup, quand l’Université du Minho choisit Prométhée, le message est assez net : le savoir se conquiert, il éclaire, il transforme le monde… et il a parfois un prix (fatigue, doutes, nuits courtes — heureusement, sans aigle officiel sur le campus, normalement).

    Et si vous aimez les mythes qui se matérialisent en “gros objet” dans l’espace public, vous devriez aussi jeter un œil au Cheval de Troie de Çanakkale : autre histoire de ruse et de symbole devenu monument… avec un peu plus de bois et un peu moins de foie en régénération.

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    Crédit photo Martin aka Maha (CC BY-SA 2.0).

    Une sculpture de José Rodrigues, inaugurée en 1992, pensée pour durer

    La statue est une œuvre en bronze du sculpteur portugais José Rodrigues, inaugurée en 1992. L’artiste explique avoir été invité via Artur Nobre de Gusmão (Fondation Calouste Gulbenkian), et précise que la pièce a été donnée à l’Université du Minho par la municipalité de Braga. Le bronze n’est pas un caprice : l’œuvre a été conçue ainsi dès le départ pour mieux résister aux conditions climatiques et valoriser l’espace extérieur.

    Un ouvrage universitaire consacré à la permanence du mythe de Prométhée rappelle d’ailleurs, noir sur blanc, qu’une sculpture du Titan par José Rodrigues se trouve bien sur le campus de Gualtar.

    Un style expressionniste

    Oubliez la statue lisse et héroïque. Ici, Prométhée est traité dans un registre expressionniste : tension, fragments, aspérités. L’article de l’université invite le regard à “connecter les morceaux”, à imaginer la roche, les éléments, et même cette base inclinée qui suggère l’âpreté du supplice et du paysage.

    Dans le même esprit — l’effort qui recommence, la mécanique du destin, la beauté du “ça ne finit jamais” — vous pouvez faire un détour par cette sculpture cinétique de Sisyphe. Sisyphe, Prométhée : deux façons élégantes de dire “courage” sans offrir de pause café.

    Un rituel étudiant (plus sérieux qu’il n’en a l’air)

    Selon le journal en ligne de l’Université du Minho, c’est aux pieds de la statue de Prométhée que l’on “jure fidélité” à l’académie en arrivant en première année.

    On peut sourire, mais le symbole est redoutablement bien choisi : la connaissance, ça éclaire… et ça engage. Prométhée ne vous promet pas la facilité ; il vous promet que ça vaut le coup.

    Une légende étudiante raconte que le bloc de pierre incliné bougerait légèrement chaque fois qu’un étudiant qui est entré à l’université “vierge” en ressort… dans le même état. Et puisque la base resterait “à peine” inclinée, la conclusion (scientifique, bien sûr) serait que la vie sociale du campus se porte très bien. On imagine toutefois les blagues potaches sur le sujet…

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    Crédit photo Waldir (CC BY-SA 4.0).

    Voir la statue de Prométhée de Braga

    L’œuvre est installée devant le Complexe pédagogique II du campus de Gualtar. Un document officiel de l’université la présente comme l’image de référence du campus (et pour une fois, ce n’est pas une plaquette marketing : sur place, impossible de la rater).

    Ses coordonnées GPS sont : 41° 33′ 34.377″ N, 8° 23′ 50.134″ O (41.55954914030357, -8.397259517804928).

    Voici sa position sur Google Maps :

    la statue de promethee a luniversite du minho braga maps

    Sources pour aller plus loin

    Nos Uminho
    Uminho

    Et si vous aimez quand l’art s’invite à l’université avec une émotion plus douce (et moins “enchaînée”), allez voir ce cœur gonflable à l’Université de Barcelone : autre campus, autre énergie, mais la même idée de transformer un lieu d’étude en expérience sensible.

  • Catène de Containers au Havre : quand le port se met à faire du Tetris géant

    Catène de Containers au Havre : quand le port se met à faire du Tetris géant

    Si vous arrivez au Havre par la mer, il y a un moment où votre cerveau fait un petit « bug graphique » : au milieu des façades plutôt sages (voir austères), surgissent deux arches multicolores… faites de conteneurs maritimes. C’est la Catène de Containers (littéralement « chaîne de conteneurs »), une œuvre monumentale commandée pour les 500 ans du Havre en 2017, signée par l’artiste Vincent Ganivet.

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    Crédit photo Alexandre Prevot (CC BY-SA 2.0).

    Une porte symbolique entre la ville et le port

    Installée quai Southampton, la sculpture matérialise une sorte de porte entre le Havre « côté ville » et le Havre « côté port » : logique, vu que les conteneurs sont l’ADN visuel de n’importe quel grand port. À force d’en voir empilés partout, on finit par oublier que ces boîtes d’acier sont devenues un matériau “universel” — au point qu’on les recycle aujourd’hui en architecture, parfois avec un résultat franchement bluffant : découvrez par exemple cette maison en containers spectaculaire.

    Et ce n’est pas juste “des boîtes empilées” : la Catène de Containers compte 38 conteneurs peints, pour une hauteur maximale autour de 28,5 m, et un poids total d’environ 288 tonnes. Oui, c’est un arc-en-ciel, mais version haltérophilie, on reste loin du Tetris original de 1984.

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    Crédit photo Katell-Ar-Gow (CC BY-NC-ND 2.0).

    Pourquoi ça tient debout (spoiler : ce n’est pas de la magie, c’est de la “chaînette”)

    Le mot “catène” n’est pas là pour faire joli : il renvoie à la courbe d’une chaîne suspendue. Vous prenez une chaîne tenue par ses deux extrémités : elle dessine naturellement une courbe. En inversant cette courbe, on obtient un arc caténaire : une forme qui travaille très bien “en compression”, et qui peut tenir sans contreforts si elle est correctement dimensionnée.

    C’est une technique rendue célèbre en architecture (coucou Gaudí, dont Ganivet revendique l’inspiration). Mathématiquement, la caténaire est liée à la fonction cosinus hyperbolique :
    y = a · cosh(x/a).
    Pas besoin de la réciter sur place, mais ça explique pourquoi cette sculpture donne l’impression d’être à la fois massive et étrangement “fluide”.

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    Crédit photo Martin Falbisoner (CC BY-SA 4.0).

    Bonus technique : le conteneur, ce “Lego” standardisé

    Ce détournement marche aussi parce qu’un conteneur est un objet ultra-normalisé : une “brique” industrielle aux dimensions standard, pensée pour passer sans discuter d’un camion à un train, puis à un navire. D’ailleurs, quand on se retrouve face aux géants de la marine marchande, on comprend mieux pourquoi la standardisation est vitale : à bord du plus grand porte-conteneurs du monde, le Maersk Mc-Kinney Møller, chaque conteneur n’est plus une simple caisse… c’est une unité dans un puzzle mondial.

    Et c’est exactement ce qui rend la Catène aussi efficace : elle détourne un objet conçu pour l’efficacité pure et le transforme en landmark artistique immédiatement lisible.

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    Crédit photo Fred Romero (CC BY 2.0).

    Voir la Catène de Containers et autour ?

    L’adresse de cette sculpture en conteneurs est : 44 Chau. John Kennedy, Le Havre, 76600, France.

    Ses coordonnées GPS sont : 49°29’05.4″N 0°06’25.5″E (49.484829, 0.107093).

    Voici sa position sur Google Maps:

    catene de containers au havre quand le port se met a faire du tetris geant maps

    Le Havre est aussi un décor parfait : son centre reconstruit par Auguste Perret est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO (une ville en béton… qui assume). L’arc-en-ciel de Ganivet vient justement “réchauffer” cette rigueur géométrique.

    Et si cette sculpture vous donne envie de regarder les conteneurs autrement, vous pouvez prolonger la curiosité côté “habitat” : certains projets montrent comment ces modules peuvent devenir une maison entière, et pas seulement une “caisse” sur un quai — par exemple une autre maison construite avec des containers, parfaite pour se faire une idée concrète du potentiel.

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    Crédit photo Katell-Ar-Gow (CC BY-NC-ND 2.0).

    Sources pour aller plus loin

    Un été au Havre
    Transverse
    Unesco

  • Ayako Kita fige l’instant du retour à la maison… en bois et résine

    Ayako Kita fige l’instant du retour à la maison… en bois et résine

    Il y a des artistes qui sculptent des héros, des monstres, des mythes. Et puis il y a Ayako Kita, qui sculpte… le moment où vous rentrez chez vous, que vous allumez la lumière, tirez un rideau, posez vos clés, et sentez votre cerveau passer de “mode extérieur” à “mode intérieur”. Sauf qu’elle le fait avec un duo de matériaux qui, sur le papier, n’étaient pas censés devenir de la poésie : cyprès japonais (hinoki) + résine acrylique transparente.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 1
    “My boundaries” (2021)

    Une expo comme un “plan-séquence” domestique

    Sa série “The End of the Day Begins” (exposée à FUMA Contemporary Tokyo du 18 au 29 novembre 2025) assemble des scènes “après la porte” : ces petits gestes banals qui, une fois isolés, ressemblent à des rituels presque solennels.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 8 - “Today Ends Here” (2025)
    “Today Ends Here” (2025)

    L’idée est claire : capturer le passage, ce seuil mental où la journée se termine… et où autre chose commence (fatigue, réflexion, inquiétude douce, ou juste l’envie de céréales). Dans sa déclaration, Kita explique vouloir créer un monde où toutes les pièces s’enchaînent comme une histoire continue, et elle revient à l’association figure + mobilier/éléments architecturaux, déjà explorée à ses débuts.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 7 - “Shut Down” (2025)
    “Shut Down” (2025)

    Pourquoi le bois + la transparence s’accordent bien

    Techniquement, ce qui frappe, c’est la façon dont Ayako Kita oppose deux comportements physiques :

    Le bois : matière “vivante”, veinée, chaude, qui porte le geste (outil, coupe, fibre).
    La résine acrylique (type PMMA) : matière froide, optique, qui laisse passer la lumière, révèle les volumes internes et donne cet effet de “temps figé”.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 4 - “Night Falls” (2025)
    “Night Falls” (2025)

    Kita a longtemps combiné bois sculpté + résine époxy coulée en moule, puis a développé une approche où les parties transparentes peuvent être travaillées/sculptées dans de la résine acrylique. Cette évolution n’est pas un détail : on passe d’une transparence “coulée” à une transparence taillée, donc plus contrôlable, plus nette, presque “architecturale”.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 5 - “Let go of everything” (2024)
    “Let go of everything” (2024)

    Des scènes tendres… et légèrement inquiétantes

    Ses personnages (souvent jeunes femmes ou jeunes filles) ont des expressions de curiosité, de pensée, parfois une inquiétude légère, comme si elles vous avaient surpris en train d’exister dans leur salon.

    ayako kita fige linstant du retour a la maison en bois et resine 6 - “Causality” (2021)
    “Causality” (2021)

    Et le trouble vient aussi des situations : chez Ayako Kita, l’émotion devient littérale. Dans “me & me” (2020), un “double” semble attaché au corps, comme une version parallèle qui refuse de décrocher.

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    “me & me” (2020)

    Dans “Premonition” (2022), un souffle de vent et une posture suffisent à installer l’idée qu’un micro-événement peut faire basculer l’humeur.
    Ses pièces récentes ajoutent des objets domestiques (rideau, luminaire, marches), et d’un coup ce n’est plus juste une sculpture : c’est un fragment d’histoire, comme un diorama mental où l’instant est “verrouillé” dans une matière transparente.

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    “Premonition” (2022)

    Si vous aimez ce genre de sculptures sur 2tout2rien…

    Dans un registre différent, mais jouant également avec l’acrylique ou le bois et la résine :

    Les objets étranges de Joyce Lin
    Les meubles en pierre et verre acrylique par Eduard Locota
    Les œuvres de pierre et de verre de Ramon Todo
    • Les sculptures minimalistes d’animaux de bois et de résine de Yurii Myketka

    Sources pour aller plus loin

    • Le compte Instagram de l’artiste
    • Le compte Instagram de FUMA Contemporary Tokyo
    Colossal
    Bunkyo Art
    ArtGuide

  • La Grande Vague de Hokusai vendue 2,8 M$ et pulvérise les records chez Sotheby’s Hong Kong

    La Grande Vague de Hokusai vendue 2,8 M$ et pulvérise les records chez Sotheby’s Hong Kong

    Il y a des œuvres qui vieillissent comme le lait. Et puis il y a La Grande Vague de Katsushika Hokusai, qui vieillit comme… un tsunami : plus le temps passe, plus elle devient intimidante.

    Le 22 novembre 2025, un exemplaire de Under the Wave off Kanagawa (son vrai nom, mais “La Grande Vague” va plus vite à dire) a été vendu HK$21,7 millions (≈ 2,8 M$) chez Sotheby’s à Hong Kong, un record pour ce motif déjà ultra-collectionné.

    La Grande Vague de Kanagawa par Katsushika Hokusai
    La Grande Vague de Kanagawa par Katsushika Hokusai via Wikimédia (domaine public)

    Une feuille de papier, des blocs de bois, et une précision de robot… sans robot

    On parle ici d’une estampe ukiyo-e : le dessin est découpé en plusieurs blocs de bois (au moins un bloc “clé” pour les contours, puis des blocs pour chaque couleur), et l’image est imprimée par superpositions, passage après passage. Résultat : une production “en série”, mais où chaque tirage peut varier (encrage, pression, humidité du papier, usure des blocs). C’est exactement ce qui rend certains exemplaires beaucoup plus désirables que d’autres.

    Le tirage de 2025 venait de la vente “Masterpieces of Asian Art from the Okada Museum of Art”, annoncée comme un événement majeur : 28 octobre – 22 novembre 2025 à Hong Kong.

    Pourquoi cet exemplaire a explosé les estimations ?

    Parce qu’en matière d’estampes, “La Grande Vague” n’existe pas : il existe des “Grandes Vagues”. Certaines sont tardives, plus fades, avec des détails moins nets. D’autres sont des impressions précoces, plus “nerveuses”, avec des noirs bien dessinés et des bleus profonds. Avec seulement 130 exemplaires survivants sur environ 8 000 impressions originales, l’état « bien préservé » de cet exemplaire le rend particulièrement précieux.

    Et comme souvent, plus l’exemplaire est “muséal”, plus les enchères deviennent… sportives. Cette œuvre iconique de la série Trente-six vues du mont Fuji , imprimée vers 1831, a du coup emballé les collectionneurs en dépassant presque trois fois l’estimation haute.

    Voici la vidéo des enchères pour cet œuvre iconique:


    L’ingrédient secret : un bleu venu d’ailleurs

    Visuellement, la vague doit énormément à un pigment : le bleu de Prusse. Ce bleu synthétique, plus stable et intense que beaucoup de bleus traditionnels, a marqué la période et a contribué à cette sensation de froid, de profondeur, et de puissance.

    “White glove sale” : quand tout part, et que la salle applaudit

    La vente Okada n’a pas seulement fait parler d’elle pour Hokusai : elle s’est terminée en “white glove” (100% des lots vendus), pour un total d’environ HK$688 millions (≈ 88 M$) et 125 lots. Parmi les faits marquants, Fukugawa sous la neige de Kitagawa Utamaro s’est vendu pour 7,1 millions de dollars, tandis que des céramiques rares de Chine, Japon et Corée, couvrant 3 000 ans d’histoire, ont aussi brillé.

    C’est le genre de soirée où l’on comprend que l’art, parfois, se négocie comme une Formule 1 : très vite, très cher, et avec une tension palpable.

    D’ailleurs, si vous aimez les chiffres qui donnent le vertige, vous aviez peut-être déjà croisé sur 2tout2rien.fr une autre histoire de prix hors-sol : Villa Aurora, la maison la plus chère du monde. Même combat : un objet rare + une histoire + un symbole = une échelle de prix qui se met à parler une langue inconnue.

    La Grande Vague : icône de musée… et star du dressing

    L’œuvre n’est pas seulement “une image célèbre” : c’est une image devenue langage. On la voit partout, et pas seulement encadrée. Elle a envahi la culture pop, des objets du quotidien aux détournements, ce qui renforce encore son aura d’icône globale.

    Et forcément, quand une œuvre devient un symbole mondial, elle finit sur des objets très concrets (qui, eux, prennent bien les embruns). Sur 2tout2rien.fr, vous avez déjà exploré ce pont entre art et streetwear, par exemple avec Converse : La Grande Vague de Kanagawa. Dans la même veine, si votre côté “collectionneur de belles chaussures” se réveille, il y a aussi une magnifique collection Doc Martens Hokusai : preuve que la vague sait aussi marcher sur le bitume sans perdre son panache.

    Ce que cette vente dit du marché (et de nous)

    Qu’une estampe du XIXe siècle se vende à ce niveau en 2025 n’est pas juste une anecdote : c’est le signe que les collectionneurs recherchent des œuvres à la fois mythiques, rares dans cet état, et immédiatement reconnaissables. La Grande Vague coche toutes les cases : technique, beauté, récit, et une puissance visuelle qui traverse les époques.

    Bref : Hokusai n’a pas seulement dessiné une vague. Il a dessiné une image qui, deux siècles plus tard, continue de faire monter la marée… jusque dans les salles de vente.

    Sources pour aller plus loin

    Sothebys
    Observer
    Sothebys Realty
    the Guardian

    Icône de pop culture aux enchères, découvrez également celles de Kitt de K2000.

  • James Cook, sculpteur sud-africain : quand le bronze se met à respirer

    James Cook, sculpteur sud-africain : quand le bronze se met à respirer

    Le sculpteur sud-africain James Cook travaille un matériau qui n’est pas franchement réputé pour sa légèreté : le bronze. Et pourtant, ses œuvres donnent l’impression de flotter, de se fragmenter dans l’air, comme si la matière avait décidé de respirer. Entre réalisme et abstraction, il crée des corps troués, fissurés, ouverts… non pas pour les “casser”, mais pour laisser au regard un rôle actif : compléter, imaginer, ressentir.

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    Au départ, Cook s’est formé au réalisme et à la représentation du corps, attiré par la précision technique. Puis il a cherché autre chose qu’un simple “waouh, c’est bien fait” : une sculpture qui implique vraiment le spectateur. Cette idée de présence construite à partir de l’absence rappelle d’ailleurs d’autres artistes déjà croisés sur 2tout2rien : les silhouettes en désintégration de Regardt Van Der Meulen ou les voyageurs “manquants” de Bruno Catalano. Chez James Cook, le vide n’est pas un accident : c’est le moteur.

    Pourquoi le bronze ? Durabilité, finesse… et “peau” vivante

    Le bronze a quelque chose d’un peu paradoxal : c’est lourd, durable, presque éternel… et pourtant Cook s’en sert pour produire un effet de fragilité, comme si la forme tenait à un fil. Le choix est aussi très pragmatique : le bronze supporte des détails fins, résiste dans le temps, et permet des sculptures ambitieuses sans craindre qu’un séchage capricieux vienne tout fissurer.

    Mais l’arme secrète, c’est la patine. À ce stade, le bronze devient presque pictural : par chauffe et réactions chimiques, la surface prend des nuances, des profondeurs, des textures. On n’est plus seulement dans le volume, on est dans une “peau” qui raconte quelque chose. (Oui, une peau en métal. Les artistes ont parfois des goûts étranges, mais on leur pardonne.)

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    Un résultat aérien… construit avec une méthode d’orfèvre

    Les œuvres de James Cook ont souvent un look “léger”, mais leur fabrication est tout sauf improvisée. Il décrit un processus typique basé sur la fonte à la cire perdue, avec des étapes très structurées.

    Tout commence par une armature (souvent acier + fil) qui sert de squelette. Il pose ensuite des volumes en mousse expansive, puis affine les formes avec une couche de cire/argile de modelage. Vient alors le moulage : un moule en silicone (pour capturer le détail) maintenu par une coque rigide en fibre de verre + résine.

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    Ensuite, on passe au cœur de la “cire perdue” : on fabrique une réplique en cire, on lui ajoute un système d’alimentation (gates) pour guider le métal, puis on l’enrobe d’une coquille céramique par trempages successifs. La cire est éliminée par chauffe, et le bronze en fusion prend sa place. Après refroidissement : casse de la coque, assemblage, soudures, et la phase de fettling (ponçage/finition) qui fait disparaître les cicatrices pour retrouver une continuité de surface.

    Ce goût pour les matériaux et les illusions de présence fait écho à une autre approche que vous avez déjà sur 2tout2rien : la disparition en fil et les silhouettes “qui s’évaporent” chez Lene Kilde. Chez Cook, on reste dans le bronze, mais l’effet recherché est étonnamment proche : rendre visible ce qui est fragile.

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    “The Space Between Us” : l’espace qui dit l’essentiel

    Une pièce emblématique, The Space Between Us, résume très bien son langage : deux figures semblent liées, presque enlacées… mais un vide persiste entre elles. Pour Cook, cet espace peut représenter la tension, l’énergie et le manque lorsque deux personnes sont séparées et pensent à se retrouver. Et c’est là que ça devient intéressant : ce vide n’est pas “un trou”, c’est un sens possible. Le spectateur comble, interprète, projette. Autrement dit : votre cerveau finit l’œuvre, et ce n’est pas facturé en supplément.

    Cook explique aussi qu’une sculpture peut lui demander des mois (souvent autour d’un semestre) entre conception, fabrication, finitions et patine. On comprend mieux pourquoi ses œuvres ont cette impression de “justesse” : elles ne sont pas pressées.

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    Mythologie grecque, relations humaines : des thèmes anciens, une forme neuve

    James Cook revendique une inspiration forte pour la mythologie grecque, autant pour ses récits de transformation et de tension que pour son héritage sculptural. Mais il y injecte une lecture très contemporaine : amour, distance, fragilité, ambiguïtés des relations. L’Antiquité lui offre des archétypes ; lui, il les rend instables, fragmentés, humains.

    Et si vous aimez quand la matière devient presque “psychologique”, vous pouvez aussi (dans un autre registre) aller voir Tomohiro Inaba sur 2tout2rien : là, c’est le fer qui se fait émotion, avec une intensité assez hypnotique.

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    Sources pour aller plus loin

    Toutes les photos: crédits James Cook.

    • Le site web de l’artiste
    • Son compte Instagram
    • Une interview sur My Modern Met

  • Sand Castle University : l’artiste qui construit des maisons… en sable (et les rase ensuite)

    Sand Castle University : l’artiste qui construit des maisons… en sable (et les rase ensuite)

    Sur une plage, on s’attend à croiser des parasols, des mouettes kleptomanes et, parfois, un château de sable vaguement cubiste fait par un enfant très confiant. Et puis il y a l’autre scénario : vous tombez sur une façade détaillée, avec arches, corniches, escaliers et proportions d’architecte. Pas un décor de cinéma. Juste du sable. Bienvenue dans l’univers de Janel Hawkins, sculptrice professionnelle et fondatrice de Sand Castle University.

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    Son truc, ce n’est pas seulement de monter des forteresses “cartoon” : Hawkins pousse le médium vers l’architecture, jusqu’à sculpter des maisons et des bâtiments étonnamment précis. Le genre de création qui vous donne envie de demander : “C’est par où, la visite guidée ?” — avant de vous rappeler que l’entrée est à base de grains, pas de billets. Et si votre cerveau fait tout de suite le lien avec les meilleures dingueries du genre, c’est normal : on est pile dans la même famille que les incroyables sculptures de sable d’Andoni Bastarrika, celles qui vous font douter de la réalité (ou de votre vue).

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    Une carrière (très) sérieuse dans un matériau (très) instable

    Hawkins a transformé ce qui ressemblait à un job improbable en véritable entreprise : Sand Castle University fonctionne comme une structure mobile, entre sculptures sur commande, animations d’événements et cours pour apprendre à bâtir “proprement” sur le sable. L’autre carburant, ce sont les réseaux : filmer la construction, montrer les détails, et donner l’impression qu’un mini-palais pousse tout seul au rythme des marées.

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    Et parfois, elle joue carrément la carte “pop-culture”, parce que le sable adore les symboles reconnaissables : si vous aimez quand l’imaginaire devient une architecture grandeur nature, vous allez forcément sourire devant Poudlard en château de sable (vidéo). Même magie, aucune autorisation de lancer des sorts sur la marée.

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    Le secret technique : ce n’est pas “collant”, c’est… capillaire

    Pourquoi le sable humide tient-il debout alors que le sable sec s’écroule comme un soufflé vexé ? Parce que l’eau crée de minuscules ponts capillaires entre les grains : ces micro-ménisques génèrent des forces qui augmentent la cohésion du matériau. Et c’est là qu’arrive la règle d’or des châteaux solides : ni trop sec, ni trop mouillé. Trop peu d’eau : pas assez de ponts. Trop d’eau : l’effet “cohésion” s’effondre et tout devient pâteux.

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    Dans la pratique, les pros recherchent un sable à granulométrie “coopérative”, compactent par couches (pour éviter les poches d’air), puis sculptent par retraits successifs : on enlève de la matière au lieu d’empiler des détails fragiles. Si vous voulez rester dans l’univers “sculpture hyper réaliste qui fait oublier le matériau”, vous pouvez d’ailleurs enchaîner avec les fantastiques sculptures de sable de Guy-Olivier Deveau : même obsession du détail, même talent pour donner au sable un air beaucoup trop sérieux pour être honnête.

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    Des outils pas faits pour ça (donc parfaits pour ça)

    Autre détail savoureux : Hawkins n’utilise pas seulement des outils “de plage”. Elle pioche aussi dans la maçonnerie, la construction, la poterie… parfois même des petits outils de finition qui servent surtout à lisser, araser, nettoyer. Parce que oui : la haute couture du sable passe par des gestes de précision. Le château de sable, version pro, c’est moins “pelle + seau” et plus “atelier de sculpteur sous contrainte météo”.

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    Pourquoi ses œuvres finissent détruites ?

    Le retournement de scénario, c’est la fin : beaucoup de séquences populaires montrent Hawkins démolir ses propres sculptures. Ça paraît cruel, mais il y a une logique : selon les plages et les périodes, les consignes de sécurité (y compris pour la faune) imposent de laisser le sable “plat” et d’éviter les obstacles. En clair : ce qui est superbe à 18h peut devenir un problème à 2h du matin, quand la plage appartient à d’autres habitants. Sur la côte du Golfe, la saison de nidification/éclosion des tortues marines en Alabama est généralement donnée du 1er mai au 31 octobre, et il faut limiter les risques pour les tortues et les bébés en route vers la mer.

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    Et au fond, c’est aussi ça qui rend ce médium fascinant : le sable n’est jamais “acquis”. Il peut être architecture, sculpture, décor… mais il reste un matériau de passage, fait pour bouger.

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    Dans un registre plus “éphémère explosif” que “bâti”, ça me fait penser à ces images où l’artiste ne construit pas, mais projette le sable dans l’air pour créer des formes fugaces : les créatures de sable ultra éphémères ressemblent presque à des animaux apparus une seconde… avant de se dissoudre comme un souvenir quand on cligne des yeux.

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    Quelques vidéos de Janel Hawkins de Sand Castle University

    Voici la construction de l’église épiscopale St John au bord de l’océan:


    La fabrication d’un requin marteau de sable (moins prédateur que le vrai):


    Le Taj Mahal Beach:


    Ou de mignons fantômes :


    Sources pour aller plus loin

    • Le site web de l’artiste ici
    • Son compte Instagram là
    US Fish & Wildlife Service
    Scientific American

  • Fungie, le dauphin de Dingle : la légende irlandaise devenue statue

    Fungie, le dauphin de Dingle : la légende irlandaise devenue statue

    À Dingle, petit port du comté de Kerry sur la côte ouest de l’Irlande, on a longtemps eu un “habitant” un peu particulier : un grand dauphin (Tursiops truncatus) solitaire, célèbre pour accompagner les bateaux et jouer les guides touristiques… sans jamais demander son obole. Son nom : Fungie. Aujourd’hui, il ne fend plus les vagues, mais il reste présent sous une autre forme : une statue en bronze sur la marina, devenue un passage obligé pour les curieux, les fans d’Irlande et tous ceux qui aiment les histoires oùù la nature laisse sa signature.

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    Crédit photo Ron Cogswell (CC BY 2.0).

    Un dauphin “solitaire sociable”, ça existe (et c’est rare)

    Fungie a été observé à Dingle à partir de 1983. Particularité : il vivait seul, tout en recherchant régulièrement le contact avec les humains et les embarcations. Ce profil porte un nom en éthologie : dauphin solitaire sociable. C’est fascinant… mais pas anodin : un dauphin reste un animal sauvage, puissant, capable d’être imprévisible si on franchit la ligne entre admiration et familiarité.

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    Crédit photo Dream Ireland (CC BY-NC-ND 2.0).

    Ce qui est drôle (et instructif), c’est qu’on colle souvent l’étiquette “dauphin = mer + sourire publicitaire”. Or la réalité est bien plus vaste : il existe des dauphins d’eau douce, avec des comportements et des mythes à eux. Exemple parfait : le boto, ce fameux dauphin rose d’Amazonie qui nage autant dans la biologie que dans les légendes locales — à découvrir dans notre article sur le boto, dauphin rose de l’Amazone. Fungie, lui, n’avait pas la couleur barbe-à-papa, mais il avait le même talent : devenir un personnage.

    Et si Fungie était une star “sociale”, d’autres dauphins sont carrément des stratèges. On l’oublie : chez eux, l’intelligence n’est pas un slogan, c’est une boîte à outils. La preuve avec cette technique de chasse spectaculaire, où un groupe fabrique un piège circulaire comme s’il dessinait un rond parfait au compas : des dauphins qui chassent avec la technique de l’anneau de boue. Quand on voit ça, on se dit que Fungie aurait pu, s’il avait voulu, vous vendre une excursion… et vous faire signer le devis.

    Voici une vidéo de Fungie, star de Dingle, prise il y a quelques années:


    Guinness, rumeurs et célébrité à nageoire dorsale

    En 2019, Fungie a même été reconnu comme le dauphin solitaire sauvage observé le plus longtemps. Et comme toute célébrité qui se respecte, il a eu droit à ses théories annexes : certains ont évoqué un remplacement par un “sosie”. Classique. Rien ne prouve cette idée, mais le simple fait qu’elle existe dit quelque chose : Dingle ne voyait plus seulement un animal, mais un symbole.

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    Crédit photo Dulup (CC BY-SA 2.0).

    La statue : du bronze, une histoire… et un réflexe très humain

    La statue de Fungie se trouve au bord du port de Dingle, près de la marina. Dévoilée au moment des célébrations du millénaire, elle a été réalisée avec la technique de la cire perdue, une méthode de fonderie qui permet une belle finesse de détail (et une bonne résistance au combo “sel + vent + mains de touristes”).

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    Crédit photo Allan LEONARD (CC BY-NC 2.0).

    Au fond, ériger une statue, c’est notre façon de dire : “ce moment a compté”. Dingle a Fungie ; New York a son chien héroïque. Si vous aimez ces monuments qui transforment un animal en légende urbaine, vous allez reconnaître le même mécanisme émotionnel dans la statue de Balto, le chien héros de Central Park. On n’immortalise pas seulement une silhouette : on fige une histoire.

    Et parfois, l’icône est encore plus locale, encore plus “totem”. La preuve avec la statue de la vache Emily, une vache symbole : on peut sourire, mais c’est exactement le même besoin humain de matérialiser un attachement collectif. Fungie version bronze, c’est Dingle qui dit : “on se souvient”.

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    Crédit photo Jen (CC BY-NC-SA 2.0).

    2020 : la disparition qui a figé la légende

    Fungie a été vu pour la dernière fois le 13 octobre 2020. Départ vers d’autres eaux ou fin de vie : impossible d’en être certain. Mais la conséquence est claire : l’histoire est passée du vivant au récit, et la statue a pris un autre rôle. Elle n’est plus seulement “l’attraction du port”, elle est devenue une ancre de mémoire.

    Si Fungie avec sa statue va petit à petit basculer dans la légende, celle-ci sera toutefois basée sur une histoire vraie, à la différence du crocodile du canal de Freiburg.

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    Crédit photo allyhook (CC BY-NC-ND 2.0).

    Sources pour aller plus loin

    Guiness des records
    Irish Examiner
    Fisheries NOAA