Au nord de Médine, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, Harrat Khaybar offre un paysage volcanique assez déroutant : au milieu de vastes coulées noires apparaissent des reliefs clairs, presque blancs, qui semblent posés là par erreur. Ce contraste spectaculaire explique pourquoi on parle souvent des volcans blancs de Harrat Khaybar. Le site fait partie des grands champs volcaniques de la péninsule Arabique et couvre plus de 14 000 km², avec une activité étalée sur plusieurs millions d’années.
Crédit photo: Luigi Vigliotti (CC BY-NC-ND 3.0)
Vu d’ensemble, le décor a quelque chose d’irréel. Les dômes et cônes clairs émergent d’un univers basaltique sombre, comme si deux paysages incompatibles avaient été forcés à cohabiter. Pour qui aime les reliefs qui semblent défier le bon sens, Harrat Khaybar a largement sa place parmi ces endroits qui donnent l’impression d’appartenir à une autre planète.
Qu’est-ce que Harrat Khaybar ?
Harrat Khaybar est l’un des plus grands champs volcaniques d’Arabie saoudite. Il s’étire sur environ 100 kilomètres selon un axe nord-sud et rassemble des formes volcaniques variées : cônes, dômes, coulées, anneaux de tuf et maars. Le Smithsonian Global Volcanism Program le considère comme un système encore potentiellement actif, avec des produits éruptifs relativement récents et une dernière éruption historique rapportée au VIIe siècle.
Ce n’est donc pas seulement une curiosité photogénique. C’est aussi un vrai terrain d’étude pour comprendre la diversité du volcanisme de la région. Dans un autre registre minéral saoudien, on retrouve cette même impression d’étrangeté devant le rocher d’Al Naslaa dans l’oasis de Tayma, autre formation qui donne au désert des airs de décor presque artificiel.
Pourquoi certains volcans de Harrat Khaybar sont-ils blancs ?
La réponse tient en un mot un peu moins connu que “basalte” : comendite. Cette roche volcanique, riche en silice et en alcalins, est beaucoup plus claire que les laves basaltiques noires qui dominent ailleurs dans le champ volcanique. C’est elle qui donne aux édifices comme Jabal Abyad et Jabal Bayda leur couleur blanchâtre ou gris très clair. Autrement dit, ces volcans ne sont pas blancs à cause d’un dépôt superficiel : leur teinte vient directement de leur composition.
C’est justement ce contraste qui rend le site si singulier. Le regard passe des grandes coulées sombres à des reliefs clairs qui paraissent presque poudrés. Cette opposition entre roche noire et édifices pâles peut rappeler les formations volcaniques de Campo de Piedra Pómez, où la géologie semble elle aussi avoir décidé de sortir du cahier des charges habituel.
Ce type de lave peu commun a été découvert pour la première fois dans les montagnes de Glass House, dans le Queensland en Australie, mais également en Sardaigne, en Corse, sur l’île de l’Ascension, en Éthiopie (voir le volcan Dallol d’Ethiopie, le plus étrange cratère volcanique du monde), en Somalie et dans quelques autres régions de l’Afrique de l’Est.
Crédit NASA (CC BY-NC 2.0).
Jabal Abyad et Jabal Bayda, les “montagnes blanches”
Parmi les volcans les plus connus de Harrat Khaybar, Jabal Abyad et Jabal Bayda sont les deux noms qui reviennent le plus souvent. Leur nom arabe renvoie d’ailleurs à l’idée de blancheur. Les travaux géologiques sur le secteur décrivent Jabal Abyad comme l’un des grands édifices felsiques du champ volcanique, culminant autour de 2 093 mètres, tandis que Jabal Bayda atteint environ 1 913 mètres. Le secteur a aussi retenu l’attention pour ses occurrences d’obsidienne, utilisée par des populations néolithiques.
Ces sommets blancs ne sont pas seuls. Harrat Khaybar présente une grande variété de magmas et de reliefs, ce qui en fait un site particulièrement riche pour les volcanologues. Le Global Volcanism Program note par exemple la présence de Jabal Qidr, souvent présenté comme le seul véritable stratovolcan des harrats de l’ouest saoudien. On est donc loin d’un simple “volcan blanc” isolé au milieu du désert : c’est tout un ensemble volcanique complexe, contrasté et encore surveillé.
Un paysage qui ne ressemble pas à l’idée classique du volcan
Quand on pense à un volcan, on imagine souvent un cône sombre, un cratère bien dessiné et, avec un peu de chance, une fumée théâtrale. Harrat Khaybar joue une autre partition. Ici, le volcanisme se déploie sur un immense champ, avec des reliefs multiples et une lecture du paysage qui passe surtout par la couleur, la texture et la composition des roches. C’est ce qui donne au site sa force visuelle : les volcans blancs apparaissent comme des anomalies au sein d’un monde basaltique noir.
Vue du ciel, cette opposition saute encore plus aux yeux. La NASA a montré à plusieurs reprises combien les dômes clairs et les laves sombres dessinent un paysage presque graphique. Cette étrangeté minérale peut aussi faire penser à ces colonnes rocheuses du lac Crowley, autre exemple de relief si inhabituel qu’il semble presque fabriqué.
Crédit NASA.
Un champ volcanique encore vivant
Même si le paysage paraît ancien et immobile, Harrat Khaybar et ses volcans blancs ne sont pas un décor fossile totalement éteint. Les sources scientifiques et les bases volcanologiques le traitent comme un champ actif ou potentiellement actif, avec des laves d’âge holocène et une activité historique documentée. Cela n’ajoute pas seulement un intérêt scientifique : cela rappelle aussi que ces reliefs blancs et noirs ne sont pas les restes d’un passé très lointain, mais les expressions relativement récentes d’un volcanisme encore inscrit dans l’histoire de la région.
Harrat Khaybar mérite donc qu’on s’y arrête pour deux raisons à la fois. D’abord pour sa beauté étrange, presque irréelle. Ensuite parce qu’il montre, très lisiblement, comment la chimie des magmas peut transformer un même champ volcanique en paysage à deux visages : noir d’un côté, blanc de l’autre. Même pour la géologie, ce n’est pas banal.
En voici une petite vue aérienne, en vidéo:
Sources pour aller plus loin
• vue d’ensemble de la NASA sur les volcans blancs et noirs de Harrat Khaybar
• fiche du Global Volcanism Program sur Harrat Khaybar
• article sur le potentiel géotouristique des volcans blancs de Harrat Khaybar
• étude sur les montagnes blanches de Harrat Khaybar
• travaux géologiques sur les volcans blancs de Harrat Khaybar au nord d’Al-Madinah
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