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Faces from the Front : les visages réparés de soldats de la première guerre mondiale

Avertissement : certaines images “avant/après” peuvent être difficiles à regarder. Elles documentent des blessures réelles et des reconstructions chirurgicales.

La Première Guerre mondiale n’a pas seulement broyé des vies : elle a aussi déchiqueté des visages. Avec l’artillerie moderne, les éclats d’obus, les tranchées et la proximité des combats, la face devient une cible involontaire… et souvent, la blessure la plus visible, celle qui “reste” même quand on survit.

Cette série de photos avant / après est issue du livre Faces from the Front (disponible sur amazon: Faces from the Front: Harold Gillies, The Queen’s Hospital, Sidcup and the Origins of Modern Plastic Surgery)consacré au travail du chirurgien Harold Gillies, pionnier de la chirurgie plastique reconstructrice pendant et juste après 1914–1918.

Derrière ces images, il y a une idée simple (et énorme) : rendre une dignité. Réparer une mâchoire, reconstruire un nez, rendre possible l’alimentation, la parole, le retour à la vie sociale… Bref : remettre un visage là où la guerre avait laissé un “trou dans le monde”.

Pourquoi 14–18 a produit autant de blessures faciales ?

La Grande Guerre est un cocktail brutal : éclats métalliques, projectiles à haute énergie, explosions, et positions statiques où seule la tête dépasse (dans la tranchée, voir cette reconstitution de la bataille de Verdun en Légo). Résultat : une proportion importante de blessés maxillo-faciaux (mâchoire, nez, orbite, pommettes) — des blessures complexes, à la fois fonctionnelles (manger, respirer) et identitaires (être reconnu).

Ces blessés ont d’ailleurs eu le surnom de « Gueules cassées », une appellation parlante qui inspire encore des artistes contemporains comme Franck Tilmant.

Harold Gillies et l’hôpital de Sidcup : la chirurgie plastique moderne prend forme

Né en Nouvelle-Zélande, Harold Gillies devient l’un des moteurs d’une prise en charge spécialisée des blessés du visage. Une structure dédiée est mise en place au Royaume-Uni, puis un établissement majeur ouvre à Sidcup (Queen’s Hospital) en 1917, avec une organisation pensée pour ces cas lourds.

Ce qui change à Sidcup, ce n’est pas seulement “opérer” : c’est industrialiser la reconstruction au sens noble avec équipes pluridisciplinaires, protocoles, documentation, suivi. On parle d’un centre qui a réalisé des milliers d’opérations sur des milliers de patients, avec une pratique qui a façonné des techniques encore fondatrices aujourd’hui.

Un peu de “technique” d’époque

• Les chirurgiens travaillent beaucoup avec des lambeaux (transfert de peau et de tissus). Gillies est notamment associé au développement de méthodes qui permettent d’amener du tissu vivant pour reconstruire des zones détruites (nez, lèvres, joues).
• La reconstruction maxillo-faciale implique aussi un énorme volet dentaire / mandibulaire : réaligner, stabiliser, redonner une occlusion fonctionnelle.
Wikipedia
• Et déjà, on documente tout : photos médicales avant/après, croquis opératoires, parfois même portraits couleur par des artistes, pour mieux planifier et comprendre.

Malgré tout, ils utilisaient aussi parfois des instruments assez rudimentaires.

Henry Tonks : quand l’art sert la médecine (et la mémoire)

À côté des photos, l’histoire retient aussi le rôle d’Henry Tonks : médecin de formation et artiste, il réalise des portraits (pastels) de patients blessés, utiles à la fois comme documentation clinique et comme témoignage humain. Quand l’objectif photographie “l’impact”, le pastel raconte souvent “la personne”. Il n’a toutefois pas eu l’opportunité de saisir des images de personnalités connues comme Ernest Hemingway, bien que celui-ci ai été grièvement blessé.

Galerie : des visages réparés (avant / après)

Ils ont toutefois eu la chance de ne pas être le dernier soldat tué de la guerre, voici quelques uns des visages réparés de soldats de la première guerre mondiale par ce chirurgien, en images:

• Soldat Harold Page (Norfolk Regiment) – blessé à la bataille de la Somme, perte d’un œil.

Harold Page avant après chirurgie reconstructrice visage Somme Première Guerre mondiale

• Soldat William Thomas (1er régiment de Cheshire) – reconstruction après blessure faciale.

William Thomas visage réparé chirurgie reconstructrice 14-18

• Capitaine J. G. H. Budd – chirurgie reconstructive du nez.

Capitaine JGH Budd reconstruction nez Harold Gillies

• Soldat Arthur Mears – réparation de la mâchoire (pendant / après).

Arthur Mears réparation mâchoire avant après Sidcup

• Lieutenant T. H. Elderton (3e bataillon de Bedford) – avant-guerre / admission à Sidcup (10 février 1918) / après chirurgie.

TH Elderton avant guerre admission Sidcup 1918 après chirurgie Gillies

• Joseph Pickard (5e Northumberland Fusiliers) – juillet 1919 puis après intervention en mai 1921.

Joseph Pickard avant après chirurgie reconstructrice 1919 1921

• Lieutenant William Spreckley – avant traitement (nez manquant) / après opération.

le lieutenant William Spreckley avant le traitement avec son nez manquant

Spreckley après son opération

• Intérieur de l’hôpital – Gillies à droite.

Queen’s Hospital Sidcup intérieur Harold Gillies
L’intérieur de l’hopital avec Gillies à droite

• Gillies à Aldershot avec certains patients – l’amont du “système” avant Sidcup.

Harold Gillies Aldershot patients chirurgie reconstructrice WW1

Ce que raconte vraiment “Faces from the Front”

Le livre ne montre pas juste des “avant/après” spectaculaires : il documente aussi la naissance d’une spécialité, l’organisation des soins, et le basculement d’une médecine de guerre “réparatrice” vers une chirurgie qui, plus tard, bénéficiera aux civils (accidents, cancers, malformations, etc.).

Et si l’on veut résumer l’esprit de Sidcup : ce n’est pas une usine à miracles. C’est plutôt un atelier patient, obstiné, où chaque visage est un prototype… sauf que le prototype, ici, a un nom, une histoire, et le droit de revenir dans le monde.

(Oui, la guerre a inventé beaucoup de choses. Malheureusement, rarement par gentillesse.)

Plus sur le livre: Faces from the Front: Harold Gillies, The Queen’s Hospital, Sidcup and the Origins of Modern Plastic Surgery)

Sources pour aller plus loin

National Army Museum
Gillies Archives
History.com
Forces News
PubMed
Royal College of Surgeous of England

Dans la même catégorie, découvrez également cette série de portraits de soldats de la guerre de sécession.

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3 commentaires sur “Faces from the Front : les visages réparés de soldats de la première guerre mondiale”

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