Onychocerus albitarsis est surnommé le scarabée scorpion, mais il ne s’agit ni d’un vrai scarabée au sens strict, ni d’un scorpion déguisé en insecte. C’est un coléoptère de la famille des Cerambycidae, les capricornes, célèbre pour une particularité rarissime : il possède à l’extrémité de ses longues antennes une structure capable de fonctionner comme un petit dard venimeux.
« Onychocerus albitarsis » par babifernandes (CC BY-NC 4.0).
Son nom scientifique, albitarsis, fait référence aux marques claires visibles sur ses pattes. Mais ce ne sont évidemment pas ses chaussettes blanches qui intéressent le plus les entomologistes : ce sont surtout ses antennes, transformées en mini-aiguillons défensifs. Chez un insecte déjà très bien équipé en bizarreries, c’est un joli supplément “ne me touchez pas”.
À retenir
Nom scientifique : Onychocerus albitarsis
Nom courant : scarabée scorpion
Famille : Cerambycidae, les capricornes
Taille : environ 10 à 25 mm selon les individus
Répartition : Amérique du Sud, notamment Brésil, Bolivie, Paraguay et Pérou
Particularité : extrémités antennaires en forme de dard, reliées à des glandes
Danger pour l’humain : douleur locale, rougeur, inflammation ou démangeaisons ; les cas documentés restent rares
Le scarabée scorpion, petit mais piquant
Comme son cousin le scarabée tortue dorée, Onychocerus albitarsis reste un insecte de taille modeste. Il mesure généralement entre 10 et 25 mm, mais compense largement par son équipement défensif improbable.
Décrit pour la première fois en 1859 par l’entomologiste anglais Francis Polkinghorne Pascoe, ce capricorne appartient à un groupe de coléoptères connus pour leurs longues antennes. Chez lui, toutefois, ces antennes ne servent pas seulement à explorer l’environnement : leurs extrémités se terminent par une sorte de crochet ou d’aiguillon.
À la différence de l’araignée-scorpion, l’inoffensive amblypyge, qui a surtout un look de cauchemar mal rangé, le scarabée scorpion possède bien une défense active capable de provoquer une réaction douloureuse.
« Onychocerus albitarsis » par Miranda85 (CC BY-NC 4.0).
Un dard au bout des antennes
En 2008, une étude publiée dans Naturwissenschaften a montré que les extrémités antennaires d’Onychocerus albitarsis présentaient un système étonnamment comparable à l’aiguillon d’un scorpion de l’espèce Leiurus quinquestriatus. Les chercheurs ont observé des canaux menant jusqu’à la pointe, associés à des glandes susceptibles de produire une sécrétion irritante.
C’est un bel exemple de convergence évolutive : deux groupes très éloignés, un scorpion et un coléoptère, développent des structures comparables pour une même fonction défensive. Les scorpions ont choisi la queue ; ce capricorne a misé sur les antennes. En matière de bricolage évolutif, on sent une certaine liberté artistique.
« Onychocerus albitarsis » par Douglas Napier (CC BY-NC 4.0).
Le scarabée scorpion est-il dangereux ?
Oui, mais il faut garder les pieds sur terre. Le scarabée scorpion peut piquer et provoquer une réaction locale, mais les cas humains rapportés restent rares et les symptômes décrits sont sans commune mesure avec certains venins réellement redoutables. On ne sait encore rien de la toxine qu’il injecte par le dard de ses antennes.
Dans les cas publiés au Brésil, les piqûres d’Onychocerus albitarsis ont provoqué une douleur vive, des rougeurs, un gonflement ou des démangeaisons autour de la zone touchée, avec une évolution généralement limitée. Dans le cas d’une femme brésilienne piquée par Onychocerus albitarsis, une douleur très vive, ainsi que des rougeurs et des démangeaisons autour de la zone de piqûre durant 24 heures ont été rapportées tandis que dans le cas d’un homme de Sao Paolo, les symptômes ont disparu peu de temps après la piqûre. On est donc loin des effets d’une piqûre de poisson-pierre, qui joue dans une division nettement moins sympathique.
La comparaison avec le scorpion s’arrête donc à la mécanique du dard. Le coléoptère peut piquer, mais il n’est pas connu comme un danger mortel pour l’humain. Mieux vaut simplement éviter de le manipuler à mains nues — règle de bon sens quand un animal porte des pointes au bout des antennes.
« Onychocerus albitarsis Antonio L. S. Amaral.jpg » par Antonio L. Sforcin Amaral (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi agite-t-il ses antennes comme un scorpion ?
Cette défense est probablement destinée à décourager les prédateurs. En cas de menace, l’insecte peut agiter ses antennes, exposant les extrémités pointues comme de petits aiguillons. Il est même possible qu’il puisse piquer plusieurs fois successivement.
Ce comportement explique son surnom de scarabée scorpion. Ce n’est pas un scorpion, mais il en reprend une idée simple : “approche encore un peu, pour voir”. Dans la nature, le message n’a pas besoin d’être subtil pour être efficace.
« Onychocerus albitarsis » par Rafael Barros (CC BY-NC 4.0).
Où vit Onychocerus albitarsis ?
Onychocerus albitarsis vit en Amérique du Sud, notamment au Brésil, en Bolivie, au Pérou et au Paraguay. Il fréquente surtout des milieux tropicaux humides et des zones boisées, où il peut se dissimuler dans la végétation.
Comme d’autres coléoptères forestiers, il participe probablement à l’équilibre des écosystèmes. Ses larves sont associées au bois et aux végétaux, tandis que les adultes peuvent contribuer indirectement aux interactions entre plantes et insectes. Mais son mode de vie reste moins connu que son étonnant système de défense, ce qui est assez injuste : il suffit d’avoir des antennes piquantes pour voler toute la lumière médiatique.
« Onychocerus albitarsis » par Shiva Pires (CC BY-SA 4.0).
Un capricorne, pas un vrai scarabée
Le mot scarabée est souvent utilisé dans le langage courant pour désigner toutes sortes de coléoptères. Scientifiquement, Onychocerus albitarsis n’est pas un scarabée de la famille des Scarabaeidae : c’est un capricorne, ou longicorne, de la famille des Cerambycidae.
Cette précision est utile, car les gens mélangent souvent “scarabée venimeux”, “scarabée avec dard”, “capricorne scorpion” ou encore “coléoptère venimeux” pour dénicher des informations sur cet insecte. Dans tous les cas, on parle ici du même animal : un longicorne sud-américain qui a trouvé une manière très personnelle de dire non.
Vidéo du scarabée scorpion
Après le magnifique scarabée girafe de Madagascar, coici une petite vidéo de ce coléoptère à l’évolution intrigante associée à l’article sur la convergence évolutive citée plus haut:
Sources pour aller plus loin
• PubMed — Berkov, Rodríguez & Centeno : Convergent evolution in the antennae of Onychocerus albitarsis and the sting of a scorpion
• Naturwissenschaften / Springer — Convergent evolution in the antennae of Onychocerus albitarsis and the sting of a scorpion
• Journal of Clinical Toxicology — Envenomations in humans caused by Onychocerus albitarsis
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