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Žorik, le chien errant auquel Tallinn a érigé une statue de son vivant

Dans les rues de Tallinn, en Estonie, un chien errant a passé plus d’une décennie à échapper aux agents chargés de capturer les animaux sans maître. Pourtant, loin d’être considéré comme un problème par les habitants, Žorik était devenu une véritable célébrité locale. À tel point qu’une statue a été érigée en son honneur en octobre 2020, alors qu’il était encore vivant.

Avec sa tête sombre, son pelage noir et blanc et son caractère farouchement indépendant, Žorik avait gagné l’affection de tout un quartier sans jamais vraiment accepter d’être domestiqué. Nourri et protégé par ses voisins, ce chien des rues est devenu un symbole de solidarité et de liberté, avant de finir ses jours à la campagne.

Žorik, le chien errant noir et blanc devenu célèbre à Tallinn, en Estonie
Žorik, le célèbre chien errant de Tallinn. Crédit photo Alfredest01 (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Žorik (2007-2022) était un chien errant célèbre dans les quartiers de Kalamaja et de Kopli, au nord de Tallinn.
  • Surnommé le « chien fantôme », il a réussi pendant des années à échapper aux tentatives de capture.
  • Il était nourri et surveillé par les habitants, tout en conservant une grande méfiance envers les humains.
  • Une statue réalisée par Kain Rezev a été inaugurée le 4 octobre 2020, alors que Žorik était encore en vie.
  • Devenu âgé et malade, il a été recueilli à la campagne avant de mourir en janvier 2022.

Žorik, le chien fantôme de Tallinn

Né en 2007 dans le quartier de Kalamaja, Žorik aurait d’abord vécu auprès d’un homme âgé. À la mort de son propriétaire, alors qu’il était encore jeune, il s’est retrouvé livré à lui-même dans les rues du nord de la capitale estonienne.

Il a ensuite parcouru pendant des années les environs du port de Paljassaare, les rues de Kopli, les garages et les parkings du quartier. À cette époque, les chiens errants étaient devenus relativement rares à Tallinn, mais Žorik semblait bien décidé à poursuivre sa vie en liberté.

Les habitants l’appelaient parfois le « chien fantôme », tant il était difficile à approcher. Chaque fois que les services de capture tentaient de l’attraper, il parvenait à disparaître.

Il avait également reçu le surnom russe d’Ugoljok, ou « petit morceau de charbon », en référence à sa tête sombre qui contrastait avec les parties blanches de son pelage.

Malgré cette méfiance, Žorik n’était pas connu pour être agressif. Il gardait simplement ses distances, probablement marqué par des expériences difficiles avec les humains.

Cette obstination à rester libre rappelle, dans un tout autre contexte, l’histoire d’Emily, la vache échappée d’un abattoir du Massachusetts. Restée insaisissable pendant 40 jours en 1995, elle avait elle aussi gagné le soutien des habitants avant d’être recueillie, puis immortalisée par une statue.

Un chien sans maître, mais pas sans amis

Si Žorik refusait de se laisser capturer, il n’était pas pour autant abandonné de tous.

Les pêcheurs du port lui apportaient de la nourriture et lui trouvaient parfois un endroit où dormir. Dans le quartier de Kalamaja, des habitants surveillaient ses déplacements, lui donnaient à manger et s’inquiétaient lorsqu’ils ne le voyaient plus.

On pouvait notamment l’apercevoir près du centre commercial Arsenal, où il avait pris ses habitudes.

Le chien était devenu une figure familière aussi bien pour les retraités russophones que pour les jeunes Estoniens installés dans ce quartier populaire en pleine transformation. Il faisait partie du paysage quotidien, au-delà des différences sociales et linguistiques.

Sa popularité était telle qu’un café a même adopté son nom.

Žorik entretenait également des relations étonnamment paisibles avec les chats du voisinage. Il lui arrivait de dormir à leurs côtés et, selon plusieurs témoignages locaux, de veiller sur eux.

Ce n’est pas sans rappeler Tombili, le célèbre chat errant d’Istanbul, devenu une véritable mascotte de quartier avant d’être lui aussi immortalisé par une sculpture.

Une statue érigée pour Žorik alors qu’il était encore vivant

Avec les années, la santé du chien a commencé à décliner. Son ouïe se dégradait et il prenait de plus en plus de risques sans en avoir conscience.

En 2020, des habitants ont notamment signalé qu’il s’endormait sur des voies ferrées, des lignes de tramway ou au bord des routes. Les conducteurs du quartier connaissaient heureusement bien ce vagabond à quatre pattes, mais la situation devenait dangereuse.

Des bénévoles de la protection animale ont alors organisé sa prise en charge afin qu’il puisse terminer sa vie dans un environnement plus sûr.

Son départ a laissé un vide dans le quartier. Sous l’impulsion du militant de la protection animale Heiki Valner, une collecte a été organisée pour ériger une statue en son honneur.

Soixante et une personnes ont participé au financement, complété par des contributions de l’association Loomapäästegrupp, du centre Arsenal et de l’initiateur du projet.

Le monument a été réalisé par le sculpteur estonien Kain Rezev, de l’atelier Skulptuurikoda.

Il a été inauguré le 4 octobre 2020, à l’occasion de la Journée mondiale des animaux, devant le centre commercial Arsenal, dans le quartier où Žorik avait si longtemps vécu.

Statue de Žorik et du petit chat à ses pattes devant le centre Arsenal à Tallinn


La statue de Žorik devant le centre commercial Arsenal à Tallinn, œuvre du sculpteur Kain Rezev. Crédit photo Alfredest01 (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi un chat accompagne-t-il Žorik sur sa statue ?

La sculpture représente le chien assis, avec ses oreilles dressées et son museau hirsute. Entre ses pattes avant se trouve un petit chat.

Ce détail n’est pas une fantaisie du sculpteur. Il rappelle les liens que Žorik entretenait avec les chats errants de Kalamaja, avec lesquels il partageait parfois ses lieux de repos.

Le monument ne célèbre d’ailleurs pas uniquement Žorik. Il rend également hommage à tous les animaux abandonnés et invite les propriétaires à prendre leurs responsabilités envers leurs compagnons.

Recevoir une statue de son vivant reste un honneur exceptionnel pour un chien. En 1925, Balto, le chien de traîneau héros de la course au sérum en Alaska, avait connu cette consécration à Central Park, à New York.

Žorik, lui, n’avait participé à aucune mission de sauvetage spectaculaire. Son exploit avait simplement été de survivre pendant des années dans les rues tout en gagnant l’affection de ses voisins.

Une retraite à la campagne pour le vieux chien errant

Après tant d’années passées à parcourir librement les rues de Tallinn, Žorik a finalement dû accepter une existence plus tranquille.

En 2020, il a été confié à des personnes qui ont pris soin de lui à la campagne, dans la région de Maardu, à l’est de Tallinn. Il disposait notamment d’un enclos extérieur où il pouvait se reposer en sécurité.

Ce changement n’a pas immédiatement effacé ses habitudes. Selon des témoignages rapportés par la presse estonienne, Žorik a même réussi à s’échapper de son nouveau lieu de vie pour explorer les environs.

Un vieux routard des rues ne prend manifestement pas sa retraite aussi facilement.

Žorik dans son enclos à la campagne après avoir quitté les rues de Tallinn
Žorik dans son enclos à la campagne, après avoir quitté les rues de Tallinn. Crédit photo Alfredest01 (CC BY-SA 4.0).

Ce chien errant souffrait cependant de plusieurs problèmes de santé liés à son âge. En septembre 2020, il avait notamment survécu à des crises convulsives et à un coma qui avaient sérieusement inquiété les bénévoles.

Il a finalement passé les derniers mois de sa vie entouré de personnes attentives à son bien-être.

La mort de Žorik et l’hommage des habitants

Žorik est mort le 17 janvier 2022, à un âge estimé à environ 15 ans.

La disparition de cet ancien chien des rues a provoqué une véritable émotion dans le nord de Tallinn.

Des pêcheurs locaux ont organisé une veillée aux chandelles près de sa statue, tandis que des habitants venaient déposer des fleurs en mémoire de celui qui avait partagé leur quotidien pendant tant d’années.

La télévision estonienne a également filmé ces hommages.

Žorik était considéré comme l’un des derniers représentants d’une ancienne population de chiens vivant librement autour du port de Tallinn. Avec lui disparaissait aussi un petit morceau de l’histoire populaire du quartier.

Son histoire rejoint celle d’autres animaux devenus les symboles de leur ville. En Irlande, Fungie, le dauphin de Dingle, a lui aussi été immortalisé par une statue après avoir marqué pendant plusieurs décennies la vie des habitants et des visiteurs.

Où voir la statue de Žorik à Tallinn ?

La statue se trouve devant le centre commercial Arsenal, au 16 rue Erika (Erika 16), dans le secteur de Põhja-Tallinn, au nord-ouest du centre historique de Tallinn.

Ses coordonnées GPS sont : 59.452139, 24.717687. Voici sa position sur Google Maps:

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Installée dans l’espace extérieur du centre commercial, elle est accessible librement. L’arrêt de bus Erika se trouve à proximité et l’arrêt de tramway Angerja est accessible à pied.

Le monument rappelle qu’il n’est pas nécessaire d’être un chien de race, un héros ou même un animal particulièrement affectueux pour laisser une trace dans l’histoire d’une ville.

Žorik n’appartenait à personne, mais il avait fini par appartenir un peu à tout le monde.

Sources pour aller plus loin

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