À Malte, au sud de La Valette, les temples de Tarxien rappellent que le Néolithique ne se résumait pas à quelques huttes et à des silex grincheux. Ce complexe préhistorique, intégré au bien UNESCO des temples mégalithiques de Malte, rassemble quatre structures construites entre le IVe et le IIIe millénaire avant notre ère. Il figure parmi les plus anciennes architectures monumentales en pierre libre du monde, et surtout parmi les plus raffinées. Oui, il y a plus de 5 000 ans, certains savaient déjà bâtir avec panache.
Crédit photo packshot
À retenir
Les temples de Tarxien sont un complexe de quatre monuments mégalithiques de Malte, bâtis entre environ 3600 et 2500 av. J.-C., puis réutilisés comme cimetière de crémation à l’âge du Bronze. Le site est célèbre pour ses spirales sculptées, ses représentations animales, sa statue monumentale en jupe plissée et l’élégance de son architecture.
Un site majeur de la préhistoire méditerranéenne
Les temples de Tarxien font partie des temples mégalithiques de Malte, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ils comptent parmi les plus anciens bâtiments monumentaux autoportants au monde et témoignent d’une culture préhistorique exceptionnelle, aussi remarquable par sa maîtrise architecturale que par son sens du décor. Tarxien n’est donc pas seulement un joli tas de pierres très âgées : c’est un jalon majeur de l’histoire de la construction humaine.
Sur l’île de Malte, Tarxien est souvent considéré comme l’un des ensembles les plus impressionnants du groupe, notamment pour la richesse de son ornementation et pour la complexité de son plan. Là où certains sites préhistoriques frappent surtout par leur masse brute, Tarxien séduit aussi par le détail : reliefs, écrans de pierre, autels, passages et organisation interne montrent que les bâtisseurs savaient exactement ce qu’ils faisaient. Dans un autre registre, cette capacité du monde ancien à laisser derrière lui des monuments vertigineux rappelle aussi le tumulus de Newgrange, plus ancien que Stonehenge.
Crédit photo packshot
Quatre temples, plusieurs siècles de construction
Le complexe visible aujourd’hui réunit quatre structures mégalithiques. La plus ancienne, à l’est, remonte à environ 3600–3200 av. J.-C. et conserve encore un plan à cinq apses. Les autres ensembles ont été construits entre 3150 et 2500 av. J.-C. La structure centrale, plus tardive, est particulièrement remarquable par son plan à six apses, rare dans l’architecture mégalithique maltaise.
Ces monuments s’organisent autour d’une cour elliptique et d’une façade concave, avec des murs composés de grandes dalles dressées, les orthostates, surmontées de blocs horizontaux. Les vestiges laissent aussi penser qu’une partie du complexe possédait des toitures en encorbellement, une solution technique déjà très élaborée pour l’époque. Les bâtisseurs exploitaient en outre les qualités de deux calcaires locaux : un calcaire corallien plus dur pour les parties externes, et un calcaire globigérine plus tendre pour les éléments sculptés à l’intérieur. Dit autrement : ils géraient déjà les matériaux comme de vrais ingénieurs de chantier. Cette maîtrise n’est pas sans rappeler d’autres sites néolithiques monumentaux, comme les monuments circulaires découverts en Autriche, qui montrent eux aussi que la préhistoire savait voir grand.
Crédit photo packshot
Pourquoi Tarxien marque autant les esprits
La renommée de Tarxien tient beaucoup à son décor. Le site conserve ou a livré des bas-reliefs en spirale, des panneaux ornés, des représentations animales et plusieurs aménagements cultuels. On y trouve notamment des chèvres, des taureaux, des porcs et un bélier parmi les animaux figurés. Le South Structure est le plus riche en art préhistorique, et c’est là qu’apparaît la fameuse partie inférieure d’une statue colossale montrant une figure vêtue d’une jupe plissée. Cette seule sculpture suffit à donner au lieu une présence presque troublante.
Les fouilles ont également révélé des autels, des foyers et de nombreux ossements animaux déposés dans certaines zones du complexe. Sans pouvoir reconstituer avec certitude le détail des cérémonies qui s’y déroulaient, les archéologues considèrent que ces bâtiments occupaient une place centrale dans la vie rituelle des communautés néolithiques maltaises. En clair, Tarxien n’était pas un simple ensemble résidentiel : c’était un lieu important, structuré, probablement réservé à des pratiques collectives très codifiées. Pour qui aime les vestiges anciens chargés de mystère, on pense aussi au plus simple dolmen Aizkomendi, autre témoin saisissant d’un passé encore loin d’avoir livré tous ses secrets.
Crédit photo -Vladimir-.
Un complexe réutilisé à l’âge du Bronze
L’un des aspects les plus intéressants du site est qu’il n’a pas eu une seule vie. Après 2000 av. J.-C., au début de l’âge du Bronze, certaines parties du complexe ont été réutilisées comme cimetière de crémation. D’autres sources élargissent même cette phase de réemploi entre 2400 et 1500 av. J.-C. Cette seconde occupation a laissé un riche ensemble d’indices sur les pratiques funéraires et les objets déposés sur place.
C’est d’ailleurs ce genre de palimpseste archéologique qui rend Tarxien si précieux : le site raconte plusieurs époques superposées, pas une seule carte postale figée. Cette lecture en couches successives du passé est aussi ce qui rend passionnantes certaines découvertes récentes comme le “Stonehenge hollandais” de Tiel, où l’archéologie révèle peu à peu des usages plus complexes qu’on ne l’imaginait.
Crédit photo -Vladimir-.
Une découverte presque accidentelle en 1913
Les temples de Tarxien n’ont pas été repérés après une grande campagne savante, mais grâce à un agriculteur, Lorenzo Despott, qui tombait régulièrement sur de gros blocs de pierre en labourant plus profondément que d’habitude. Alerté, Themistocles Zammit, futur pionnier de l’archéologie maltaise, a lancé les fouilles, menées principalement entre 1915 et 1919. Elles ont mis au jour un complexe d’une ampleur exceptionnelle pour Malte et ont contribué fortement à la reconnaissance de la préhistoire de l’archipel. Comme quoi un champ peut parfois cacher autre chose que des cailloux pénibles.
Les recherches ont aussi nourri la réflexion sur les techniques de construction. Des sphères de pierre ont été retrouvées sur le site et sont souvent interprétées comme des rouleaux pouvant avoir servi au transport des mégalithes. L’hypothèse ne résout pas toutes les questions, mais elle éclaire la dimension logistique du chantier. Déplacer de tels blocs sans roue ni métal relevait déjà d’une organisation sociale très sérieuse.
Crédit photo viendomundo.
Ce que l’on peut voir aujourd’hui
Le visiteur découvre aujourd’hui le site grâce à une passerelle surélevée, qui offre un point de vue pratique sur les structures tout en limitant l’impact sur les vestiges. Le complexe est accessible aux personnes à mobilité réduite et propose des audioguides, y compris en français. Les découvertes les plus fragiles ont été transférées au National Museum of Archaeology de La Valette pour des raisons de conservation, ce qui explique la présence de copies sur place pour certains éléments emblématiques.
L’adresse officielle du site est Ħal Tarxien Prehistoric Complex, Triq It-Tempji Neolitici, Ħal Tarxien, Malta. L’arrêt de bus le plus proche se trouve à environ 5 minutes à pied, ce qui en fait une visite assez facile à intégrer dans un séjour maltais avec une amaiance bien différente de la piscine naturelle de St Peter Pool.
Ses coordonnées GPS sont : 35° 52′ 09.0″ N, 14° 30′ 43.0″ E (35.86918, 14.511933).
Voici sa position sur Google Maps:
Crédit photo packshot.
Sources pour aller plus loin
• Heritage Malta
• Unesco
• Arts and culture
• Atlas Obscura
A Malte, découvrez également le magnifique lagon bleu entre l’île de Comino et et l’ilot de Cominotto.







