Avant de devenir l’un des écrivains américains les plus célèbres du XXe siècle, Ernest Hemingway a été un très jeune volontaire de la Croix-Rouge américaine en Italie pendant la Première Guerre mondiale. Il n’a alors que 18 ans lorsqu’il part pour l’Europe en 1918, loin de l’image du romancier barbu, chasseur, pêcheur et buveur de mojitos qui collera plus tard à sa légende.
Ces photos rares montrent donc un Ernest Hemingway jeune, en uniforme, dans un épisode bref mais décisif de sa vie. Il n’est pas encore l’auteur de Le Vieil Homme et la Mer, de Pour qui sonne le glas ou de L’Adieu aux armes. Il est un garçon de l’Illinois envoyé sur le front italien, avec une ambulance, une bicyclette, des idéaux, et une guerre mondiale en décor de fond.
Ambulance de la Croix-Rouge de la Première Guerre mondiale en Italie, 1918.
À retenir
- Ernest Hemingway part en Italie en 1918 comme volontaire de la Croix-Rouge américaine.
- Il sert près de Fossalta di Piave, sur le front italien de la Première Guerre mondiale.
- Il est grièvement blessé le 8 juillet 1918 par un tir de mortier autrichien.
- Il est ensuite soigné à Milan, où il rencontre l’infirmière Agnes von Kurowsky.
- Cette expérience italienne nourrira plus tard l’univers de L’Adieu aux armes.
Un volontaire américain sur le front italien
Hemingway voulait participer à la guerre, mais sa mauvaise vue l’empêche d’intégrer l’armée américaine comme combattant. Il rejoint alors la Croix-Rouge américaine et part en Italie en 1918. Les sources le décrivent souvent comme ambulancier, mais son rôle exact fut plus nuancé : il a notamment travaillé dans un service de cantine mobile, distribuant chocolat, cigarettes et vivres aux soldats italiens sur le front.
Ernest Hemingway dans une ambulance de la Croix-Rouge américaine, Italie.
Ce détail n’enlève rien à l’importance de l’expérience. En quelques semaines, Hemingway découvre la guerre, le front, les blessés, l’attente et la propagande héroïque. À la même époque, Paris protège ses monuments derrière des sacs de sable et ses vitrines avec du ruban adhésif, comme on peut le voir dans ces images de Paris pendant la guerre de 14-18. La guerre moderne ne se contente pas des tranchées : elle marque aussi les villes, les corps et les imaginaires.
Ernest Hemingway pendant son séjour en Italie, 1918.
Le 8 juillet 1918, près de Fossalta di Piave, Hemingway est touché par un tir de mortier autrichien. L’explosion le blesse grièvement aux jambes. Malgré ses blessures, il aurait aidé un soldat italien blessé, un épisode qui lui vaudra d’être décoré par l’Italie de la médaille d’argent de la valeur militaire.
Ernest Hemingway en convalescence à l’hôpital de la Croix-Rouge américaine à Milan, Italie, 1918.
Notons qu’il a eu la chance de ne pas être blessé au visage et de ne pas subir l’une des réparations chirurgicales de l’époque. La Première Guerre mondiale a laissé derrière elle des milliers de gueules cassées, comme le montrent les terribles images de ces soldats de 14-18 aux visages réparés. Hemingway gardera des cicatrices, mais pas ce type de mutilation visible.
Ernest Hemingway se remet de ses blessures à Milan, en Italie.
Milan, l’hôpital et Agnes von Kurowsky
Après sa blessure, Hemingway est envoyé à l’hôpital de la Croix-Rouge américaine à Milan. Il y rencontre Agnes von Kurowsky, infirmière américaine de plusieurs années son aînée. Le jeune Hemingway tombe amoureux d’elle. Leur relation ne durera pas, mais elle laissera une empreinte profonde.
Ernest Hemingway à l’hôpital de Milan, Italie.
Cette expérience de guerre, de blessure et d’amour contrarié deviendra plus tard l’une des matières de L’Adieu aux armes, roman publié en 1929. Comme souvent chez Hemingway, la biographie n’est pas recopiée telle quelle : elle est transformée, épurée, dramatisée. Mais l’Italie de 1918 reste l’un des grands points de départ de son imaginaire littéraire.
Agnes von Kurowsky et Ernest Hemingway à Milan, Italie.
Ces images sont précieuses parce qu’elles montrent Hemingway avant que la légende ne se fige. On n’y voit pas encore le prix Nobel, le grand reporter, l’homme de Cuba ou l’écrivain photographié avec un fusil ou un poisson géant. On voit un adolescent très sérieux dans un uniforme trop chargé d’avenir.
Agnes von Kurowsky et Ernest Hemingway à l’hippodrome de San Siro à Milan, Italie.
Ce type d’archive a toujours quelque chose de troublant : il ramène les figures célèbres à un âge où tout n’est pas encore écrit. Dans un autre registre, les portraits de Frida Kahlo pris par son père montrent aussi une artiste avant l’icône. Et ces clichés rares de Salvador Dalí enfant rappellent qu’un génie, avant de poser avec une moustache spectaculaire, commence souvent par avoir l’air d’un enfant bien coiffé qu’on a forcé à rester immobile.
Ernest Hemingway sur un vélo en Italie, 1918.
L’épisode italien d’Hemingway est court : quelques semaines sur le front, une blessure, une convalescence, une histoire d’amour, puis un retour aux États-Unis. Mais ce passage suffit à nourrir durablement sa vision de la guerre, de la douleur, du courage et de la désillusion.
Portrait d’Ernest Hemingway en uniforme de la Croix-Rouge américaine à Milan, Italie.
Ces photos rares valent donc moins comme simple galerie de célébrité que comme document de formation. Elles montrent le moment où Ernest Hemingway n’est pas encore Hemingway, mais où une partie de ce qu’il deviendra commence déjà à se mettre en place.
Via ernesthemingwaycollection.
Sources pour aller plus loin
• JFK Library — Ernest Hemingway pendant la Première Guerre mondiale, chronologie et documents photographiques
• JFK Library — Agnes von Kurowsky, infirmière rencontrée par Hemingway à Milan en 1918
• National Archives — Hemingway, sa blessure et la médaille d’argent de la valeur militaire italienne
• National WWI Museum and Memorial — Young Mr. Hemingway in Italy
• U.S. War Memorials — site de la blessure d’Hemingway à Fossalta di Piave










mauvaise vue => chauffeur d’ambulance ? :’D