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La mouche du pétrole, la seule espèce d’insecte capable de se développer dans le pétrole brut

Diasemocera petrolei , alias la mouche du pétrole, est un insecte étonnant qui non seulement survit dans le pétrole, une substance hautement toxique pour les autres animaux, mais y prospère aussi.

Depuis des dizaines de milliers d’années, les suintements d’asphalte naturel de La Brea, près de Los Angeles en Californie, constituent un piège redoutable pour la faune. Insectes, oiseaux et mammifères s’y sont retrouvés englués, permettant la conservation d’un extraordinaire registre de la vie du Pléistocène. Mais une minuscule espèce d’insecte a fait exactement l’inverse : elle s’est adaptée à cet environnement toxique et l’utilise comme habitat.

Mouche du pétrole adulte Diasemocera petrolei, aussi appelée Helaeomyia petrolei
Mouche du pétrole adulte, photographiée à Coal Oil Point Reserve en Californie. Crédit photo Michael S. Caterino et Cristina Sandoval / Santa Barbara Museum of Natural History (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • La mouche du pétrole est le seul insecte connu dont les larves peuvent accomplir leur développement dans du pétrole brut ou de l’asphalte naturel.
  • Les larves avalent beaucoup d’asphalte, mais elles ne se nourrissent pas de pétrole : leurs proies sont surtout les insectes et autres arthropodes englués.
  • L’espèce a été décrite scientifiquement en 1899 sous le nom Psilopa petrolei.
  • Une révision taxonomique de 2018 la place sous le nom Diasemocera petrolei, tandis que Helaeomyia petrolei reste encore largement employé.
  • Les bactéries vivant dans le tube digestif des larves intéressent également les chercheurs en raison de leur adaptation à cet environnement extrême.

La mouche du pétrole, une curiosité biologique

La mouche du pétrole, un insecte volant de la taille d’une mouche à fruits, est la seule espèce d’insecte connue qui peut non seulement survivre dans l’asphalte naturel des fosses de goudron de La Brea, mais qui y réside réellement. Ses larves se développent dans le pétrole visqueux tandis que les mouches adultes passent la majeure partie de leur vie à se promener à la surface des fosses de goudron à la recherche de nourriture. Evidemment, personne n’aurait envie d’utiliser ces larves pour un caviar aztèque.

William Homan Thorpe, éminent zoologiste, éthologue et ornithologue britannique, a qualifié cette mouche de l’une des grandes curiosités biologiques du monde. La capacité de ses larves à supporter un milieu aussi riche en hydrocarbures reste particulièrement étonnante : elles peuvent avaler de grandes quantités d’asphalte sans subir les effets toxiques que l’on attendrait chez la plupart des animaux. Mais contrairement à ce que leur nom pourrait laisser croire, elles ne tirent pas leur nourriture du pétrole.

Larve de mouche du pétrole Diasemocera petrolei


Larve de mouche du pétrole, Diasemocera petrolei. Crédit photo Michael S. Caterino et Cristina Sandoval / Santa Barbara Museum of Natural History (CC BY-SA 3.0).

Les larves de la mouche du pétrole passent leur développement dans l’asphalte liquide, où elles chassent principalement des insectes et d’autres arthropodes qui se sont retrouvés englués à la surface. Elles respirent grâce à des structures situées à l’extrémité postérieure de leur corps, qu’elles peuvent maintenir au contact de l’air lorsqu’elles se déplacent juste sous la surface.

En dévorant leurs proies, elles avalent également de grandes quantités de pétrole et d’asphalte, au point que leur tube digestif sombre est visible à travers leur corps translucide. Les expériences nutritionnelles montrent toutefois qu’elles ne peuvent pas vivre du pétrole seul : celui-ci traverse leur appareil digestif tandis que la matière animale leur fournit leur nourriture.

Leur résistance reste spectaculaire. La température à la surface de l’asphalte peut atteindre environ 37 à 38 °C en été. Des expériences anciennes ont également montré que les larves supportaient une exposition à des mélanges contenant 50 % de térébenthine ou 50 % de xylène sans effet apparent.

L’asphalte semble aussi jouer un rôle protecteur contre le dessèchement de leur enveloppe très fine. Une sorte de crème protectrice naturelle, donc, mais dont il vaut probablement mieux ne pas demander la composition au rayon cosmétique.

Suintement d’asphalte naturel aux La Brea Tar Pits à Los Angeles
Suintement d’asphalte naturel aux La Brea Tar Pits de Los Angeles, milieu dans lequel vivent les larves de la mouche du pétrole. Crédit photo Daniel Schwen (CC BY-SA 2.5).

Les larves ne quittent les puits de pétrole que pour se nymphoser, optant généralement pour les tiges d’herbe au bord de la mare. Les mouches à pétrole matures ont des ailes, mais elles les utilisent rarement, passant leur temps à se promener à la surface des puits de goudron de La Brea. Bien que leurs pattes soient parfaitement équipées pour naviguer dans le liquide toxique, si leur corps ou leurs ailes entrent en contact avec le liquide visqueux, elles sont tout aussi vulnérables que n’importe quel autre insecte et peuvent devenir la nourriture de leurs propres larves.

Les larves vivant dans ces nappes de pétrole étaient déjà connues des professionnels du pétrole avant que l’espèce ne soit décrite scientifiquement en 1899 par l’entomologiste Daniel William Coquillett, sous le nom Psilopa petrolei.

La nomenclature a ensuite évolué. Le nom Helaeomyia petrolei a longtemps été largement utilisé et reste encore employé par les La Brea Tar Pits ainsi que dans des publications scientifiques récentes. Une révision taxonomique publiée en 2018 a cependant replacé l’espèce dans le genre Diasemocera, sous le nom Diasemocera petrolei.

Les microbes vivant dans ces larves sont presque aussi intéressants que leur hôte. Une étude publiée fin 2024 dans la revue Antonie van Leeuwenhoek et parue dans le volume 2025 a réanalysé plusieurs bactéries isolées de leur tube digestif. Les chercheurs y ont trouvé des profils inhabituels de résistance aux antibiotiques, notamment des mécanismes pouvant également aider ces bactéries à supporter les hydrocarbures et d’autres composés toxiques.

Ce type d’adaptation rappelle combien certains environnements chimiquement hostiles peuvent abriter des communautés biologiques très particulières. C’est également le cas dans cette grotte sulfureuse où tout un écosystème repose sur des microorganismes adaptés au soufre.

Vidéo de Diasemocera petrolei

Animal ayant subi une évolution particulière pour s’adapter à un milieu hostile à l’instar du poisson des glaces, voici une vidéo sur la mouche du pétrole et sa mystérieuse adaptation:

Sources pour aller plus loin

Autre insecte mystérieux, découvrez également la punaise assassine avec sa carapace de cadavres.

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