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Le boto ou dauphin rose de l’Amazone

Le boto (Inia geoffrensis), plus connu en français sous le nom de dauphin rose de l’Amazone, est un cétacé d’eau douce qui vit dans les grands réseaux fluviaux d’Amérique du Sud. Avec son long museau, son front bombé et sa robe allant du gris au rose parfois très marqué, il ne ressemble pas tout à fait aux dauphins marins auxquels nous sommes habitués.

Les noms ne manquent d’ailleurs pas pour désigner cet animal : bufeo, bufeo colorado, tonina, boto-cor-de-rosa ou encore boto-vermelho, littéralement « boto rouge » en portugais. Derrière cette collection de surnoms se cache surtout un dauphin remarquablement adapté aux eaux souvent troubles et aux forêts inondées de l’Amazonie.

Boto ou dauphin rose de l’Amazone Inia geoffrensis au Brésil
Boto ou dauphin rose de l’Amazone photographié au Brésil. Crédit photo Diogo Luiz (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Le boto est un dauphin d’eau douce d’Amérique du Sud, présent principalement dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque.
  • Les jeunes sont plutôt gris et la coloration rose devient généralement plus marquée avec l’âge, notamment chez les mâles.
  • Son cou très mobile, ses grandes nageoires pectorales et son long museau lui permettent de se déplacer dans les forêts inondées.
  • Il mange surtout des poissons, mais également des crustacés et parfois des tortues.
  • Inia geoffrensis est classé En danger sur la Liste rouge de l’UICN.

Un dauphin taillé pour circuler entre les arbres

Le boto peut dépasser 2,5 mètres et les plus gros individus pèsent plus de 150 kg. Sa silhouette est assez différente de celle d’un grand dauphin marin : sa nageoire dorsale est remplacée par une longue crête dorsale basse, tandis que ses nageoires pectorales sont particulièrement larges.

Mais sa spécialité se trouve surtout au niveau du cou. Ses vertèbres cervicales ne sont pas soudées comme chez de nombreux autres cétacés, ce qui lui permet de tourner la tête avec une grande amplitude. Non, il ne fait pas un spectaculaire demi-tour de tête à 180° comme l’affirmait parfois la littérature populaire : il est simplement exceptionnellement souple pour un dauphin.

Cette mobilité est très utile pendant la saison des hautes eaux. Les botos peuvent pénétrer dans les forêts et plaines temporairement inondées, où ils doivent évoluer entre les troncs, les branches et la végétation submergée. Leur long rostre leur permet également de chercher des proies dans des endroits difficiles d’accès.

Boto nageant dans une rivière, dauphin rose de l’Amazone


Un boto nageant à la surface. Crédit photo Stephen Horvath (CC BY-ND 2.0).

Pourquoi le dauphin rose est-il rose ?

Le boto ne naît généralement pas couleur bonbon. Les nouveau-nés et les jeunes individus sont plutôt gris foncé, puis leur pigmentation devient progressivement plus claire. Les adultes peuvent rester gris, devenir gris rosé ou présenter une coloration rose beaucoup plus spectaculaire.

Le phénomène semble notamment lié aux nombreuses cicatrices qui s’accumulent avec l’âge. Une étude menée sur des botos de la réserve de Mamirauá a montré que les mâles adultes étaient à la fois plus roses et beaucoup plus marqués de cicatrices que les femelles. Ces blessures proviennent en grande partie des coups de dents échangés entre congénères.

Les mâles sont également nettement plus imposants : dans cette étude, ils étaient en moyenne 16 % plus longs et 55 % plus lourds que les femelles. Le boto est ainsi assez inhabituel parmi les dauphins de rivière, où un dimorphisme sexuel aussi important n’est pas la règle.

Autrement dit, le fameux dauphin rose n’est ni une espèce albinos ni obligatoirement rose vif. Certains individus conservent une bonne part de gris, d’autres semblent presque entièrement roses. Dame Nature n’a manifestement pas consulté le nuancier Pantone avant de les peindre.

Dauphin rose de l’Amazone Inia geoffrensis photographié au Pérou
Dauphin rose de l’Amazone photographié au Pérou. Crédit photo Dan Riskin (CC BY 4.0).

Où vit le boto ?

Le dauphin rose est exclusivement lié aux eaux douces sud-américaines. L’évaluation de l’UICN le signale dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, au Brésil, en Bolivie, en Colombie, en Équateur, au Pérou et au Venezuela.

Il fréquente aussi bien les grands fleuves que leurs affluents, les chenaux, certains lacs et les zones forestières temporairement submergées. Le niveau de l’eau modifie donc fortement son environnement au fil des saisons : un endroit qui ressemble à une forêt classique pendant les basses eaux peut devenir quelques mois plus tard un terrain de chasse pour dauphin.

Cette Amazonie aquatique accueille une faune particulièrement étonnante, de minuscules poissons à des animaux beaucoup moins discrets comme la mygale Goliath, l’une des plus grosses araignées du monde.

Boto ou dauphin rose de l’Amazone Inia geoffrensis


Boto ou dauphin rose de l’Amazone (Inia geoffrensis). Crédit photo mikelane45/DepositPhotos.

Et les dauphins de l’Araguaia ?

La classification du genre Inia reste discutée. En 2014, des chercheurs ont proposé de reconnaître les dauphins du bassin Araguaia-Tocantins comme une espèce distincte, Inia araguaiaensis.

En 2026, le Comité de taxonomie de la Society for Marine Mammalogy retient cependant toujours une seule espèce, Inia geoffrensis, avec deux sous-espèces reconnues : I. g. geoffrensis et I. g. boliviensis. Les données génétiques et morphologiques continuent d’alimenter le débat, notamment pour les populations de l’Araguaia, de Bolivie et de l’Orénoque.

Que mange le boto ?

Le menu est principalement composé de poissons, et il est particulièrement varié : plusieurs dizaines d’espèces différentes ont été documentées. À cela peuvent s’ajouter des crabes d’eau douce et certaines tortues.

Sa dentition est bien plus intéressante qu’une simple rangée de « dents en forme de chevilles ». Le boto possède une dentition dite hétérodonte : les dents de l’avant sont plutôt coniques, tandis que celles situées plus en arrière possèdent des surfaces adaptées à la manipulation de proies plus coriaces.

Crâne de boto Inia geoffrensis montrant le long museau et les dents
Réplique du crâne d’un dauphin rose de l’Amazone conservée au MUSE de Trente, montrant son long rostre et sa dentition. Crédit photo Matteo De Stefano / MUSE (CC BY-SA 3.0).

Cette technique de chasse n’a toutefois rien à voir avec certaines stratégies collectives très élaborées observées chez des espèces marines, comme les dauphins qui encerclent leurs poissons dans un anneau de boue. Le boto chasse souvent seul, même si plusieurs individus peuvent se retrouver dans les mêmes zones riches en nourriture.

Une reproduction beaucoup plus lente qu’on pourrait le croire

Les jeunes botos ne deviennent pas autonomes « au bout de quelques mois ». Une étude menée pendant 24 ans sur une population de l’Amazonie brésilienne a permis d’obtenir des chiffres beaucoup plus précis.

La gestation dure environ 12,3 à 13 mois. Le petit mesure en moyenne 84 cm à la naissance et peut être allaité pendant 1,5 à 5,8 ans. L’intervalle moyen entre deux naissances atteint environ 4,6 ans et les femelles donnent naissance à leur premier petit vers 9,7 ans en moyenne.

Les naissances sont possibles tout au long de l’année, même si leur fréquence varie avec le cycle des eaux. Cette reproduction lente contribue à rendre les populations vulnérables lorsqu’une mortalité importante s’ajoute aux causes naturelles.

Dauphin rose de l’Amazone nageant dans l’eau
Dauphin rose de l’Amazone dans son environnement aquatique. Crédit photo A1804/DepositPhotos.

Le dauphin rose est-il dangereux ?

Le boto n’est pas un prédateur de l’être humain. Sa couleur sympathique et sa réputation d’animal curieux ne doivent cependant pas faire oublier qu’il s’agit d’un cétacé sauvage puissant, doté d’une solide dentition.

Le nourrir, le toucher ou chercher à nager avec lui n’est donc pas une bonne idée. L’UICN mentionne d’ailleurs que le nourrissage et les contacts incontrôlés avec les visiteurs peuvent créer des risques pour les animaux eux-mêmes et modifier leur comportement.

La proximité entre humains et dauphins produit parfois des histoires très différentes, comme celle de Fungie, le dauphin solitaire devenu une véritable célébrité à Dingle. Mais « sociable » ne signifie jamais « domestique ».

Boto dauphin d’eau douce de l’Amazonie
Boto, le dauphin d’eau douce emblématique du bassin amazonien. Crédit photo A1804/DepositPhotos.

Le boto encantado, séducteur des légendes amazoniennes

Le boto occupe également une place remarquable dans le folklore amazonien. Dans l’une de ses légendes les plus connues, il devient à la tombée de la nuit un séduisant jeune homme qui quitte la rivière, participe aux fêtes et courtise les jeunes femmes avant de reprendre sa forme de dauphin à l’approche du jour.

Ces histoires varient beaucoup selon les régions et les populations. Certaines traditions attribuent au boto des pouvoirs surnaturels et ont contribué à instaurer des tabous autour de sa mise à mort. Une étude publiée dans Marine Mammal Science a notamment documenté l’importance de ces croyances et des amulettes supposément fabriquées avec des parties de boto sur certains marchés amazoniens.

La légende ne constitue malheureusement pas un gilet pare-balles écologique. Les pressions exercées sur l’espèce sont aujourd’hui bien réelles.

Le dauphin rose de l’Amazone est une espèce en danger

Inia geoffrensis est classé En danger sur la Liste rouge de l’UICN. Il n’existe pas de comptage suffisamment complet pour donner un nombre fiable de botos à l’échelle de toute son immense aire de répartition, mais plusieurs suivis locaux montrent une tendance inquiétante.

Dans et autour de la réserve de Mamirauá au Brésil, le suivi à long terme a notamment mis en évidence une forte diminution des effectifs. Les données reprises par le WWF indiquent une baisse d’environ 65 % entre 1994 et 2016 dans cette zone étudiée. Il ne faut pas extrapoler automatiquement ce chiffre à l’ensemble de l’Amazonie, mais il illustre la vitesse que peut prendre le déclin local.

Les filets de pêche constituent une menace importante par captures accidentelles. Des botos ont également été tués volontairement pour servir d’appâts à la pêche de certains poissons-chats. S’ajoutent la contamination au mercure liée notamment à l’orpaillage, la dégradation des habitats, le trafic fluvial et surtout les barrages, qui peuvent fragmenter et isoler les populations.

Le changement climatique ajoute désormais une menace très concrète. Pendant la sécheresse et la vague de chaleur exceptionnelles de 2023, plus de 330 dauphins de rivière, botos et tucuxis confondus, sont morts dans seulement deux lacs amazoniens. Dans certains secteurs surveillés, l’eau a dépassé 37 °C et un lac a atteint environ 41 °C.

L’animal rose qui se glisse entre les arbres pendant les crues est donc bien réel, contrairement à son alter ego séducteur des légendes. Et si les dauphins marins peuvent parfois nager dans une mer illuminée par la bioluminescence, le boto dispose déjà d’un décor suffisamment improbable : une forêt amazonienne sous plusieurs mètres d’eau.

Dauphin rose boto Inia geoffrensis au long rostre sous l'eau


Dauphin rose ou boto (Inia geoffrensis) sous l’eau, reconnaissable à son long rostre. Crédit photo mikelane45/DepositPhotos.

Vidéo du boto ou dauphin rose

Voici une vidéo du WWF sur ce dauphin rose de rivière:

Sources pour aller plus loin

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