Dans le nord-est des Pays-Bas, un gigantesque assemblage de pierres repose à la lisière d’un village depuis plus de 5 000 ans. Long de 22,6 mètres, le Hunebed D27 est le plus grand dolmen des Pays-Bas. Certaines de ses pierres pèsent près de 20 tonnes et son histoire remonte à une époque où les grandes pyramides d’Égypte et le célèbre cercle de Stonehenge n’existaient pas encore sous leur forme monumentale.
Situé à Borger, dans la province de Drenthe, cet impressionnant tombeau préhistorique cache une histoire étonnante. Ses blocs rocheux sont arrivés de Scandinavie grâce aux glaciers, ses constructeurs ont disparu depuis des millénaires et, malgré plusieurs siècles d’intérêt archéologique, une grande partie de sa chambre funéraire n’a jamais été véritablement explorée.
Le Hunebed D27, un tombeau mégalithique vieux de plus de 5 000 ans à Borger, aux Pays-Bas. Crédit photo Luke McKernan (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- Le Hunebed D27 se trouve à Borger, dans la province de Drenthe, aux Pays-Bas.
- Avec ses 22,6 mètres de long et 4,1 mètres de large, il constitue le plus grand hunebed du pays.
- Il a été construit au Néolithique, vers 3400 avant notre ère, par des populations de la culture des vases à entonnoir.
- Son plus gros bloc de couverture pèse environ 20 tonnes.
- Ses pierres ont été apportées naturellement depuis la Scandinavie par les glaciers, bien avant la construction du monument.
- Une première exploration documentée a eu lieu en 1685, mais l’intérieur du tombeau demeure en grande partie méconnu.
Le Hunebed D27, le plus grand dolmen des Pays-Bas
Les Pays-Bas ne sont pas particulièrement connus pour leurs monuments mégalithiques. Pourtant, la province de Drenthe possède une remarquable concentration de tombeaux préhistoriques appelés hunebedden, au singulier hunebed.
Ces constructions sont formées de grandes pierres dressées, appelées orthostates, qui soutiennent d’énormes dalles horizontales. Elles délimitent des chambres funéraires collectives dans lesquelles les populations du Néolithique déposaient leurs morts.
Le D27 domine cette famille de monuments par ses dimensions. Il mesure 22,6 mètres de long pour environ 4,1 mètres de large et possède neuf grandes pierres de couverture. La plus lourde est estimée à quelque 20 000 kilogrammes.
Ces chiffres en font un monument exceptionnel à l’échelle des Pays-Bas, mais pas le plus grand dolmen d’Europe. En France, par exemple, l’impressionnant dolmen de Bagneux, près de Saumur, dépasse lui aussi les 20 mètres de longueur et possède des dalles encore plus massives.
Le Hunebed D27 reste néanmoins une réalisation considérable pour une société qui ne disposait ni de grues, ni d’engins motorisés, ni même de véhicules à roues utilisés comme les nôtres.
Les énormes blocs de pierre qui composent le Hunebed D27. Crédit photo Hein56didden (CC BY-SA 4.0).
Des pierres géantes venues de Scandinavie grâce aux glaciers
L’une des particularités les plus surprenantes du Hunebed D27 concerne l’origine de ses pierres. Ces énormes rochers ne proviennent pas de carrières voisines, mais de régions situées bien plus au nord de l’Europe.
Au cours d’une glaciation, il y a environ 150 000 ans, d’immenses masses de glace ont progressé depuis la Scandinavie jusqu’au territoire des Pays-Bas actuels. Elles ont entraîné des blocs rocheux arrachés au sous-sol scandinave, notamment dans des régions correspondant aujourd’hui au sud de la Finlande.
Lorsque les glaciers ont fondu et reculé, ils ont abandonné ces pierres erratiques dans les paysages de Drenthe.
Plus de cent mille ans après leur arrivée, les habitants du Néolithique ont trouvé ces énormes blocs à leur disposition. Ils les ont déplacés, redressés et assemblés pour construire leurs monuments funéraires.
Les glaciers avaient donc assuré la première partie du transport, mais le travail le plus délicat restait à accomplir.
Comment ces populations ont-elles réussi à soulever des pierres de plusieurs tonnes ? Les archéologues envisagent notamment l’utilisation de leviers en bois, de cordages, de rampes de terre et de systèmes permettant de faire glisser ou basculer progressivement les blocs.
Ces méthodes restent des hypothèses de reconstruction, car aucun mode d’emploi préhistorique n’a évidemment traversé les millénaires.
Ailleurs en Europe, d’autres communautés néolithiques ont réalisé des constructions comparables. Au Pays basque espagnol, le dolmen de Sorginetxe montre ainsi une architecture plus modeste, mais tout aussi révélatrice de la maîtrise des grandes pierres par les bâtisseurs préhistoriques.
Le Hunebed D27 à Borger, le plus grand dolmen des Pays-Bas. Crédit photo Richard Broekhuijzen (CC BY-SA 4.0).
Un tombeau construit il y a plus de 5 000 ans
Le Hunebed D27 est généralement daté des environs de 3400 avant J.-C., au cours du Néolithique.
Ses constructeurs appartenaient à la culture des vases à entonnoir, également appelée culture TRB, d’après l’allemand Trichterbecherkultur.
Cette civilisation préhistorique, présente dans plusieurs régions du nord de l’Europe, doit son nom à des récipients en céramique dont le col s’évase en forme d’entonnoir.
Ces populations vivaient principalement de l’agriculture et de l’élevage. Elles cultivaient notamment des céréales, élevaient des animaux domestiques et construisaient des habitations permanentes.
Leurs grands tombeaux collectifs témoignent de pratiques funéraires élaborées et d’une organisation sociale capable de mobiliser de nombreuses personnes autour d’un même chantier.
Contrairement à l’apparence actuelle des hunebedden, qui évoquent de gigantesques tables de pierre à ciel ouvert, ces monuments étaient généralement recouverts d’un tertre de terre, ne laissant apparaître que leur entrée.
La chambre funéraire pouvait ainsi être dissimulée sous une butte artificielle, tandis qu’un passage permettait d’y accéder pour de nouvelles inhumations.
Cette architecture rappelle, dans son principe, le monumental tombeau de Newgrange en Irlande, autre construction néolithique âgée de plus de 5 000 ans, dont le couloir conduit à une chambre enfouie sous un immense tumulus.
Au Hunebed D27, l’éventuel tertre d’origine a disparu depuis longtemps. Les pierres visibles aujourd’hui ne donnent donc probablement qu’une idée partielle de l’apparence du monument lorsqu’il était utilisé.
Vue d’ensemble du monument mégalithique de Borger. Crédit photo Gouwenaar (CC BY-SA 4.0).
Les Pays-Bas conservent d’autres témoignages spectaculaires de ces anciennes pratiques funéraires. À Tiel, des archéologues ont notamment découvert un étonnant sanctuaire préhistorique surnommé le Stonehenge hollandais. Vieux d’environ 4 000 ans, cet ensemble de tumulus et de structures en bois aurait servi à la fois de lieu de sépulture et de calendrier solaire. Un autre monument monumental, mais construit bien après les grands dolmens de Drenthe.
Un tombeau préhistorique encore largement inexploré
L’histoire archéologique du Hunebed D27 réserve une autre surprise.
En 1685, alors que l’archéologie moderne n’existait pas encore, Titia Brongersma, une poétesse néerlandaise, a participé à une exploration du monument. Cette intervention est considérée comme la première fouille documentée d’un hunebed des Pays-Bas.
Les investigations sont toutefois restées limitées à une petite partie du tombeau.
Au fil des siècles, d’autres personnes ont tenté de creuser autour ou à l’intérieur du monument, parfois sans aucune autorisation. Ces interventions ont perturbé certains vestiges sans apporter les connaissances qu’aurait permises une fouille scientifique complète.
Au XXe siècle, l’archéologue néerlandais Albert Egges van Giffen a étudié et documenté le D27. Il a notamment recensé les pierres et leur disposition, constatant que plusieurs dalles de couverture n’occupaient plus leur position d’origine.
Malgré ces travaux, la chambre funéraire n’a jamais été intégralement fouillée selon les méthodes archéologiques modernes.
La partie souterraine demeure fermée et les chercheurs ignorent précisément ce qu’elle contient encore.
Il serait toutefois trompeur d’imaginer qu’un trésor intact attend nécessairement sous les pierres. Des perturbations anciennes ont eu lieu et rien ne garantit la conservation de sépultures ou d’objets exceptionnels.
Mais cette relative absence de fouilles constitue aussi une particularité précieuse : une partie du contexte archéologique pourrait avoir été préservée, dans l’attente d’éventuelles recherches futures.
Cette évolution des monuments funéraires au fil du temps est également visible sur le dolmen d’Aizkomendi, dans le Pays basque espagnol, dont une partie du tumulus a été retirée et dont l’aspect actuel diffère sensiblement de sa construction originelle.
Vue de l’intérieur du Hunebed D27, un tombeau mégalithique vieux de plus de 5 000 ans à Borger, aux Pays-Bas. Crédit photo Luke McKernan (CC BY-SA 2.0).
Pourquoi les Néerlandais associaient-ils ces dolmens à des géants ?
Le terme hunebed raconte lui aussi une petite histoire.
Pendant des siècles, les habitants de la région ont eu du mal à imaginer comment des êtres humains ordinaires auraient pu déplacer et assembler des pierres aussi lourdes.
Selon une ancienne croyance populaire, ces constructions ne pouvaient être que l’œuvre de géants, appelés huynen ou hunen.
C’est de cette tradition que vient le nom des hunebedden, généralement interprété comme des « lits de géants ».
Une explication assez compréhensible à une époque où personne ne disposait de connaissances précises sur les techniques du Néolithique.
Les archéologues ont depuis remplacé les géants par des communautés d’agriculteurs préhistoriques, mais la prouesse technique reste impressionnante.
Le Hunebed D27, un monument mégalithique vieux de plus de 5 000 ans à Borger, aux Pays-Bas. Crédit photo Luke McKernan (CC BY-SA 2.0).
Visiter le Hunebed D27 à Borger
Le Hunebed D27 se trouve dans le village de Borger, au cœur de la province de Drenthe, dans le nord-est des Pays-Bas.
Le monument est situé à quelques pas du Hunebedcentrum, un musée consacré aux mégalithes, à la préhistoire régionale et aux populations qui ont construit ces tombeaux.
Contrairement à la visite du musée, l’accès au dolmen lui-même est gratuit. Il est possible de l’observer même lorsque le Hunebedcentrum est fermé.
Le site constitue également un bon point de départ pour découvrir d’autres hunebedden de la région, ainsi que les paysages du Hondsrug, un territoire marqué par les anciennes glaciations.
Adresse : Hunebedstraat 27, 9531 JT Borger, Pays-Bas.
Coordonnées GPS : 52.93020, 6.79743
Voici la position sur Google Maps:
Le monument est ainsi devenu l’un des témoignages les plus emblématiques du Néolithique néerlandais. Et si ses imposantes pierres attirent immédiatement le regard, ce sont peut-être les vestiges encore enfouis sous elles qui représentent aujourd’hui son plus grand intérêt archéologique.
Sources pour aller plus loin
- Hunebedcentrum – Le plus grand dolmen des Pays-Bas
- Hunebedcentrum – Histoire et construction des hunebedden
- Museum.nl – Le Hunebed D27, ses dimensions et son histoire archéologique
- Hunebeddeninfo – Inventaire archéologique et historique du D27







