Dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, se balance parfois un objet liturgique qui ressemble davantage à une machine de spectacle qu’à un simple accessoire religieux : le Botafumeiro, un immense encensoir suspendu sous la coupole centrale.
Son nom vient du galicien et signifie littéralement quelque chose comme “celui qui jette la fumée”. Programme tenu : lorsqu’il est lancé par les tiraboleiros, il traverse le transept à grande vitesse, libérant de grands nuages d’encens au-dessus des fidèles et des pèlerins. Une sorte de pendule géant parfumé, mais avec beaucoup plus de théologie et nettement moins de place pour l’erreur.
À retenir
Le Botafumeiro est le célèbre encensoir géant de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice.
Il mesure environ 1,49 m, pèse aujourd’hui environ 62 kg après sa restauration de 2006, et peut dépasser 100 kg lorsqu’il est chargé de charbon et d’encens.
Il est suspendu à environ 20 m de haut et manœuvré par 8 tiraboleiros, qui le font osciller dans le transept jusqu’à atteindre environ 68 km/h.
Qu’est-ce qu’un encensoir ?
Un encensoir (en anglais thurible du mot latin thuribulum ) est un brûleur d’encens en métal, utilisé dans certaines églises chrétiennes lors des services de culte.
Il s’agit d’un creuset en métal ou en céramique dans lequel du charbon de bois est brûlé avec de l’encens pour créer un arôme odorant. L’encensoir est ensuite suspendu par des chaînes métalliques à un point suffisamment haut à l’intérieur de l’église et balancé dans les airs afin que l’odeur de l’encens brûlé se propage de manière adéquate.
Botafumeiro par JOSE LUIS HEREDIA (CC BY-SA 2.0) .
Qu’est ce que le Botafumeiro ?
Le Botafumeiro est probablement le plus grand encensoir existant. Il mesurait 1,6 mètre et pèse 53 kg mais depuis une restauration en 2006, il mesure 1,49 mètre et pèse désormais 62 kg. Lorsqu’il est chargé de charbon de bois, il peut peser bien plus de 100 kg.
Il est hissé à 20 mètres de la coupole centrale de la cathédrale, à l’aide d’un système complexe de poulies, par huit hommes vêtus de robes rouges, appelés tiraboleiros. Leur coordination est cruciale pour éviter toute dérive incontrôlée du balancier, surtout lors des messes très fréquentées. Le nom même de tiraboleiro vient de cette fonction : ceux qui tirent le Botafumeiro.
Alors que l’encensoir est encore à portée de main, on lui donne une forte poussée pour lui conférer un mouvement latéral. Au fur et à mesure que l’encensoir s’élève, les oscillations deviennent progressivement plus importantes. Au sommet de son élan, l’encensoir trace un arc de 65 mètres de diamètre et atteint une vitesse de 68 km/h en distribuant d’épais nuages d’encens.
Le mouvement peut durer plusieurs minutes, atteignant jusqu’à 17 oscillations complètes.
La vue du Botafumeiro faisant de grands arcs autour de la cathédrale est censée être si hypnotisante que certains pèlerins paient jusqu’à 450 € pour bénéficier d’une utilisation privée lors d’une célébration. Il faut dire que la représentation est plus impressionnante que celle d’un brûleur d’encens de maison, même si ce dernier est un dragon produisant un nuage de fumée en cascade.
El botafumeiro compostelano par Elentir (CC BY-SA 2.0).
El botafumeiro compostelano (6462137991).jpg par Contando Estrelas (CC BY-SA 2.0).
El botafumeiro compostelano par Elentir (CC BY-SA 2.0).
Santiago Compostela Cathedral 2023 – Dome and botafumeiro pulleys.jpg par Fernando Pascullo (CC BY-SA 4.0).
Histoire du Botafumeiro
La tradition est souvent expliquée par une double fonction : liturgique, bien sûr, mais aussi pratique. La cathédrale accueillait des pèlerins venus de loin, après des semaines de marche, dans des conditions d’hygiène parfois très éloignées de nos standards actuels. L’encens contribuait donc à parfumer l’espace, tout en conservant sa dimension symbolique de prière qui s’élève.
On croyait que la fumée d’encens avait un effet prophylactique en période de pestes et d’épidémies. Bien entendu, brûler de l’encens est également une tradition importante dans de nombreuses cultures, une offrande symbolique ou sacrificielle aux divinités, ou à servant d’aide à la prière ou à dialoguer avec les esprits. Voir par exemple la tradition du bambou Gila en Indonésie.
Au XIIIe siècle, le mécanisme des poulies fut modifié pour permettre de hisser des charges plus importantes, et donc un encensoir plus grand.
Les Fêtes de Saint-Jacques de Compostelle : La Procession des Reliques. Oeuvre de Daniel Vierge (1851 – 1904).
Au XVe siècle, le roi de France Louis XI a ordonné la fabrication d’un nouvel encensoir en argent. Malheureusement, celui-ci a été volé par les troupes de Napoléon en avril 1809 durant la guerre d’indépendance espagnole (1808-1814).
Par conséquent, un nouvel encensoir a été fabriqué en laiton par l’orfèvre Losada et a été installé en 1851. C’est celui qui est actuellement utilisé. Son nom vient de la langue galicienne, où botar signifie « éjecter, jeter, expulser », et du latin fume, qui signifie « fumer ».
Un encensoir dangereux
Balancer 50 kg de charbons ardents à 20 mètres au-dessus de la tête des visiteurs peut présenter un danger. A de nombreuses reprises dans l’histoire, les cordes ont cédé et les Botafumeiro se sont soit écrasés dans les voûtes supérieures, soit ont répandu des charbons ardents dans le sol en dessous.
Un jour en 1499, la princesse Catherine d’Aragon était en voyage pour épouser l’héritier du trône anglais et s’est arrêtée à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pendant qu’on le balançait, le Botafumeiro s’est envolé hors de la cathédrale par la haute fenêtre de Platerias. Heureusement, personne n’a été blessé.
Outre le Botafumeiro, la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle possède un autre grand encensoir qui est utilisé pour les autres messes célébrées dans la cathédrale. Créée en 1971, On l’appelle La Alcachofa (littéralement « l’artichaut ») ou La Repollo (littéralement « le chou »).
Vidéo du Botafumeiro
Voici une vidéo montrant le Botafumeiro en action:
Quand voir le Botafumeiro ?
Le Botafumeiro n’est pas utilisé à chaque messe. Il fonctionne lors de certaines grandes célébrations liturgiques, notamment l’Épiphanie, le dimanche de Pâques, la Pentecôte, la fête de Saint Jacques le 25 juillet, l’Assomption le 15 août, la Toussaint, le Christ-Roi, l’Immaculée Conception le 8 décembre, Noël et le transfert des restes de l’Apôtre le 30 décembre.
En dehors de ces dates, son utilisation peut être demandée pour des célébrations particulières, selon les conditions fixées par la cathédrale. Il est donc préférable de vérifier les informations officielles avant de prévoir un voyage uniquement pour le voir en mouvement.
Des répliques du Botafumeiro sont disponibles à l’achat, notamment sur des plateformes comme Etsy (lien), où des artisans proposent des reproductions en métal de haute qualité. Ces objets de décoration religieuse permettent aux passionnés de pèlerinage de conserver un souvenir de cette tradition emblématique.
Sources pour aller plus loin
• Catedral de Santiago — Informations officielles sur le Botafumeiro, son usage liturgique, ses dimensions, les tiraboleiros et les dates d’utilisation
• Oficina del Peregrino — Dates d’utilisation du Botafumeiro et informations pratiques pour les pèlerins
• Santiago Turismo — Présentation touristique du Botafumeiro
• CaminoWays — Histoire et fonctionnement du Botafumeiro
Autre lieu de culte espagnol particulier, découvrez également le monastère de Montserrat et sa vierge noire.
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