Aller au contenu

Le retour des aras bleu et jaune à Rio après 200 ans d’absence

À Rio de Janeiro, le ciel recommence à prendre des couleurs très officielles : celles des aras bleu et jaune. Après plus de deux siècles d’absence locale, ces grands perroquets sud-américains, les Ara ararauna, reviennent dans le parc national de Tijuca dans le cadre d’un programme de restauration écologique. Et pour une fois, le retour du spectaculaire n’est pas qu’une affaire de carte postale : il s’agit aussi de redonner à la forêt quelques-uns de ses mécaniciens ailés.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 1
Crédit photo DennisJacobsen.

À retenir
Les aras bleu et jaune reviennent à Rio après plus de 200 ans d’absence locale. Leur retour dans la forêt de Tijuca ne sert pas seulement à embellir le paysage : ces grands perroquets participent à la dispersion des graines et à la restauration des équilibres écologiques de la Mata Atlântica.

Un retour historique dans la forêt de Tijuca

Le retour a commencé concrètement en juin 2025, lorsque quatre aras canindés ont été transférés au parc national de Tijuca pour une phase d’acclimatation. L’objectif n’était pas de les lâcher en mode “bon courage les amis”, mais de les habituer progressivement à la vie libre : nourriture locale, renforcement du vol, adaptation à des structures de nidification et suivi sanitaire serré.

L’affaire est historique parce que l’espèce avait disparu de l’État de Rio de Janeiro depuis plus de 200 ans. Le dernier enregistrement confirmé en vie libre dans la région remonte à 1818, avec une mention attribuée au naturaliste Johann Natterer. Les causes avancées sont assez classiques, et assez navrantes : chasse, capture pour le commerce d’animaux et perte d’habitat.

En janvier 2026, trois oiseaux — Fernanda, Fátima et Sueli — ont retrouvé la liberté dans le ciel carioca, tandis qu’un quatrième individu, Selton, devait encore attendre un peu pour des raisons de suivi et de santé. La communication officielle du parc insiste d’ailleurs sur un point essentiel : cette réintroduction n’est pas un coup médiatique, mais un processus long, surveillé, ajusté au besoin. En avril 2026, la presse internationale rapportait encore une phase de monitoring étroit et de nouveaux lâchers prévus ensuite.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 2


Crédit photo DennisJacobsen.

L’ara bleu et jaune, un grand perroquet qui ne passe pas exactement inaperçu

Il faut dire que l’oiseau a un certain sens de l’entrée en scène. L’ara bleu et jaune mesure généralement entre 81 et 91,5 cm, pour un poids d’environ 0,9 à 1,8 kg, avec une envergure qui peut dépasser le mètre. Dos bleu vif, ventre jaune, front verdâtre, bec noir puissant, peau blanche nue barrée de fines lignes sombres autour des yeux : même dans une forêt tropicale, il sait se faire remarquer. La discrétion n’était visiblement pas dans le cahier des charges de l’évolution.

L’espèce est largement répartie en Amérique du Sud, des forêts tropicales aux savanes boisées, avec une préférence pour les zones forestières, humides ou riveraines, où elle niche haut dans les arbres. Globalement, l’ara bleu et jaune est encore classé en préoccupation mineure à l’échelle mondiale, ce qui rappelle qu’une espèce peut ne pas être globalement au bord du gouffre tout en ayant disparu localement d’un territoire entier.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 3
Crédit photo bogdan.hoda.

Pourquoi ce retour compte vraiment pour la forêt

Le cœur du sujet n’est pas seulement ornithologique. Le retour de l’ara canindé intéresse surtout les écologues parce que ces perroquets participent à la dispersion des graines et influencent la dynamique des forêts tropicales. En clair : ils mangent, transportent, recrachent, laissent tomber, cassent des fruits et des graines… et la forêt en profite. C’est moins glamour raconté comme ça, mais écologiquement, c’est redoutablement efficace.

Le programme porté par Refauna s’inscrit dans cette logique : restaurer non seulement des espèces, mais aussi les interactions écologiques perdues dans des forêts vidées de leur grande faune. L’organisation travaille depuis 2010 sur des réintroductions dans la Mata Atlântica, notamment avec la cutia rouge, le jabuti-tinga et le bugio roux. L’idée est simple à énoncer, beaucoup moins à mettre en œuvre : une forêt sans animaux n’est pas une forêt pleinement fonctionnelle.

La forêt de Tijuca offre justement un terrain symbolique et scientifique très fort. Le parc protège ce que les autorités brésiliennes présentent comme la plus grande forêt urbaine replantée au monde, héritière d’un vaste effort historique de reforestation. Redonner à ce massif des disperseurs de graines puissants revient donc à compléter la restauration du décor par la restauration des acteurs. Les arbres, c’est bien ; les animaux qui les aident à se reproduire, c’est encore mieux.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 4


Crédit photo Allan Hopkins (CC BY-NC-ND 2.0).

Un programme de réintroduction, pas un simple lâcher d’oiseaux

Le projet n’a rien d’improvisé. Les aras arrivés à Tijuca ont été sélectionnés, suivis sur le plan sanitaire, entraînés à voler davantage après une vie captive, habitués à reconnaître des fruits natifs et encouragés à éviter l’humain. Parce qu’un perroquet très beau, très social et très curieux dans un parc qui reçoit des millions de visiteurs, cela peut vite tourner au mauvais feuilleton si les gens commencent à le nourrir, l’approcher ou le transformer en influenceur involontaire.

Les équipes du parc et de Refauna insistent donc sur la science citoyenne et sur le comportement du public. Le succès ne dépendra pas seulement de la survie immédiate des oiseaux, mais de leur capacité à redevenir pleinement sauvages, à exploiter la forêt, à éviter les humains et, à terme, à s’y installer durablement. À plus long terme, le programme vise une population plus étoffée, avec un objectif évoqué d’environ 50 aras réintroduits.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 5
Crédit photo TANAKA Juuyoh (田中十洋) (CC BY 2.0).

Attention à ne pas les confondre avec l’oiseau bleu du film Rio

Il y a un détail qui mérite d’être clarifié, parce qu’il génère pas mal de confusion : l’oiseau rendu célèbre par le film Rio n’est pas cet ara bleu et jaune, mais l’ara de Spix. Les deux sont brésiliens, les deux sont spectaculaires, les deux ont une histoire lourde avec la disparition et les programmes de retour, mais ce ne sont pas les mêmes espèces. Sur 2tout2rien, vous pouvez d’ailleurs retrouver l’histoire du véritable perroquet bleu popularisé par Rio, dont le destin reste encore plus fragile.

Cette nuance est importante, parce qu’elle montre aussi la diversité des trajectoires de conservation chez les psittacidés. Entre le retour local d’un grand perroquet encore relativement répandu et la survie beaucoup plus précaire d’espèces ultra-rares, on est loin du simple conte tropical. C’est toute la différence entre “on revoit enfin une espèce dans un territoire” et “on essaie d’empêcher une disparition totale”.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 6
Crédit photo Joachim S. Müller (CC BY-NC-SA 2.0).

Un come-back qui rappelle que certains retours restent possibles

Ce retour à Rio s’inscrit dans une famille d’histoires que 2tout2rien suit souvent : celles des espèces qu’on croyait perdues pour un lieu, voire pour toujours, et qui reviennent contre toute attente. On pense par exemple à cet autre grand revenant à plumes de Nouvelle-Zélande, ou encore à ce perroquet nocturne dont chaque saison de reproduction est scrutée comme un suspense national. La leçon est généralement la même : un retour n’est jamais magique, il est presque toujours le produit d’un travail long, coûteux, imparfait et obstiné.

Rio gagne ainsi un symbole vivant de plus. Entre le Pain de Sucre, le Christ Rédempteur, les plages mythiques ou ses mosaïques devenues emblématiques, la ville ajoute désormais à son décor le retour d’un grand perroquet disparu depuis plus de 200 ans.

le retour des aras bleu et jaune ara ararauna a rio apres 200 ans d absence 7
Crédit photo Sylvère Corre (CC BY-NC-SA 2.0).

Sources pour aller plus loin

annonce officielle du début de la réintroduction des aras canindés à Tijuca
annonce officielle du retour des aras dans le ciel de Rio après 200 ans
présentation du programme Refauna et de ses objectifs de restauration écologique
fiche espèce de l’ara bleu et jaune (Ara ararauna)

Perroquet en danger, découvrez également le rouge et noir perroquet Dracula.

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *