Les créations de Vanessa Hogge donnent l’impression d’avoir poussé toutes seules sur des vases, des coupes ou des murs. En réalité, rien n’y est spontané : l’artiste travaille dans son studio de Cockpit Arts Deptford à Londres et façonne à la main, une à une, des fleurs en porcelaine et en argile noire dont chaque pétale et chaque étamine sont sculptés séparément. Le résultat oscille entre la botanique, l’ornement et la sculpture, avec une légèreté visuelle qui fait presque oublier la discipline qu’exige la céramique.
Ce qui frappe d’abord, c’est la densité du travail. Vanessa Hogge ne se contente pas de poser quelques corolles décoratives sur une surface neutre : elle recouvre certains vases de centaines de pétales, jusqu’à faire disparaître presque complètement l’objet de départ sous une floraison de porcelaine. Ses pièces vont de petites compositions assemblées en quelques heures à de grands vases nécessitant des semaines de travail. Cette patience extrême donne à ses œuvres une présence très particulière, à mi-chemin entre l’objet décoratif et la prolifération végétale.
Elle explique:
Les fleurs efflorescentes sont créées en porcelaine et en argile noire, et sont cuites à haute température pour créer des nuances cassantes et ossifiées de blanc et de noir semblables à de la lave.
Son univers n’est pourtant pas seulement technique. Sur son site, l’artiste dit puiser dans sa passion pour le monde botanique, mais aussi dans des influences aussi diverses que Frida Kahlo, la peinture miniature indienne ou Marianne North. Cela se sent dans ses fleurs : elles ne cherchent pas la copie botanique froide, mais une forme plus libre, plus sensuelle, parfois presque baroque. Dahlias, chrysanthèmes, marguerites, hortensias ou daphnés deviennent sous ses mains des motifs en expansion, comme si la porcelaine avait décidé de se comporter en liane.
Cette manière d’utiliser la fleur comme matière sculpturale la rapproche d’autres artistes que vous avez déjà croisés sur 2tout2rien. On pense par exemple à ces bouquets en porcelaine d’un réalisme presque troublant, ou à des pièces où la céramique prend elle aussi des allures organiques. Mais chez Vanessa Hogge, l’effet est différent : il ne s’agit pas tant de reproduire la nature que de la laisser envahir l’objet, jusqu’à faire naître une sorte de luxuriance contrôlée. Et quand la porcelaine devient plus nerveuse, plus colorée ou plus hérissée, cela peut aussi faire écho à certaines porcelaines plus épineuses et plus explosives que florales.
Ses fameuses wallflowers (fleurs en porcelaine murales) résument bien cette approche. Accrochées au mur, elles ressemblent moins à de simples fleurs décoratives qu’à des surgissements minéraux et végétaux, comme si une floraison s’était figée en plein mouvement. Ses vases, eux, conservent quelque chose de plus ambigu encore : ce sont des contenants, oui, mais des contenants presque submergés par leur propre ornement. L’objet utilitaire s’efface peu à peu derrière la poussée des pétales. C’est sans doute là que son travail devient le plus réussi : lorsqu’il garde un pied dans l’art décoratif tout en glissant franchement vers la sculpture.
Avec Vanessa Hogge, la porcelaine perd donc son image de matière sage et bien élevée. Elle devient foisonnante, presque envahissante, sans jamais perdre sa délicatesse. Et c’est précisément ce contraste qui donne tant de force à ses pièces : elles ont la fragilité de la fleur, mais aussi l’obstination d’une plante qui aurait trouvé le moyen de fleurir dans la terre la moins probable qui soit, un four de céramiste.
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Vanessa Hogge.
• Le compte Instagram de l’artiste.
• Son site web
• This Is Colossal
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