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Le tumulus de Newgrange, une structure préhistorique plus ancienne que Stonehenge

Dans le comté de Meath en Irlande, une immense butte herbeuse cerclée de pierres blanches cache l’un des monuments préhistoriques les plus remarquables d’Europe. Le tumulus de Newgrange a été construit vers 3200 av. J.-C., plusieurs siècles avant le célèbre cercle de grandes pierres de Stonehenge. Sous près de 200 000 tonnes de pierres et de terre, un passage de 19 mètres conduit jusqu’à une chambre funéraire bâtie il y a plus de 5 000 ans.

Mais Newgrange n’est pas seulement un gigantesque tombeau néolithique. Son entrée possède une ouverture spécialement aménagée, le roof-box, qui laisse pénétrer la lumière du soleil levant autour du solstice d’hiver. Pendant quelques minutes, le rayon traverse le long couloir et atteint la chambre centrale. À cela s’ajoutent une impressionnante voûte en encorbellement, des pierres couvertes de spirales et une façade blanche dont l’apparence actuelle doit beaucoup aux restaurations du XXe siècle.

Tumulus de Newgrange en Irlande, monument néolithique plus ancien que Stonehenge
Le grand tumulus de Newgrange dans le comté de Meath en Irlande. Crédit photo chripell (CC BY-SA 2.0).

À retenir

  • Newgrange a été construit vers 3200 av. J.-C., au Néolithique.
  • Le tumulus mesure environ 80 mètres de diamètre et 11 mètres de haut.
  • Son cairn est entouré de 97 grandes pierres de bordure, plusieurs étant ornées de motifs mégalithiques.
  • Un passage de 19 mètres mène à une chambre cruciforme couverte par une voûte en encorbellement culminant à environ 6 mètres.
  • Au lever du soleil autour du solstice d’hiver, la lumière entre par une ouverture appelée roof-box et atteint la chambre intérieure.
  • Le phénomène lumineux peut durer jusqu’à environ 17 minutes lorsque les conditions météorologiques le permettent.
  • Newgrange est plus ancien que la première phase de Stonehenge, commencée vers 3000 av. J.-C., et surtout que son célèbre cercle de grandes pierres dressé vers 2500 av. J.-C.
  • Newgrange fait partie du complexe de Brú na Bóinne, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993.
  • La spectaculaire façade blanche visible aujourd’hui résulte en partie de la restauration menée après les fouilles de Michael J. O’Kelly entre 1962 et 1975.

Newgrange, un tombeau néolithique vieux de plus de 5 000 ans

Newgrange est généralement qualifié de tumulus, mais les archéologues le définissent plus précisément comme une tombe à couloir, ou passage tomb.

Le monument se compose d’un grand cairn de pierres et de terre, entouré de 97 pierres de bordure ou kerbstones. Son diamètre moyen atteint environ 80 mètres et sa hauteur environ 11 mètres. Il couvre près d’un demi-hectare.

La masse nécessaire pour réaliser un tel monument donne une idée du chantier : quelque 200 000 tonnes de matériaux auraient été réunies pour constituer le cairn.

Les bâtisseurs n’ont pas simplement ramassé ce qu’ils trouvaient à leurs pieds. Une grande partie des pierres structurelles est constituée de grauwacke provenant notamment du secteur de Clogherhead, tandis que le quartz blanc a été apporté depuis les montagnes de Wicklow et que certains galets de granite provenaient de la côte de Dundalk.

Transporter tout cela sans camion, sans moteur et sans même disposer de la roue comme moyen de transport lourd demandait une organisation légèrement supérieure à celle d’un déménagement du dimanche matin.

À Malte, les temples mégalithiques de Tarxien témoignent eux aussi de cette capacité des sociétés néolithiques à édifier des architectures monumentales bien avant Stonehenge.

Newgrange est-il vraiment plus ancien que Stonehenge ?

Oui, mais la comparaison mérite une précision.

Newgrange a été construit vers 3200 av. J.-C.. La première phase connue de Stonehenge, constituée notamment d’un fossé et d’un talus circulaires, remonte à environ 3000 av. J.-C..

Newgrange précède donc déjà les premiers grands aménagements de Stonehenge d’environ deux siècles.

En revanche, le Stonehenge auquel on pense immédiatement aujourd’hui, avec son cercle de gigantesques blocs de sarsen et ses trilithes, est essentiellement aménagé vers 2500 av. J.-C.. Newgrange est donc antérieur d’environ sept siècles à cette spectaculaire architecture de pierre.

Dire que Newgrange est « 1 000 ans plus vieux que Stonehenge » est donc un raccourci excessif si l’on considère toutes les phases du site anglais.

Les deux monuments appartiennent toutefois à des traditions différentes. Stonehenge est un vaste ensemble cérémoniel développé pendant de nombreux siècles ; Newgrange est avant tout une tombe à couloir monumentale intégrée dans un paysage funéraire et rituel.

Un passage de 19 mètres au cœur du tumulus

Depuis l’entrée, un couloir étroit s’enfonce sur environ 19 mètres sous la masse du cairn.

Il est bordé par 43 grands orthostates dressés : 22 sur un côté et 21 sur l’autre. Des dalles horizontales forment progressivement la couverture du passage.

Celui-ci débouche sur une chambre en forme de croix composée d’un espace central et de trois niches latérales. Des bassins de pierre ont également été retrouvés à l’intérieur.

Des restes humains incinérés montrent que Newgrange possédait bien une fonction funéraire, mais le monument ne peut probablement pas être réduit à un simple cimetière. Sa taille, son architecture et son orientation solaire suggèrent également une fonction cérémonielle et rituelle importante.

Passage intérieur du tumulus de Newgrange en Irlande


Le passage de 19 mètres qui relie l’entrée à la chambre centrale de Newgrange. Crédit photo O’Dea (CC BY-SA 4.0).

L’intérieur de Newgrange rappelle par sa conception d’autres grands monuments funéraires néolithiques irlandais. Dans le même comté de Meath, les cairns de Loughcrew abritent eux aussi des tombes à couloir, des pierres gravées et des architectures liées aux mouvements du soleil.

Une voûte en pierre toujours debout après cinq millénaires

La chambre centrale possède surtout une remarquable voûte en encorbellement.

Au lieu de réaliser une véritable arche, les constructeurs ont posé des couches successives de grandes dalles, chacune avançant légèrement vers le centre par rapport à celle qui la précède. L’espace se rétrécit ainsi progressivement jusqu’à pouvoir être fermé par une dalle supérieure.

Le sommet de cette couverture se trouve environ 6 mètres au-dessus du sol de la chambre.

Le résultat est d’autant plus spectaculaire que cette structure néolithique a traversé plus de cinq millénaires. Les restaurations modernes ont concerné de nombreux éléments du monument, mais la voûte interne constitue encore l’une des prouesses architecturales originales de Newgrange.

Voûte en encorbellement de la chambre du tumulus de Newgrange
La voûte en encorbellement de la chambre centrale s’élève à environ six mètres au-dessus du sol. Crédit photo O’Dea (CC BY-SA 4.0).

Le solstice d’hiver et le mystérieux roof-box

L’élément le plus célèbre de Newgrange se trouve juste au-dessus de son entrée.

Une petite ouverture rectangulaire appelée roof-box permet à la lumière du soleil levant de pénétrer dans le monument autour du solstice d’hiver.

Le passage et la chambre sont orientés vers le sud-est. Lorsque le soleil apparaît à l’horizon au milieu de l’hiver, un rayon pénètre par cette ouverture, avance progressivement dans le couloir et atteint la chambre intérieure.

Le phénomène peut durer jusqu’à environ 17 minutes lorsque le ciel est suffisamment dégagé.

Entrée de Newgrange avec le roof-box du solstice d’hiver


Au-dessus de l’entrée du passage, le roof-box laisse pénétrer la lumière du soleil levant autour du solstice d’hiver. Crédit photo Allen Karsina (domaine public).

L’alignement est suffisamment précis pour que son caractère intentionnel soit aujourd’hui largement admis.

Michael J. O’Kelly, qui dirigeait les grandes fouilles de Newgrange, a observé le phénomène au cours des années 1960. Le rapport scientifique publié en 2024 par le National Monuments Service a depuis permis de mesurer avec beaucoup plus de précision le déplacement et l’intensité de la lumière dans la chambre.

L’accès au monument à l’aube pendant cette période reste extrêmement demandé. Heritage Ireland organise toujours une loterie du solstice pour sélectionner les personnes autorisées à entrer dans la chambre lors de ces matinées particulières.

Que signifiait cette lumière pour les bâtisseurs ?

C’est précisément là que les certitudes archéologiques s’arrêtent.

Le phénomène est réel, mesurable et manifestement lié à la conception du monument. En revanche, aucun texte du Néolithique irlandais ne nous explique ce que ses bâtisseurs pensaient lorsque la lumière revenait au fond de la chambre.

On peut lire parfois qu’à cette date particulière, les morts resusciteraient selon les croyances des habitants de l’époque.

La renaissance du soleil après les jours les plus courts de l’année peut naturellement évoquer le renouvellement de la vie, et cette interprétation est régulièrement proposée dans la littérature consacrée à Newgrange. La relation entre lumière, mort et renouveau constitue donc une hypothèse séduisante.

Mais elle reste une interprétation.

On sait que Newgrange accueillait les morts et que ses constructeurs ont orienté le monument vers le soleil d’hiver. Ce qu’ils racontaient autour du feu à propos de tout cela est malheureusement parti sans laisser de mode d’emploi.

Les spirales de Newgrange et l’art mégalithique

Newgrange ne se distingue pas uniquement par son architecture.

Plusieurs pierres du monument portent des gravures : spirales, chevrons, losanges, arcs, lignes parallèles ou motifs circulaires.

La grande pierre placée devant l’entrée est l’une des plus célèbres. Sa surface est couverte de motifs profondément gravés, dont plusieurs spirales.

Pierre d’entrée de Newgrange ornée de spirales néolithiques
La grande pierre placée devant l’entrée de Newgrange porte plusieurs motifs géométriques et spirales caractéristiques de l’art mégalithique du site. Crédit photo bastique (CC BY-SA 2.0).

À l’intérieur se trouve également un remarquable motif composé de trois spirales associées, devenu l’un des symboles visuels de Newgrange.

Sa signification reste inconnue. Les interprétations modernes lui attribuent volontiers des significations spirituelles très précises, mais aucune ne peut être démontrée avec certitude.

Motif à trois spirales gravé à l’intérieur de Newgrange
Le motif à trois spirales gravé sur l’orthostate C10 à l’intérieur de la chambre de Newgrange. Crédit photo O’Dea (CC BY-SA 4.0).

Le complexe de Brú na Bóinne constitue dans son ensemble l’une des concentrations les plus importantes d’art mégalithique préhistorique d’Europe.

Newgrange, Knowth et Dowth : le paysage de Brú na Bóinne

Newgrange n’est pas un monument isolé planté au hasard dans la campagne irlandaise.

Il appartient à Brú na Bóinne, « le coude de la Boyne », un vaste paysage archéologique installé autour d’une boucle du fleuve.

Trois grands tumuli dominent le complexe :

  • Newgrange ;
  • Knowth ;
  • Dowth.

Ils sont accompagnés d’environ quarante tombes à couloir satellites et de nombreux autres monuments préhistoriques : henges, cercles de poteaux, tumuli et structures aujourd’hui parfois invisibles en surface.

L’UNESCO décrit Brú na Bóinne comme l’une des expressions majeures de la culture mégalithique préhistorique européenne. L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial depuis 1993.

Cette densité montre que la vallée de la Boyne constituait un paysage rituel complexe plutôt qu’un simple emplacement choisi pour une tombe isolée.

Plus loin en Europe, le cromlech de Guadalperal en Espagne offre un autre exemple de monument mégalithique dont l’usage exact continue à alimenter les recherches.

Pierre gravée de Newgrange avec spirales et motifs néolithiques
Une pierre de Newgrange ornée de spirales et de différents motifs géométriques caractéristiques de l’art mégalithique du site. Crédit photo Sean MacEntee (CC BY 2.0).

La façade blanche de Newgrange est-elle vraiment néolithique ?

La grande façade de quartz blanc est aujourd’hui tellement associée à Newgrange qu’elle paraît presque indissociable du monument.

Les pierres de quartz sont bien authentiques et ont été retrouvées en quantité lors des fouilles. Elles avaient été transportées jusqu’à Newgrange depuis une région éloignée et participaient manifestement à l’aspect extérieur du monument.

En revanche, leur disposition actuelle sous la forme d’un mur presque vertical est une reconstruction moderne.

Michael J. O’Kelly a dirigé les fouilles entre 1962 et 1975 et a interprété l’importante masse de quartz effondrée devant le monument comme les vestiges d’un ancien parement vertical. Cette hypothèse a servi de base à la restauration visible aujourd’hui.

D’autres archéologues ont proposé des configurations différentes, par exemple un talus ou une disposition moins verticale.

Il faut donc distinguer deux choses : le quartz lui-même appartient bien au monument préhistorique ; l’aspect exact du spectaculaire mur blanc actuel correspond à une interprétation archéologique du XXe siècle.

Façade de quartz blanc restaurée du tumulus de Newgrange


La spectaculaire façade de quartz blanc de Newgrange dans son état restauré actuel. Les pierres sont bien anciennes, mais leur disposition presque verticale résulte de la reconstruction menée au XXe siècle. Crédit photo fhwrdh (CC BY 2.0).

Newgrange redécouvert puis fouillé au XXe siècle

Le monument n’a jamais complètement disparu, mais son entrée a été remise en évidence à la fin du XVIIe siècle.

En 1699, l’antiquaire gallois Edward Lhuyd a décrit Newgrange et réalisé les premiers relevés détaillés connus du passage et de la chambre.

Des études et interventions se sont ensuite succédé, mais les grandes fouilles scientifiques n’ont commencé qu’au XXe siècle.

Le chantier déterminant a été conduit par l’archéologue Michael J. O’Kelly entre 1962 et 1975. Ces recherches ont permis de mieux comprendre la construction, le cairn, les pierres de bordure, le passage et les structures situées autour du monument.

Elles ont également profondément changé l’apparence extérieure du site à travers les travaux de consolidation et de restauration.

Newgrange est donc aujourd’hui un mélange assez particulier : un monument néolithique exceptionnellement conservé, entouré et soutenu par des interventions modernes destinées à permettre sa conservation et sa visite.

Comment visiter Newgrange ?

La visite de Newgrange ne commence pas directement devant le tumulus.

L’accès passe obligatoirement par le Brú na Bóinne Visitor Centre, à Donore dans le comté de Meath. Les visiteurs sont ensuite transportés en navette jusqu’aux monuments.

L’accès à Newgrange se fait uniquement lors d’une visite guidée et les places sont limitées. La réservation préalable est donc vivement recommandée, voire indispensable pendant les périodes fréquentées.

Le passage et la chambre sont étroits et bas par endroits. Heritage Ireland signale que leur visite peut être difficile pour les personnes souffrant de claustrophobie ou ayant des problèmes de mobilité.

La photographie n’est actuellement pas autorisée à l’intérieur du passage et de la chambre.

Pour qui souhaite prolonger la découverte du mégalithisme, le dolmen basque de Sorginetxe offre une architecture beaucoup plus simple mais permet de mesurer la variété des monuments funéraires préhistoriques européens.

Vidéo du tumulus de Newgrange

Voici une courte vidéo du National Geographic consacrée à Newgrange et à son spectaculaire alignement avec le soleil du solstice d’hiver :

Sources pour aller plus loin

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