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Eugène Atget, le photographe du vieux Paris entre XIXe et XXe siècle

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, Eugène Atget a photographié un Paris qui disparaissait déjà sous ses yeux : rues anciennes, vitrines, cours, petits métiers, escaliers, façades, pavés, chiffonniers et silhouettes populaires. Né à Libourne en 1857 et mort à Paris en 1927, il est aujourd’hui considéré comme l’un des grands témoins photographiques du vieux Paris, mais il se présentait lui-même avec une modestie presque désarmante : “Documents pour artistes”. Autrement dit, pas “génie moderne en devenir”, mais fournisseur de matière visuelle pour peintres, architectes, décorateurs et amateurs d’histoire. La postérité, elle, a fini par faire un peu plus de bruit.

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Musiciens de rue, 1898. (Eugène Atget / Metropolitan Museum of Art)

À retenir : Eugène Atget est un photographe français du vieux Paris, actif surtout entre les années 1890 et 1920. Son travail documente les quartiers anciens, les petits métiers et les rues menacées par les transformations urbaines. Ces 19 clichés de Paris montrent une capitale entre deux époques : encore marquée par ses ruelles, ses artisans et ses devantures, mais déjà engagée dans le XXe siècle.

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Pavage de rue, 1899. (Eugène Atget / Library of Congress)

Qui était Eugène Atget ?

Eugène Atget n’a pas commencé sa vie comme photographe. Avant de se consacrer à l’image, il a connu plusieurs métiers, dont une carrière d’acteur peu concluante. Vers 1890, il ouvre un commerce de photographie et propose des images comme documents préparatoires pour les artistes. L’enseigne de son atelier parisien annonçait justement “Documents pour artistes”, formule qui résume bien son ambition initiale : produire des images utiles, précises, consultables, avant même qu’elles soient vues comme des œuvres.

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Chiffonnier, 1899. (Eugène Atget / Getty Center)

C’est ce qui rend son travail si particulier. Atget ne cherche pas l’effet spectaculaire ni la jolie carte postale immédiatement séduisante. Il photographie souvent frontalement, méthodiquement, avec une attention presque obstinée pour les détails ordinaires : une vitrine, une cour, une rue, un escalier, une enseigne. Dans un autre registre, des photos couleur de Paris vers 1900 montrent une capitale plus lumineuse, plus directement pittoresque ; Atget, lui, travaille surtout le noir et blanc, le silence des rues et la mémoire des lieux.

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Rue De La Montagne. (Eugène Atget / Los Angeles County Museum of Art)

Le vieux Paris avant qu’il ne disparaisse

Vers 1897-1898, Atget entreprend de photographier systématiquement les quartiers anciens de Paris appelés à disparaître. Ses images documentent le vieux Paris en cours de disparition, après les grands bouleversements urbains liés notamment aux transformations haussmanniennes. Il photographie donc moins une ville figée qu’une ville déjà menacée, comme si chaque rue pouvait devenir archive au moment même où il posait sa chambre photographique.

19-cliches-de-Paris-fin-du-XIX-et-debut-du-XXeme-siecle-par-Eugene-Atget-5 : Rue des Nonnains d'Hyères, 1900
Rue des Nonnains d’Hyères, 1900. (Eugène Atget / Institut Valencia d’Art Modern)

Cette dimension documentaire explique la force de ses images. Quand Atget photographie la rue des Nonnains-d’Hyères, la Cour de Rohan, une vitrine avenue des Gobelins, un pavage de rue ou l’escalier de Montmartre, il ne cherche pas seulement une belle composition : il conserve un fragment de Paris avant transformation. Cela donne à ces clichés une valeur historique très forte, mais aussi une sorte de mélancolie urbaine. Le Paris d’Atget n’est pas encore celui des voitures, des grands flux modernes et de la capitale touristique saturée d’images ; c’est une ville plus lente, plus rugueuse, plus proche du sol.

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Coin de la rue de Seine et de la rue de l’Echaudé. (Eugène Atget / Getty Center)

Des rues, des métiers et des silhouettes populaires

Dans cette série, Atget montre aussi des musiciens de rue, un chiffonnier, des chiffonniers porte d’Ivry, un atelier de métallurgie passage de la Réunion, une boucherie chevaline rue Christine, ou encore des scènes plus dures de la Villette et de la rue Asselin. On est loin d’un Paris décoratif réduit à ses monuments. Ce Paris-là travaille, vend, récupère, répare, attend, traîne dans les rues et occupe les marges.

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Boulevard de Strasbourg, 1910. (Eugène Atget / Metropolitan Museum of Art)

C’est d’ailleurs ce qui rend Atget si précieux pour qui cherche des photos de Paris vers 1900. Il ne photographie pas seulement les lieux célèbres ; il s’intéresse aux métiers modestes, aux passages, aux cours, aux vitrines, aux façades secondaires. Dans la même logique de petits témoignages visuels sur une époque, les cartes postales anciennes de la Bretagne rurale vers 1900 montrent elles aussi comment une série d’images ordinaires peut finir par raconter tout un monde social.

19-cliches-de-Paris-fin-du-XIX-et-debut-du-XXeme-siecle-par-Eugene-Atget-8 : Chiffonniers, Porte d'Ivry, vers 1910.


Chiffonniers, Porte d’Ivry, vers 1910. (Eugène Atget / Musée Métropolitain d’Art)

Atget, photographe de Paris plutôt que photographe de monuments

Atget n’ignore pas les beaux lieux, mais il ne photographie pas Paris comme un catalogue touristique. Il s’est attaché aux ruelles anciennes, aux devantures, aux détails architecturaux, aux escaliers et aux vendeurs de rue. Ce sont précisément ces sujets, parfois discrets, qui donnent aujourd’hui à son œuvre une telle puissance documentaire.

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Atelier de métallurgie, passage de la Réunion, 1911. (Eugène Atget / Getty Center)

Cette manière de regarder explique aussi pourquoi ses photos intéressent encore les historiens de l’urbanisme, les amateurs de photographie et les amoureux du Paris ancien. On y trouve moins la ville spectaculaire que la ville réelle : celle des pavés, des ateliers, des commerces, des cours intérieures et des façades ordinaires. À côté des grands panoramas officiels, Atget donne une importance immense à ce que l’on aurait pu considérer comme secondaire. Et, comme souvent, c’est précisément ce secondaire qui finit par devenir irremplaçable.

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Boucherie chevaline, rue Christine, v. 1920. (Eugène Atget / Metropolitan Museum of Art)

Une photographie documentaire devenue œuvre d’art

Le paradoxe d’Atget est là : il voulait d’abord produire des documents utiles, mais ses images ont fini par nourrir l’histoire de l’art et de la photographie moderne. Le MoMA conserve aujourd’hui plusieurs milliers d’œuvres d’Atget en ligne et a consacré une exposition à ses “Documents pour artistes”, preuve que ces images pensées comme outils sont devenues des références majeures.

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Rue de l’Hôtel de Ville, 1921. (Eugène Atget / Getty Center)

Cette bascule est passionnante. Atget photographie avec une méthode d’artisan, mais son regard a influencé des générations de photographes. Il est même considéré aujourd’hui comme le père de la photographie moderne, tout en rappelant que son œuvre est conservée dans de grandes institutions à Paris et à New York. Pas mal pour quelqu’un qui vendait des documents visuels comme on fournit des matériaux à d’autres créateurs. Un précurseur qui a malheureusement fini dans la misère bien qu’ayant vendu certaines de ses œuvres.

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La Villette, prostituée en 1921. (Eugène Atget / Wikimedia Commons)

Une capitale entre XIXe et XXe siècle

Les clichés d’Atget se situent exactement dans cette zone de transition qui plaît beaucoup aux amateurs d’histoire visuelle : la fin du XIXe siècle, les années 1900, puis les années 1910 et 1920. Le Paris qu’il photographie n’est déjà plus tout à fait celui d’avant Haussmann, mais il conserve encore des poches anciennes, des rues étroites, des boutiques, des cours et des métiers que la modernisation va peu à peu effacer.

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La Villette, rue Asselin, prostituée devant sa porte, 1921. (Eugène Atget / Musée d’Orsay)

Ces images sont une passerelle entre photographie du XIXe siècle et Paris du début du XXe siècle. Pour prolonger ce regard sur la capitale quelques années plus tard, le de Paris de 1920 par Pierre Yves Petit, dit Yvon, offre un contrepoint intéressant : une autre manière de voir la ville, plus proche de la carte postale urbaine, alors qu’Atget reste davantage du côté de l’inventaire patient et parfois presque fantomatique.

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Cour de Rohan, 1922. (Eugène Atget / Getty Center)

Pourquoi Eugène Atget reste un photographe connu du XXe siècle

Atget peut figurer comme photographe connu du 20ème siècle. Il traverse les deux périodes : il commence son travail à la fin du XIXe siècle et continue jusqu’aux années 1920. Son œuvre appartient donc à la fois à l’histoire de la photographie ancienne et à la naissance du regard photographique moderne. La BnF le décrit comme un photographe de Paris documentant la ville et ses petits métiers, en maîtrisant le processus depuis les repérages jusqu’aux tirages et annotations.

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Trois femmes devant une porte de la rue Asselin, 1924. (Eugène Atget / Metropolitan Museum of Art)

Ce sérieux artisanal est essentiel. Atget ne se contente pas de prendre des vues ; il classe, organise, produit des séries. Sa photographie a donc quelque chose d’un inventaire, mais un inventaire avec une âme. On comprend mieux pourquoi ses images parlent encore : elles sont précises sans être froides, documentaires sans être plates, anciennes sans être mortes. Et cela, pour une photo de pavés ou de vitrine, c’est tout de même un sacré tour de force.

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Cour, 7 rue de Valence, 1922. (Eugène Atget / Metropolitan Museum of Art)

Un Paris sans grands effets, mais avec une mémoire immense

Ce qui touche dans ces clichés de Paris par Eugène Atget, c’est justement leur retenue. Pas de monuments surjoués, pas de foule spectaculaire, pas de mise en scène lourde. Atget laisse les murs, les enseignes, les métiers et les rues parler pour lui. Ses images ressemblent parfois à des preuves, parfois à des souvenirs, parfois à des décors en attente d’un personnage qui vient de sortir du cadre.

19-cliches-de-Paris-fin-du-XIX-et-debut-du-XXeme-siecle-par-Eugene-Atget-17 : Escalier, Montmartre, 1924.
Escalier, Montmartre, 1924. (Eugène Atget / Getty Center)

Cette série raconte un moment précis de l’histoire urbaine : le passage d’un Paris ancien vers une capitale moderne, avec tout ce que ce basculement entraîne de disparition, de conservation et de nostalgie. Dans un autre domaine visuel du XIXe siècle, ces barbes et moustaches d’époque victorienne rappellent d’ailleurs combien les détails d’apparence, de rue ou de posture peuvent suffire à faire surgir toute une époque.

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Eugénie Buffet, v.1920. (Eugène Atget / Wikimedia Commons)

Pour conclure

Ces 19 clichés de Paris fin du XIXe et début du XXe siècle par Eugène Atget ne montrent pas seulement une capitale ancienne. Ils documentent un monde urbain en train de changer, avec ses pavés, ses boutiques, ses petits métiers, ses cours et ses rues menacées. Atget a photographié ce vieux Paris avec la patience d’un archiviste et l’œil d’un artiste qui ne voulait peut-être pas encore se l’avouer. Résultat : ses images restent aujourd’hui parmi les témoignages les plus précieux sur Paris autour de 1900. Et, comme souvent avec les grands photographes, il suffit d’une rue vide pour avoir l’impression que toute une ville respire encore.

19-cliches-de-Paris-fin-du-XIX-et-debut-du-XXeme-siecle-par-Eugene-Atget : Vitrine, avenue des Gobelins, 1925.
Vitrine, avenue des Gobelins, 1925. (Eugène Atget / Getty Center)

Sources pour aller plus loin

BnF Data – notice d’autorité d’Eugène Atget
MoMA – Eugène Atget, “Documents pour artistes”
MoMA – collection Eugène Atget
Paris Musées – Eugène Atget, poète photographe
Getty Museum – Eugène Atget et le vieux Paris
Metropolitan Museum of Art – Street Musicians d’Eugène Atget

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1 commentaire pour “Eugène Atget, le photographe du vieux Paris entre XIXe et XXe siècle”

  1. Retour de ping : Paris en 1920 par Pierre Yves Petit (Yvon) - 2Tout2Rien

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