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Le dolmen Aizkomendi ou dolmen d’Eguilaz

Au bord de la plaine d’Álava, dans le Pays basque espagnol, quelques énormes dalles dressées semblent aujourd’hui former un monument préhistorique assez compact. Pourtant, le dolmen d’Aizkomendi, aussi appelé dolmen d’Eguilaz ou d’Egilatz, n’était autrefois que le cœur d’un gigantesque monument funéraire dont le tumulus a atteint jusqu’à 64 mètres de diamètre.

Vieux d’environ 5 000 ans, Aizkomendi possède aussi une place particulière dans l’histoire de l’archéologie : il est considéré comme le premier dolmen identifié comme tel dans la péninsule Ibérique, en 1831Dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz dans la province d’Álava au Pays basque espagnol. Fouilles, restaurations et démontage partiel du tumulus ont depuis profondément modifié son apparence, au point que les documents anciens sont presque aussi intéressants que les pierres encore visibles.

Dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz dans le Pays basque espagnol
Le dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz, monument funéraire néolithique d’Álava. Crédit photo Zarateman (CC0 1.0).

À retenir

  • Le dolmen d’Aizkomendi remonte à environ 5 000 ans et connaît une première utilisation funéraire au Néolithique, avant d’être réutilisé au Chalcolithique.
  • La Députation Forale d’Álava le présente comme le premier dolmen identifié dans la péninsule Ibérique, en 1831.
  • Sa chambre funéraire mesure environ 3,83 m sur 2,70 m et 2,44 m de haut.
  • Elle est délimitée par dix grandes dalles et était reliée à l’extérieur par un corridor couvert d’environ 6 mètres, aujourd’hui disparu.
  • Le premier tumulus mesurait environ 30 mètres de diamètre avant d’être agrandi jusqu’à 64 mètres.
  • Une partie du tumulus a été démontée en 1965 afin de rendre le dolmen visible depuis la route.
  • Aizkomendi se trouve à Egilatz/Eguílaz, dans la commune de San Millán-Donemiliaga, en Álava.

Une tombe collective vieille d’environ 5 000 ans

Aizkomendi appartient au vaste patrimoine mégalithique de la Llanada Alavesa, la grande plaine qui s’étend autour d’Agurain-Salvatierra. Il s’agit d’un dolmen à chambre funéraire associé à un corridor et autrefois recouvert par un tumulus de terre et de pierres.

Les fouilles ont livré des restes humains dans la chambre, le corridor et le tumulus, ainsi que différents objets attribués à plusieurs périodes. L’ensemble montre une première utilisation du monument comme sépulture collective au Néolithique, il y a environ cinq millénaires, puis une nouvelle phase d’utilisation au Chalcolithique.

Cette longue histoire funéraire rapproche Aizkomendi d’autres grands monuments européens où une construction de pierre se cache sous une masse de terre et de matériaux. En Irlande, le monumental tumulus de Newgrange pousse cette architecture à une échelle encore supérieure, avec un passage qui s’enfonce au cœur d’une butte d’environ 80 mètres de diamètre.

Grandes dalles de pierre du dolmen Aizkomendi ou dolmen d’Eguilaz en Álava


Vue du dolmen d’Aizkomendi et de ses grandes dalles dressées. Crédit photo Basvb (CC BY-SA 3.0 Espagne).

Le premier dolmen identifié dans la péninsule Ibérique

Le monument est connu localement bien avant que les archéologues commencent à l’étudier, mais 1831 marque une étape décisive. La Députation Forale d’Álava présente Aizkomendi comme le premier dolmen identifié dans la péninsule Ibérique cette année-là.

Certaines publications donnent toutefois 1832 comme date de sa découverte ou de sa description. Cette petite différence n’a rien d’exceptionnel pour un site étudié au début du XIXe siècle : les sources ne datent pas toujours de la même manière la découverte fortuite, son signalement et sa reconnaissance en tant que monument préhistorique.

Ce qui ne fait guère de doute, en revanche, c’est l’importance historique d’Aizkomendi pour les débuts de l’étude de la préhistoire basque. Les descriptions et représentations réalisées dès les années 1830 permettent également de comprendre à quel point le monument visible aujourd’hui diffère de celui observé à cette époque.

Schéma historique de 1832 montrant le dolmen d’Aizkomendi dans son état ancien
Représentation schématique du dolmen d’Aizkomendi dans son état ancien, publiée en 1832. Crédit Diego Manuel de Arriola (domaine public).

Un dolmen beaucoup plus grand qu’il n’y paraît

Ce que l’on remarque d’abord aujourd’hui est sa chambre de pierre. Le décret de protection patrimoniale d’Álava la décrit comme un espace intérieur presque rectangulaire mesurant précisément 3,83 mètres sur 2,70 mètres, pour 2,44 mètres de haut.

Elle est délimitée par dix grandes dalles. Toutes sont en calcaire à l’exception de la dalle située au nord, qui est en grès. Une grande pierre horizontale ferme la partie supérieure ; cette dalle de couverture est aujourd’hui fragmentée puis assemblée.

Mais cette chambre n’était que le centre du monument. Elle était précédée par un corridor couvert d’environ six mètres de longueur, aujourd’hui disparu.

Surtout, l’ensemble était enseveli sous un énorme tumulus.

La première phase connue atteignait déjà environ 30 mètres de diamètre. Plusieurs dizaines de foyers ont été détectés sur cette structure, auxquels les archéologues attribuent probablement un caractère rituel.

Dans une seconde phase, le tumulus a été considérablement agrandi pour atteindre 64 mètres de diamètre. C’est presque la longueur d’un terrain de football : une dimension difficile à deviner en regardant simplement les quelques dalles qui émergent aujourd’hui.

Voilà pourquoi comparer Aizkomendi à une simple « table de pierre » est trompeur. Comme pour beaucoup de mégalithes, ce qui subsiste donne une vision très partielle du monument d’origine.

Dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz dans la province d’Álava au Pays basque espagnol


Le dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz/Egilatz, dans la province d’Álava au Pays basque espagnol. Crédit photo Zarateman (CC0 1.0).

Des pierres venues de plusieurs kilomètres

La construction devient encore plus remarquable lorsque l’on s’intéresse à l’origine des matériaux. La géologie régionale permet de relier une grande partie des calcaires utilisés dans les mégalithes de la région aux formations de la Sierra de Entzia.

La Députation Forale d’Álava indique qu’un secteur connu comme la carrière de Baio, dans cette montagne, pourrait avoir fourni certaines dalles d’Aizkomendi. Il se trouve à environ 3,5 kilomètres du dolmen.

Déplacer des blocs aussi volumineux sur plusieurs kilomètres sans machine moderne supposait donc une importante organisation collective. La région offre d’ailleurs un exemple comparable à quelques kilomètres seulement avec le dolmen de Sorginetxe, surnommé la « maison de la sorcière », dont les grandes dalles calcaires proviennent elles aussi d’une zone éloignée du monument.

Les deux dolmens appartiennent au même paysage mégalithique, mais leur apparence est très différente : Sorginetxe ressemble aujourd’hui davantage à la traditionnelle table de pierre, tandis qu’Aizkomendi conserve les traces d’une architecture beaucoup plus complexe.

Photographie ancienne du dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz avant 1915
Le dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz photographié avant 1915, alors que son environnement et son état différaient sensiblement de ceux visibles aujourd’hui. Crédit photo Lorenzo Elorza (domaine public).

Pourquoi Aizkomendi a-t-il autant changé ?

Un dolmen vieux de cinq millénaires n’arrive évidemment pas jusqu’à nous dans son emballage d’origine. Mais dans le cas d’Aizkomendi, les interventions modernes ont particulièrement transformé la lecture du monument.

Après son identification au XIXe siècle, plusieurs campagnes archéologiques et travaux de consolidation se succèdent. Enrique Eguren intervient notamment sur le site au début du XXe siècle, puis José Miguel de Barandiaran y mène de nouvelles recherches dans les années 1960.

L’opération la plus spectaculaire intervient en 1965 : une partie du grand tumulus est démontée afin que le dolmen puisse être vu depuis la route. L’effet est radical. La chambre, autrefois en grande partie intégrée dans une énorme butte, se retrouve beaucoup plus dégagée.

Le décret patrimonial de 2011 précise qu’il ne subsiste aujourd’hui que la moitié nord du tumulus, séparée de la chambre par un passage. La dalle horizontale de couverture a elle aussi subi des interventions et se trouve désormais fragmentée et assemblée.

Les photographies historiques sont donc précieuses : elles ne montrent pas simplement le même monument avec un appareil photo moins performant, mais différents états d’un site continuellement fouillé, dégagé, consolidé et aménagé.

Dolmen d’Aizkomendi à Egilatz photographié en 1970 après le dégagement du tumulus
Le dolmen d’Aizkomendi à Egilatz en juillet 1970, quelques années après les interventions qui ont dégagé une partie du monument. Crédit photo Juan San Martín (CC BY-SA 3.0).

Un monument préhistorique protégé

Aizkomendi appartient au groupe des dolmens des terres basses du territoire historique d’Álava. Cet ensemble mégalithique bénéficie depuis 2011 d’une protection comme Bien culturel dans la catégorie Ensemble monumental.

La protection ne concerne donc pas seulement les pierres spectaculaires visibles au-dessus du sol. Les secteurs archéologiques environnants peuvent encore conserver des structures ou vestiges enfouis, ce qui explique les contraintes imposées aux éventuels travaux autour du monument.

Álava possède d’ailleurs un patrimoine mégalithique particulièrement dense. Plus au sud-ouest de l’Espagne, un monument préhistorique très différent permet de mesurer cette diversité : le cromlech de Guadalperal, parfois surnommé le Stonehenge espagnol, passe quant à lui une grande partie de son existence moderne sous les eaux d’un réservoir.

Visiter le dolmen d’Aizkomendi à Eguilaz

Le dolmen se trouve près du village d’Egilatz, également écrit Eguilaz ou Eguílaz selon la langue et les sources, dans la commune de San Millán-Donemiliaga, en province d’Álava.

Ses coordonnées sont approximativement : 42.8632, -2.3355. dolmen aizkomendi ou dolmen deguilaz basque espagne maps

Le monument est installé près d’un axe routier et son accès est facile. La documentation touristique de la Députation d’Álava indique que l’on peut stationner à quelques mètres des dolmens d’Aizkomendi et de Sorginetxe.

Pour ceux qui préfèrent approcher les mégalithes avec un peu plus d’effort qu’une ouverture de portière, la province propose également la Ruta del Dolmen de Eguilaz, un itinéraire reliant Araia à Agurain. Le parcours mesure environ 10,9 kilomètres, avec un faible dénivelé.

Aizkomendi et Sorginetxe peuvent ainsi facilement être visités au cours de la même excursion. Quelques kilomètres seulement séparent les deux monuments, mais ils offrent deux visions très différentes de l’architecture funéraire préhistorique du Pays basque.

Deux siècles de regards sur un monument vieux de cinq millénaires

Aizkomendi est finalement presque un monument à deux histoires. La première commence au Néolithique, lorsque des communautés installées dans la plaine déplacent de grandes dalles, aménagent une chambre funéraire, un corridor et un vaste tumulus pour leurs morts.

La seconde commence au XIXe siècle, lorsque le dolmen entre dans l’histoire de l’archéologie. Depuis, dessins, fouilles, photographies et restaurations modifient progressivement la manière dont nous le voyons. Le petit groupe de pierres visible aujourd’hui est donc à la fois un vestige vieux d’environ 5 000 ans et le résultat de près de deux siècles d’interventions modernes.

Un cas particulièrement parlant pour rappeler qu’en archéologie, ce que l’on voit n’est pas toujours exactement ce que les bâtisseurs préhistoriques voyaient.

Vidéo du dolmen

Voici également une vue du dolmen Aizkomendi prise par drone, en vidéo:

Sources pour aller plus loin

Structure préhistorique, découvrez également le Stonehenge hollandais à Tiel aux Pays Bas.

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