C’est un projet de l’architecte italien Stefano Boeri qui s’appelle la Tour des Cèdres, un immeuble végétalisé avec des arbres prévu à Chavannes-près-Renens, dans l’ouest lausannois, en Suisse.
Sur le papier, l’idée est spectaculaire : une tour de 117 mètres, 36 étages, des centaines de logements et une façade capable d’accueillir de vrais arbres. Pas juste trois plantes vertes fatiguées au bord d’un balcon, donc, mais une architecture pensée comme une forêt verticale.
Le projet n’est toutefois pas une tour déjà achevée. Annoncée dès 2015, longtemps présentée comme une future icône verte de Lausanne, la Tour des Cèdres a été mise à l’enquête en 2024 dans une version actualisée. Il faut donc la regarder comme un projet architectural ambitieux, pas comme un immeuble déjà planté fièrement dans le ciel suisse.
À retenir
La Tour des Cèdres est un projet d’immeuble végétalisé imaginé par Stefano Boeri Architetti pour le quartier des Cèdres, à Chavannes-près-Renens, près de Lausanne.
Le projet prévoit une tour de 117 mètres et 36 étages, avec 252 appartements, 152 arbres et grands arbustes et environ 1293 m² de surface verte selon la présentation actuelle du quartier. Dans les premières annonces, le projet parlait de plus de 100 arbres, 6000 arbustes, 18000 plantes et 3000 m² de végétation, mais ces chiffres ont évolué avec la version mise à l’enquête.
L’intérêt de cette tour n’est donc pas seulement esthétique : elle pose aussi des questions très concrètes sur l’entretien, l’arrosage, le poids des plantations, le vent, la biodiversité et la réalité des promesses de l’architecture verte.
Un immeuble végétalisé de 117 mètres dans l’ouest lausannois
La Tour des Cèdres est prévue dans le quartier des Cèdres, à Chavannes-près-Renens, dans le canton de Vaud. Ce nouveau quartier se situe dans l’ouest lausannois, à proximité des campus, des transports publics et du lac Léman.
La tour doit compter 36 étages et culminer à environ 117 mètres. Elle a été pensée comme un repère vertical dans un ensemble urbain plus vaste, comprenant logements, commerces, espaces publics et aménagements paysagers.
Le projet est porté par Orllati Real Estate SA et conçu par Stefano Boeri Architetti, avec l’idée d’adapter en Suisse le modèle de la forêt verticale déjà rendu célèbre à Milan.
On parle souvent de la Tour des Cèdres comme d’un projet lausannois, ce qui se comprend à l’échelle de l’agglomération. Plus précisément, elle est prévue à Chavannes-près-Renens, dans l’ouest lausannois.
Stefano Boeri et le modèle du Bosco Verticale
La Tour des Cèdres s’inscrit dans la lignée du Bosco Verticale, ou “forêt verticale”, réalisé à Milan par Stefano Boeri. Ces deux tours milanaises, achevées en 2014, ont rendu l’architecte mondialement connu avec leur façade couverte d’arbres, d’arbustes et de plantes.
L’idée est simple à comprendre, beaucoup moins simple à construire : installer de la végétation en hauteur, directement sur les balcons, loggias ou façades, afin de créer un écosystème vertical capable d’apporter ombre, fraîcheur, biodiversité et qualité visuelle.
Les tours milanaises du Bosco Verticale ont servi de modèle, mais la Tour des Cèdres est conçue comme une nouvelle adaptation du concept, dans un climat, un contexte urbain et des contraintes techniques différents.
Ce type d’immeuble végétalisé fait aussi penser à 25 Verde, l’immeuble avec une forêt intégrée à Turin, mais la Tour des Cèdres pousse l’idée beaucoup plus haut, avec une véritable tour résidentielle.
Des arbres, des arbustes et une façade vivante
Dans sa version initiale, la Tour des Cèdres était présentée avec plus de 100 arbres, 6000 arbustes et 18000 plantes sur une surface végétalisée d’environ 3000 m². Ces chiffres ont largement circulé dans les articles d’architecture et les médias spécialisés après l’annonce du projet.
La présentation actuelle du quartier annonce plutôt 152 arbres et grands arbustes, ainsi qu’environ 1293 m² de surface verte. Cette évolution n’est pas forcément une mauvaise nouvelle : les projets de cette taille changent souvent entre les rendus de concours, les études techniques, les enquêtes publiques et les versions réellement constructibles.
Les essences végétales doivent être choisies pour résister aux conditions climatiques locales, à la culture en bac et aux contraintes d’altitude. En clair : il ne suffit pas de poser un cèdre dans un pot au 29e étage et d’espérer qu’il se sente comme en pleine forêt. Le vent, le gel, le soleil, l’eau, le poids et l’entretien deviennent des sujets très sérieux.
Ce rapport entre façade habitée et nature domestiquée rappelle aussi l’immeuble de Bogotá présenté comme le plus grand jardin vertical du monde, même si l’approche est différente : à Bogotá, la végétation forme surtout une peau continue, tandis que la Tour des Cèdres joue davantage sur l’idée d’arbres et de grands arbustes en hauteur.
Une architecture pensée autour des loggias
La tour ne se contente pas d’empiler des étages. Sa silhouette est rythmée par des loggias et des balcons en porte-à-faux, destinés à accueillir les bacs de plantation et à prolonger les appartements vers l’extérieur.
Ces loggias ont plusieurs rôles. Elles donnent aux logements un espace extérieur généreux, protègent partiellement du soleil, cassent la répétition verticale de la façade et offrent la place nécessaire pour intégrer les végétaux.
D’après la présentation du projet, la tour comprendra 252 appartements, avec des typologies variées allant de petits logements à de grands appartements, ainsi que plusieurs niveaux d’activités. Un espace public est également prévu en hauteur, notamment au 32e étage, afin de ne pas réserver toute l’expérience verticale aux seuls habitants.
Cette idée d’un bâtiment presque vivant rejoint un courant plus large de l’architecture contemporaine, où l’immeuble n’est plus seulement un volume à habiter, mais une structure capable de produire de l’ombre, de filtrer un peu l’air, d’accueillir du vivant et de modifier le paysage urbain.
Une tour verte, mais pas une baguette magique écologique
Les immeubles végétalisés sont souvent présentés comme des réponses spectaculaires aux problèmes des villes : chaleur, pollution, manque de nature, biodiversité en baisse. La Tour des Cèdres reprend cette promesse, avec une façade censée apporter ombrage, microclimat plus agréable, absorption d’une partie des poussières fines et refuge pour certains oiseaux ou insectes.
Mais il faut rester lucide. Un immeuble végétalisé ne remplace pas une forêt, ni un parc public, ni une vraie politique de désimperméabilisation des sols. C’est un outil architectural intéressant, pas une potion magique contre le béton.
Le projet peut créer un effet de biodiversité locale et améliorer le confort des habitants, mais il demande aussi beaucoup de technique : irrigation, drainage, suivi des végétaux, remplacement des arbres morts, sécurité des bacs, résistance au vent et consommation d’eau. Même les arbres ont une copropriété compliquée, finalement.
Dans une veine plus conceptuelle, Arboricole, l’immeuble-forêt verticale imaginé par Vincent Callebaut, montre jusqu’où ce rêve de bâtiment végétal peut aller dans l’imaginaire architectural. La Tour des Cèdres, elle, doit composer avec un enjeu plus terre à terre : passer du rendu séduisant au chantier réel, puis à l’entretien durable.
L’arrosage et l’entretien, les vrais sujets derrière les rendus
Les rendus d’architecture montrent souvent une tour idéale, déjà luxuriante, avec des arbres parfaitement heureux à chaque étage. Dans la vraie vie, les plantes doivent être arrosées, taillées, surveillées et parfois remplacées.
La question de l’arrosage de la future tour végétale de Chavannes-près-Renens a d’ailleurs suscité des interrogations en Suisse. C’est logique : avec plus d’une centaine d’arbres et de grands arbustes en façade, le système d’irrigation devient une partie essentielle du projet.
La réussite d’un tel immeuble ne dépend donc pas seulement de l’architecte ou de la beauté des images. Elle dépend aussi d’un suivi horticole durable, de choix d’essences robustes, d’une maintenance régulière et d’une bonne intégration dans le climat local.
Un projet ancien qui a beaucoup évolué
La Tour des Cèdres a été annoncée après un concours remporté par Stefano Boeri Architetti en 2015. À l’époque, plusieurs articles indiquaient que les travaux devaient commencer en 2017. Cette information, présente dans beaucoup de publications anciennes, ne doit plus être reprise telle quelle aujourd’hui.
Le projet a connu un long parcours. En 2024, Orllati a annoncé la mise à l’enquête de la Tour des Cèdres, avec une version retravaillée. Le promoteur explique que le projet a évolué depuis le concours, notamment pour optimiser les espaces extérieurs, la qualité des appartements et le bilan thermique.
Le quartier des Cèdres, plus large que la tour
La tour fait partie d’un projet urbain plus vaste : le quartier des Cèdres. Celui-ci doit comprendre plusieurs bâtiments, des logements, des commerces, des services et des espaces publics.
Selon les informations publiées par Orllati, la construction en hauteur permettrait de libérer environ 22 000 m² d’espaces publics au sol, avec des aménagements paysagers confiés au bureau Belandscape. L’idée est de ne pas seulement planter des arbres dans le ciel, mais aussi d’aménager au sol une forêt urbaine, une grande prairie, des jardins et une place.
C’est sans doute là que le projet devient le plus intéressant. Une tour végétalisée peut être spectaculaire, mais son utilité réelle dépend beaucoup de son intégration dans le quartier. Une forêt verticale isolée, c’est joli. Un quartier réellement plus agréable à vivre, c’est mieux.
Une tour entre image forte et défi technique
La Tour des Cèdres a tout pour attirer l’œil : une hauteur importante, des arbres en façade, un architecte célèbre et une promesse très visuelle. Elle répond parfaitement à l’imaginaire de la ville du futur écologique, celle où les immeubles seraient recouverts de végétation au lieu d’être de simples murs de verre.
Mais c’est aussi le genre de projet qu’il faut présenter avec nuance. Les tours végétalisées sont coûteuses, complexes à entretenir et parfois critiquées pour leur côté “green branding” lorsque les promesses environnementales dépassent la réalité.
Dans le meilleur des cas, la Tour des Cèdres pourrait devenir un exemple intéressant d’architecture végétalisée adaptée au contexte suisse. Dans le pire, elle resterait une belle image de plus dans la grande galerie des projets verts qui font rêver avant de buter sur le réel. Le suspense est presque botanique.
Des forêts verticales ailleurs dans le monde
Le concept de forêt verticale ne s’arrête pas à Milan ou à Chavannes-près-Renens. Stefano Boeri Architetti a décliné cette idée dans plusieurs projets, parfois construits, parfois annoncés, parfois modifiés.
Dans cette même famille d’architectures végétales, on peut citer Mountain Forest Hotel, un projet d’hôtel avec forêt verticale, autre proposition du cabinet autour de l’idée d’un bâtiment envahi par les arbres.
En Chine, le même imaginaire a donné naissance aux Nanjing Towers, des tours avec forêt verticale, preuve que cette architecture végétalisée s’est transformée en langage mondial. Chaque projet, toutefois, doit être jugé sur ses conditions réelles : climat, entretien, usage, financement et résultat construit.
Pourquoi la Tour des Cèdres intéresse autant
La Tour des Cèdres touche à une question simple : peut-on vraiment faire cohabiter arbres et immeubles de grande hauteur ? L’idée plaît parce qu’elle inverse l’image habituelle de la ville dense. Au lieu d’un gratte-ciel minéral, on imagine un bâtiment vivant, habité par des humains, des oiseaux, des insectes et des végétaux.
C’est une image puissante, surtout dans un contexte de réchauffement urbain. Les villes cherchent à lutter contre les îlots de chaleur, à développer la végétalisation, à offrir des logements proches des transports et à limiter l’étalement urbain. Sur le papier, la Tour des Cèdres coche beaucoup de cases.
Reste à voir ce que donnera le projet une fois réellement construit, entretenu et habité. Une forêt verticale ne se juge pas seulement le jour de l’inauguration, mais dix ans plus tard, quand il faut savoir si les arbres ont survécu, si les habitants profitent vraiment des loggias, et si la façade ressemble encore à autre chose qu’à un herbier fatigué.
Photos et rendus de la Tour des Cèdres
Voici quelques images de ce que doit être la Tour des Cèdres, cet immeuble végétalisé avec des arbres prévu à Chavannes-près-Renens, près de Lausanne :
Ce type de tours déjà construites par l’architecte à Milan:
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Stefano Boeri.
• Stefano Boeri Architetti — The Tower of Cedars, fiche officielle du projet
• Quartier des Cèdres — La Tour, présentation officielle du projet par Orllati
• Orllati — Mise à l’enquête de la Tour des Cèdres, communiqué du 25 mars 2024
• RTS — L’arrosage de la future tour végétale de Chavannes questionne
• LFM — La forêt verticale de Chavannes-près-Renens pourrait voir le jour
• Archilovers — La Tour des Cèdres, présentation du projet de Stefano Boeri Architetti
• HRS — Les Cèdres ABCZ1, première phase du quartier des Cèdres







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