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Le calao de Malabar, un étrange oiseau avec une corne sur le bec

Avec son immense bec surmonté d’une étrange protubérance, le calao de Malabar (Anthracoceros coronatus) ressemble à un oiseau auquel la nature aurait ajouté une seconde couche de bec. Cette curieuse « corne », qui évoque presque une pièce d’armure, lui donne une silhouette immédiatement reconnaissable parmi les oiseaux des forêts tropicales.

Mais ce drôle d’oiseau originaire d’Inde et du Sri Lanka ne se distingue pas uniquement par son apparence. Chez le calao de Malabar, la femelle s’enferme dans une cavité d’arbre pour pondre et élever ses petits, pendant que le mâle assure le ravitaillement depuis l’extérieur. Une organisation familiale plutôt inhabituelle, où le service de livraison à domicile n’est pas une option.

Calao de Malabar mâle avec son immense bec surmonté d'un casque corné jaune et noir
Calao de Malabar mâle au Sri Lanka, avec son imposant casque corné. Crédit photo Charles J. Sharp (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Le calao de Malabar (Anthracoceros coronatus) est un oiseau de la famille des Bucerotidae, présent en Inde et au Sri Lanka.
  • Il mesure environ 65 à 92 cm de longueur et possède un énorme bec surmonté d’un casque corné jaune ivoire et noir.
  • Le casque est particulièrement développé chez le mâle, tandis que celui de la femelle est plus petit.
  • Pendant la reproduction, la femelle reste dans une cavité presque entièrement fermée et reçoit sa nourriture par une petite ouverture.
  • Essentiellement frugivore, il contribue à la dispersion des graines et à la régénération des forêts.
  • L’espèce est classée quasi menacée par l’UICN, avec une population en diminution.

Pourquoi le calao de Malabar a-t-il une corne sur le bec ?

La première chose que l’on remarque chez le calao de Malabar, c’est évidemment son bec. Grand, recourbé et de couleur crème, il est surmonté d’une impressionnante excroissance jaune ivoire et noire, dont l’extrémité se projette vers l’avant.

Cette structure n’est pourtant pas une véritable corne : il s’agit d’un casque corné, caractéristique de nombreux calaos. Le bec et son casque sont recouverts de kératine, la matière qui constitue également les ongles humains.

Chez le mâle adulte, le casque peut devenir particulièrement imposant. La femelle possède un bec et un casque plus petits, ainsi qu’une zone de peau nue autour des yeux généralement plus claire. Chez les jeunes, le casque n’est pas encore développé.

Deux calaos de Malabar photographiés ensemble avec leurs grands becs et leurs casques cornés

Deux calaos de Malabar photographiés au Sri Lanka. Crédit photo Thimindu Goonatillake (CC BY-SA 2.0).

La fonction exacte de cette protubérance n’est pas entièrement établie pour cette espèce. Chez les calaos, les casques peuvent intervenir dans la reconnaissance entre individus, la communication ou les interactions sexuelles, mais il serait abusif d’attribuer systématiquement toutes ces fonctions à celui du calao de Malabar.

Avec son allure presque préhistorique, cet oiseau rappelle d’autres espèces aux silhouettes improbables, comme le bec-en-sabot du Nil, dont l’énorme bec en forme de sabot lui donne lui aussi des airs de dinosaure.

Une femelle qui s’enferme dans un arbre pour élever ses petits

Le calao de Malabar possède une particularité encore plus étonnante que son bec : sa manière de se reproduire.

Comme de nombreux autres calaos, il utilise une cavité naturelle dans le tronc d’un arbre. Lorsque la femelle s’y installe pour pondre, l’entrée est progressivement obstruée avec des matériaux qui forment une sorte de mur protecteur. Une petite ouverture subsiste pour permettre le passage de la nourriture.

La femelle reste ainsi à l’intérieur du nid pendant une partie importante de la reproduction, protégée avec ses œufs, puis ses poussins, tandis que le mâle vient régulièrement la nourrir à travers la fente.

Ce comportement limite l’accès des prédateurs à la cavité, mais repose sur une forte coopération entre les partenaires. Le mâle doit trouver suffisamment de nourriture pour assurer sa propre subsistance et celle de la femelle, puis des jeunes.

Il ne faut toutefois pas imaginer une femelle prisonnière contre son gré : cette fermeture est une stratégie naturelle de nidification, partagée par de nombreuses espèces de calaos.

Ce mode de reproduction explique pourquoi la présence de grands arbres possédant des cavités adaptées est indispensable à la survie de l’espèce. Une forêt remplie de jeunes arbres ne remplace pas immédiatement un habitat ancien riche en sites de nidification.

Un amateur de fruits qui aide les forêts à se régénérer

Malgré son bec impressionnant, le calao de Malabar n’est pas un redoutable prédateur spécialisé dans la chasse.

Son alimentation repose principalement sur les fruits, notamment les figues sauvages, mais il consomme également des insectes, de petits lézards et d’autres proies animales à l’occasion.

Les observations réalisées dans les Ghâts occidentaux montrent à quel point certains arbres fruitiers peuvent être importants pour cette espèce. Durant la reproduction, une étude citée par le groupe de spécialistes des calaos de l’UICN a notamment identifié une espèce de figuier représentant 57 % des ressources alimentaires observées.

En avalant des fruits puis en rejetant leurs graines ailleurs, le calao participe à leur dispersion. Certains arbres bénéficient ainsi de cet étrange jardinier volant pour coloniser de nouveaux espaces.

L’oiseau se déplace entre les arbres en fructification et peut se rassembler avec ses congénères lorsque les ressources alimentaires sont abondantes. Des groupes comptant jusqu’à 58 individus ont été signalés sur un même site.

Calao de Malabar photographié sur une branche dans le Maharashtra en Inde
Calaos de Malabar photographiés dans le district de Sindhudurg, dans le Maharashtra, en Inde. Crédit photo Rohit N. (CC BY-SA 4.0).

Le calao de Malabar en vidéo

Cette vidéo réalisée à Karamadai, près de Coimbatore, en Inde, permet d’observer le calao de Malabar dans son environnement naturel. Elle donne une meilleure idée de la taille de son bec et de l’aspect étonnant de son casque corné, qui paraît presque disproportionné par rapport à sa tête.

Vidéo : Indian Bird Videos, « The Malabar pied hornbill (Anthracoceros coronatus) », publiée le 28 novembre 2019.

Où vit le calao de Malabar ?

Le calao de Malabar vit principalement dans les régions forestières de l’Inde et du Sri Lanka. On le rencontre notamment dans les Ghâts occidentaux, la chaîne montagneuse longeant une grande partie de la côte ouest indienne.

Il fréquente les forêts tropicales humides, les forêts décidues et leurs lisières. Il peut également visiter des arbres fruitiers isolés dans des paysages plus ouverts, à condition de trouver suffisamment de nourriture et des sites adaptés pour nicher.

alao de Malabar perché dans un arbre dans une forêt du sud de l'Inde

Calao de Malabar photographié dans le sud de l’Inde. Crédit photo PJeganathan (CC BY-SA 4.0).

Ces forêts accueillent d’autres animaux remarquables, comme l’écureuil géant de Malabar (Ratufa indica), un grand rongeur arboricole dont le pelage mêle des nuances de crème, de roux, de brun et de bordeaux.

Le nom « Malabar » fait référence à une région historique de la côte sud-ouest de l’Inde. Il ne signifie pas que l’espèce se rencontre uniquement dans cette région : sa répartition est plus étendue.

Un oiseau au physique presque irréel

Avec son plumage noir et blanc, son casque démesuré et son bec légèrement recourbé, le calao de Malabar affiche un profil qui ne passe guère inaperçu.

En vol, les zones blanches de ses ailes et de sa queue contrastent fortement avec les parties noires.

Calao de Malabar femelle en plein vol avec ses ailes noires et blanches déployées au Sri Lanka
Femelle de calao de Malabar en vol dans le parc national de Yala, au Sri Lanka. Crédit photo Charles J. Sharp (CC BY-SA 4.0).

Cette apparence est très différente de celle de certains oiseaux nocturnes, comme l’engoulevent oreillard, surnommé l’oiseau dragon, dont les touffes de plumes donnent plutôt l’impression d’une créature fantastique.

Le calao de Malabar appartient à la famille des Bucerotidae, qui comprend de nombreuses espèces de calaos africains et asiatiques. Son casque le distingue des oiseaux à grand bec comme les toucans, avec lesquels il ne faut pas le confondre.

Son cri, composé de notes sonores et parfois de sifflements puissants, lui permet aussi de se signaler dans les milieux forestiers.

Pourquoi le calao de Malabar est-il quasi menacé ?

Derrière cette apparence spectaculaire se cache une espèce dont les populations diminuent.

Selon l’évaluation de BirdLife International publiée par l’UICN en 2025, le calao de Malabar est classé quasi menacé (Near Threatened). La population mondiale d’individus matures est estimée dans une fourchette très large, de 7 200 à 72 000, avec une estimation privilégiée comprise entre 7 200 et 25 000 adultes.

La destruction et la fragmentation des habitats forestiers constituent des menaces majeures. Le calao dépend à la fois des arbres produisant les fruits dont il se nourrit et des grands arbres présentant des cavités pour sa reproduction.

Calao de Malabar femelle photographiée de dos dans les arbres de Dandeli au Karnataka
Femelle de calao de Malabar observée à Dandeli, dans le Karnataka, en Inde. Crédit photo VasuVR (CC BY-SA 4.0).

La disparition des grands arbres représente un problème particulièrement important : même lorsqu’une forêt repousse, plusieurs décennies peuvent être nécessaires pour que des arbres suffisamment grands et anciens développent les cavités recherchées par les calaos.

Préserver le calao de Malabar implique donc de conserver des forêts fonctionnelles, et pas seulement quelques arbres dispersés dans le paysage.

Avec son étrange corne sur le bec, cet oiseau pourrait facilement passer pour une fantaisie de l’évolution. Pourtant, son imposant casque, son régime frugivore et sa vie familiale si particulière témoignent d’une adaptation à un environnement forestier complexe. Un oiseau qui attire d’abord l’attention par son apparence, mais dont le rôle dans la forêt est tout aussi remarquable.

Sources pour aller plus loin

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