Aller au contenu

Le volcan Dallol en Éthiopie, un paysage acide qui semble venir d’une autre planète

Au nord-est de l’Éthiopie, dans la dépression du Danakil, se trouve un endroit qui semble avoir été imaginé par un décorateur de science-fiction sous acide sulfurique : le volcan Dallol. Entre mares vertes presque fluorescentes, croûtes de sel blanches, dépôts jaunes et orange, petites cheminées fumantes et reliefs rongés par la chimie, le site offre l’un des paysages les plus déroutants de la planète. Et pour une fois, l’expression “on dirait une autre planète” n’est pas seulement là pour faire joli. Dallol est bien installé dans l’Afar, au cœur d’une région tectoniquement active où la croûte terrestre s’étire encore aujourd’hui.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-1
Crédit photo mauro gambini/flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

Ce décor irréel se situe sur un édifice culminant à environ 48 mètres sous le niveau de la mer, ce qui est déjà une jolie façon de se faire remarquer. On lit parfois des altitudes plus basses encore, mais elles concernent plutôt d’autres secteurs de la dépression du Danakil que l’édifice de Dallol lui-même. Le site appartient à une zone où se côtoient bassins salés, plaines d’évaporites et phénomènes géothermiques extrêmes, un univers minéral qui n’est pas sans rappeler les paysages d’un autre monde du lac Abbe ou, dans un registre encore plus agressif, le lac Gaet’ale et son eau parmi les plus redoutables du globe.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-2


Crédit photo Michael Meraner/flickr (CC BY 2.0).

Un volcan, oui… mais pas un volcan classique

Dallol est souvent présenté comme un volcan, ce qui n’est pas faux, mais ce n’est pas non plus un volcan de carte postale avec cône parfait et coulées de lave rouge vif à heure fixe. Le Smithsonian Global Volcanism Program le classe parmi les cratères d’explosion, avec une éruption phréatique documentée en 1926 et un autre épisode phréatique observé début janvier 2011. Le cratère sommital fait environ 100 mètres de diamètre et l’ensemble s’élève doucement au-dessus de la plaine de sel environnante.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-3
Crédit photo Carsten ten Brink/flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

Les recherches récentes décrivent même Dallol comme le stade terminal d’un volcan de sel. En résumé, une intrusion magmatique profonde aurait chauffé une épaisse série d’évaporites, provoqué la déshydratation de minéraux hydratés, libéré des saumures sous pression, puis entraîné le bombement et l’effondrement du dôme. Ce qui donne aujourd’hui un relief à l’apparence volcanique, mais composé de matériaux salins et animé par un système hydrothermal d’une extrême singularité. Autrement dit, Dallol est volcanique, certes, mais à sa manière : ici, la géologie a décidé de faire les choses avec du sel, de l’acide et un certain sens du théâtre.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-4


Crédit photo Marielle Rufin/flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Pourquoi Dallol est-il aussi coloré ?

La première chose qui frappe à Dallol, ce sont ses couleurs. Le vert semble presque artificiel, le jaune a l’air peint, l’orange paraît sorti d’un tube de pigment. Pourtant, tout cela est bien naturel. Les études sur les eaux et les dépôts du complexe de Dallol montrent des saumures très concentrées et des rivages dominés par des minéraux comme l’halite, la sylvite, le gypse, l’anhydrite, ou encore divers chlorures et sulfates. Dans la zone sommitale, les brines riches en sodium, fer et soufre participent à la formation de certaines des eaux les plus acides et les plus colorées de la planète.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-5
Crédit photo V/flickr (CC BY-NC 2.0)

L’oxydation du fer contribue fortement aux teintes brunâtres, rouges ou ocre, tandis que le soufre et d’autres composés minéraux enrichissent le nuancier. On retrouve ce type de coloration surnaturelle dans Grand Prismatic Spring à Yellowstone ou encore dans la Champagne Pool de Nouvelle-Zélande, mais Dallol pousse le curseur plus loin encore. Là où d’autres sites sont spectaculaires, lui semble franchement chimique, au point de faire passer certains bassins géothermaux pour de paisibles spas municipaux.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-6
Crédit photo Jean Michel Mestdagh/flickr (CC BY 2.0)

Un enfer hydrothermal en dessous de zéro… ou presque

Ce qui rend Dallol si étonnant n’est pas seulement sa palette de couleurs, mais l’extrême violence de ses conditions physico-chimiques. Dans plusieurs mares étudiées sur le dôme, les mesures de terrain montrent des pH négatifs, entre environ -0,4 et -1,1 selon les points d’échantillonnage. Une des zones de cheminée blanche dépassait même 100 °C lors des relevés in situ, tandis que d’autres travaux évoquent des bassins pouvant approcher 108 °C dans certaines conditions. On n’est donc pas ici face à une eau “un peu chaude” : on parle de saumures surchauffées, hypersalées et hyperacides. Une sorte de soupe géologique dont même votre bouilloire ne voudrait pas.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-7
Crédit photo V/flickr (CC BY-NC 2.0)

Le secteur de Dallol est d’ailleurs considéré comme l’un des systèmes naturels les plus chauds et les plus acides de la planète, avec une température moyenne annuelle dans la région de l’ordre de 36 à 38 °C selon la littérature scientifique. Cette combinaison entre chaleur persistante, aridité, salinité extrême et acidité fait du site un laboratoire naturel exceptionnel pour les géologues, les géochimistes et les astrobiologistes.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-8


Crédit photo Marielle Rufin/flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Un lieu qui intéresse aussi ceux qui cherchent la vie… ailleurs

Dallol n’impressionne pas seulement les amateurs de paysages insolites. Le site passionne aussi les scientifiques parce qu’il aide à mieux comprendre les limites de la vie dans des environnements extrêmes. Plusieurs études ont examiné si des micro-organismes pouvaient réellement survivre dans ces eaux à la fois hyperacides, hypersalées et parfois très chaudes. Les travaux les plus récents convergent vers une conclusion prudente mais forte : certaines zones du complexe de Dallol semblent tout simplement inhabitables, malgré la présence d’eau liquide.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-9
Crédit photo mauro gambini (CC BY-NC-ND 2.0)

Cela ne signifie pas que tout le secteur est stérile. Des formes de vie microbienne peuvent exister dans des zones voisines moins hostiles, notamment dans certaines eaux hypersalines du complexe élargi. Mais au niveau des mares les plus extrêmes du dôme, la combinaison pH très bas + salinité extrême + température élevée paraît constituer une vraie barrière biologique. C’est ce qui donne à Dallol une importance particulière comme analogue terrestre pour l’astrobiologie : ce site aide à comprendre non seulement où la vie peut apparaître, mais aussi où elle s’arrête. Et, en matière de mauvaise hospitalité, Dallol a manifestement un doctorat.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-10
Crédit photo mauro gambini (CC BY-NC-ND 2.0)

Un paysage magnifique, mais clairement pas accueillant

Il serait tentant de réduire Dallol à une simple merveille photogénique. Ce serait une erreur. Le site est dangereux. Les fluides sont corrosifs, les croûtes salines peuvent être fragiles, les températures sont élevées et les dégagements gazeux participent à l’hostilité générale du lieu. Dans la zone plus large du Danakil, les études géochimiques montrent la présence de gaz volcaniques et hydrothermaux comme le dioxyde de carbone, le sulfure d’hydrogène, le dioxyde de soufre ou le chlorure d’hydrogène. Le décor est superbe, mais il ne faut pas confondre “sublime” et “sympathique”.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-11
Crédit photo mauro gambini (CC BY-NC-ND 2.0)

Cette brutalité géochimique est aussi ce qui fait toute la force visuelle de Dallol. Les concrétions, les terrasses et les petites cheminées sont façonnées par des circulations de saumures brûlantes et acides qui précipitent leurs minéraux en refroidissant ou en s’oxydant. Dans un autre registre d’eau minérale extrême, on peut penser à Blood Falls, la cascade rouge de l’Antarctique, où la chimie donne elle aussi naissance à un spectacle presque irréel, ou encore au lac Don Juan, autre curiosité liquide qui semble défier les règles habituelles. Chez Dallol, cependant, tout paraît plus agressif, plus dense, plus toxique, comme si la Terre avait décidé de peindre avec des réactifs plutôt qu’avec de l’aquarelle.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-12


Crédit photo mauro gambini (CC BY-NC-ND 2.0)

Pourquoi le volcan Dallol étonne autant

Ce qui rend Dallol si marquant, ce n’est pas seulement sa rareté, mais la manière dont il combine plusieurs extrêmes dans un espace relativement restreint : altitude négative, chaleur constante, sel omniprésent, acidité hors norme, activité hydrothermale, couleurs spectaculaires et contexte tectonique actif. Peu d’endroits sur Terre donnent à ce point l’impression que la planète est encore en train d’inventer sa propre chimie.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-14
Crédit photo Rolf Cosar (CC BY 3.0)

Démonstration avec cette vidéo du volcan Dallol:


Pour 2tout2rien, Dallol est presque un sujet idéal : visuellement irrésistible, scientifiquement passionnant et parfaitement raccord avec une ligne éditoriale qui aime la nature quand elle devient étrange, excessive et franchement mémorable. Ce n’est pas juste un beau paysage. C’est une anomalie géologique grandeur nature. Un endroit où le mot “insolite” paraît presque trop sage.

Le-volcan-Dallol-d-Ethiopie-le-plus-etrange-cratere-volcanique-du-monde-13
Crédit photo Michael Meraner (CC BY 2.0)

Sources pour aller plus loin

fiche du volcan Dallol par le Smithsonian
rapport du Smithsonian sur l’activité de Dallol en 2011
étude sur la zone géothermale de Dallol
travaux sur le système hydrothermal extrême de Dallol
publication sur les limites de la vie à Dallol
étude récente sur les eaux extrêmes du complexe de Dallol

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

4 commentaires sur “Le volcan Dallol en Éthiopie, un paysage acide qui semble venir d’une autre planète”

  1. Retour de ping : Vellir, un geyser islandais au milieu d'une rivière - 2Tout2Rien

  2. Retour de ping : Les volcans blancs de Harrat Khaybar - 2Tout2Rien

  3. Retour de ping : 30 endroits incroyables qui semblent être d'une autre planète - 2Tout2Rien

  4. Retour de ping : Bét Giyorgis - l'étonnante église Saint George de Lalibela en Ethiopie - 2Tout2Rien

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *