Les poils sous les bras sont naturels. Pourtant, sur un corps féminin, ils suffisent encore souvent à déclencher commentaires, malaise, débats et petits tribunaux improvisés du bon goût. Avec sa série Natural Beauty, le photographe londonien Ben Hopper a choisi d’en faire le sujet central d’un projet photographique consacré aux femmes aux aisselles poilues.
Le principe est simple : photographier des modèles, actrices, artistes, danseuses ou créatrices dans une esthétique proche de la mode, mais sans effacer leur pilosité sous les bras. Le résultat joue sur le contraste entre les codes très lisses de la photographie de beauté et un détail corporel que l’industrie cosmétique a longtemps présenté comme indésirable.
Ici, il ne s’agit pas de dire aux femmes ce qu’elles doivent faire de leurs poils. Se raser, s’épiler, garder ses poils, les oublier, les assumer ou changer d’avis un mardi matin : le corps n’est pas un formulaire administratif. Le projet de Ben Hopper invite plutôt à regarder autrement une norme que l’on croit souvent “naturelle”, alors qu’elle est aussi culturelle, commerciale et historique.
À retenir
Natural Beauty est un projet du photographe Ben Hopper, travaillé depuis 2007 et largement diffusé à partir de 2014.
La série met en scène des femmes avec des poils sous les bras dans une esthétique proche de la mode et du portrait studio.
L’objectif n’est pas de promouvoir une obligation inverse, mais de questionner les standards de beauté qui associent féminité, peau lisse et absence de pilosité visible.
L’article contient une galerie de portraits : les images sont à regarder comme un projet photographique sur le corps, le regard social et les normes esthétiques.
Ben Hopper et le projet Natural Beauty
Ben Hopper est un photographe installé à Londres, connu pour ses projets de portrait, de performance et de corps en mouvement. Sur son site officiel, il présente Natural Beauty comme une série qui interroge les codes de la beauté conventionnelle : l’apparition de poils sous les bras dans une image construite comme une photo de mode vient casser une habitude visuelle très installée.
Le projet a commencé avant sa diffusion virale. Hopper indique avoir travaillé sur cette idée depuis 2007, avant que la série ne trouve sa forme visuelle et soit largement partagée au début des années 2010. Plusieurs reprises médiatiques rappellent que le projet a pris de l’ampleur en 2014, au moment où les réseaux sociaux rendaient ce type d’image immédiatement commenté, applaudi, critiqué ou disséqué à la loupe par des gens qui, visiblement, avaient du temps libre.
La force de la série vient précisément de ce décalage. Les modèles sont photographiés avec soin, dans des poses élégantes, souvent très maîtrisées. Puis le regard tombe sur les aisselles poilues, et l’image oblige à constater à quel point un détail parfaitement naturel peut déranger lorsqu’il sort des conventions attendues.
Pourquoi les poils féminins dérangent-ils autant ?
Le poil n’a rien d’exceptionnel. Il pousse chez les humains, avec des variations selon l’âge, la génétique, les hormones, les zones du corps et les individus. Pourtant, dans une grande partie de la culture visuelle occidentale contemporaine, le corps féminin idéal a souvent été représenté comme lisse, épilé, poli jusqu’à l’irréel.
Cette norme ne s’est pas installée par magie. Au XXe siècle, la publicité, la mode, les produits dépilatoires et les médias ont contribué à associer la féminité à l’absence de poils visibles. Les aisselles, les jambes et d’autres zones du corps sont devenues des territoires à contrôler. Le rasoir n’a pas seulement coupé des poils : il a aussi taillé une norme sociale très précise.
C’est ce que Natural Beauty vient questionner. Les images ne cherchent pas à choquer gratuitement, mais à montrer l’écart entre un corps réel et l’attente sociale. Quand une aisselle poilue suffit à rompre l’illusion publicitaire, cela dit finalement plus de choses sur notre regard que sur l’aisselle elle-même.
Une histoire des critères de beauté qui bougent sans arrêt
Ce que l’on trouve beau à une époque peut paraître étrange à une autre. Les standards de beauté changent avec les sociétés, les classes sociales, les modes, les religions, les techniques, la photographie, la publicité et parfois de simples habitudes collectives qui deviennent des règles sans avoir demandé l’autorisation.
Quelques années auparavant, la pilosité féminine pouvait être perçue autrement selon les contextes. La fine moustache de Zahra Khanom Tadj es-Saltaneh, princesse Qajar et icône de beauté perse, rappelle par exemple combien nos critères modernes peuvent caricaturer des normes anciennes. Dans un autre registre, Clémentine Delait, célèbre femme à barbe des Vosges, montre aussi que la pilosité féminine a pu devenir une identité publique, un spectacle, mais aussi une forme d’affirmation.
Le projet de Ben Hopper s’inscrit dans cette histoire mouvante. Il ne prétend pas annuler toutes les normes, mais il les met sous lumière crue. Et sous cette lumière, on voit bien que la “beauté naturelle” n’a jamais été aussi simple qu’un slogan sur un tube de crème.
Des portraits, pas une injonction
Un point important : Natural Beauty ne remplace pas une injonction par une autre. Dire que les poils sous les bras peuvent être beaux, naturels ou simplement acceptables ne signifie pas que toutes les femmes devraient les garder. Ce serait seulement changer de règlement intérieur, avec le même surveillant à l’entrée.
Ben Hopper a expliqué à plusieurs reprises que son intention n’était pas d’ordonner aux femmes de laisser pousser leurs poils, mais d’ouvrir une possibilité et de pousser le public à interroger ses réflexes. Dans un entretien, il résume bien cette idée : il ne demande pas aux femmes de faire pousser leurs poils sous les bras, il veut surtout que l’on cesse de rejeter cette possibilité d’emblée.
C’est sans doute ce qui rend la série plus intéressante qu’une simple provocation. Elle ne dit pas “voici la bonne manière d’avoir un corps”. Elle demande plutôt : pourquoi une manière aussi banale d’avoir un corps paraît-elle encore si perturbante ?
Galerie : portraits de femmes aux aisselles poilues
Voici quelques portraits issus de la série Natural Beauty de Ben Hopper, un projet photographique sur les femmes aux aisselles poilues, les normes de beauté et le regard porté sur le corps féminin.
Toutes les photos: crédits Ben Hopper (CC BY-NC-ND 4.0).
Une image qui dérange parce qu’elle ressemble au réel
Les réactions à Natural Beauty montrent à quel point le corps féminin reste observé, commenté et normé. Une pilosité visible devient immédiatement un “message”, alors qu’elle pourrait simplement être un état naturel du corps.
La série a aussi circulé parce qu’elle utilise les codes mêmes qu’elle interroge. Hopper ne photographie pas les modèles dans un registre documentaire brut, mais dans une esthétique travaillée, proche du portrait de mode. Ce choix rend le contraste plus fort : le public reconnaît les signes de la beauté publicitaire, puis se retrouve face à un détail que cette même publicité gomme d’habitude.
Au niveau pilosité, on est pourtant loin de sujets étrange comme le cas cet homme avec une vraie queue de poils de 37 cm.
Natural Beauty, une série toujours actuelle
Plus de dix ans après sa première grande diffusion, Natural Beauty reste actuelle. Les débats autour de l’épilation, du body positive, des corps non retouchés et des standards de beauté n’ont pas disparu. Ils se sont même déplacés vers les réseaux sociaux, où chaque image peut devenir un manifeste, une polémique ou une foire aux commentaires en moins de trois minutes.
C’est aussi pour cela que la série fonctionne encore en images. Elle est simple à comprendre, très visuelle, mais elle ouvre une question plus large : pourquoi certains éléments du corps féminin doivent-ils être effacés pour être jugés présentables ?
La réponse n’est pas unique. Elle passe par la mode, la publicité, l’histoire, l’hygiène perçue, le genre, la sexualisation du corps, l’éducation et les habitudes. Mais Ben Hopper a trouvé une manière directe de poser la question : une femme, un portrait, une aisselle non rasée. Pas besoin de plus pour voir une norme se froisser dans un coin.
Sources pour aller plus loin
• Ben Hopper — Natural Beauty, page officielle du projet photographique
• Bored Panda — Natural Beauty, présentation de la série et reprises de textes de Ben Hopper
• Glamour — Is There Beauty in Hairy Armpits? This Artist Says Yes
• C-Heads Magazine — entretien avec Ben Hopper sur Natural Beauty
• Ben Hopper / Instagram — publication rétrospective sur Natural Beauty















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Très, très beau!!
Les poils des aisselles font partis d’une beauté naturelle mais beaucoup de personnes l’ignorent.
Donc c’est quelques chose à préserver.