Le photographe italien Augusto De Luca a choisi un titre qui ne laisse pas vraiment présager une promenade bucolique avec panier en osier et petits oiseaux chantants. Sa série ARMAGEDDON plonge dans un univers sombre, flou et symbolique, inspiré par les conflits contemporains et par les catastrophes humaines liées à la guerre.
Créée en mars 2026, cette œuvre se compose de 25 photographies. L’artiste napolitain y développe une vision très personnelle de la mémoire des conflits : non pas une photographie documentaire, nette et frontale, mais une suite d’images troubles, comme vues à travers un rêve abîmé. Ou plutôt un cauchemar qui aurait oublié de mettre au point.
À retenir :
ARMAGEDDON est une série photographique créée en mars 2026 par le photographe italien Augusto De Luca. Composée de 25 images, dont 10 sont présentées ici, elle explore les conflits et leurs traces symboliques dans une esthétique volontairement floue, presque onirique
Une série photographique entre guerre, rêve et surréalisme
Dans ARMAGEDDON, Augusto De Luca ne cherche pas à montrer la guerre comme un reportage. Il ne photographie pas le champ de bataille, l’événement ou l’actualité brute. Son approche est plus métaphorique : il tente de traduire les cicatrices invisibles, les peurs, les silences et les traces laissées par les conflits.
Les images utilisent une esthétique floue, déformée, presque spectrale. Les formes semblent parfois émerger d’un brouillard intérieur. Cette absence volontaire de netteté donne à la série une dimension étrange, à mi-chemin entre photographie contemporaine, vision surréaliste et mémoire traumatique.
Ce choix n’est pas un accident technique. Augusto De Luca précise avoir utilisé un Leica D-Lux 5, un compact numérique de 10 mégapixels, spécialement pour cette série. Il ne recherche pas ici la grande définition ni la précision chirurgicale, mais une image qui évoque le rêve, l’incertitude et la fragilité du souvenir.
Ce rapport au flou comme matière expressive inscrit aussi ARMAGEDDON dans une histoire plus large de la photographie. Bien avant les capteurs numériques et les débats sur le piqué des objectifs, des artistes comme le pictorialiste Léonard Misonne utilisaient déjà les effets atmosphériques, les silhouettes imprécises et les lumières diffuses pour transformer une scène réelle en vision poétique. Chez De Luca, le flou devient plus sombre : il ne cherche pas la brume mélancolique, mais la sensation d’un souvenir traumatique qui refuse de se laisser regarder nettement.
Augusto De Luca, un photographe italien au regard métaphysique
Né à Naples le 1er juillet 1955, Augusto De Luca est un photographe et performer italien. Diplômé en droit, il devient photographe professionnel au milieu des années 1970. Son travail s’est développé entre photographie traditionnelle, expérimentation et recherche plastique.
Il est notamment connu pour ses portraits et pour une attention particulière portée au cadrage, aux formes et aux signes. Certaines de ses images relèvent d’un réalisme très direct, tandis que d’autres glissent vers une atmosphère plus métaphysique, où les objets et les corps deviennent presque des symboles.
Ses photographies sont mentionnées dans plusieurs collections publiques et privées, notamment l’International Polaroid Collection aux États-Unis, la Bibliothèque nationale de France, les archives photographiques de Rome, le Musée de la Photographie de Charleroi, ou encore les archives photographiques du Parc archéologique de Pompéi.
Cette tension entre réel et symbole se retrouve pleinement dans ARMAGEDDON. La série ne montre pas seulement des formes : elle suggère ce qui reste après le choc, quand l’événement est passé mais que son ombre continue de hanter le paysage mental.
Des images volontairement floues, comme des souvenirs traumatiques
Si le flou est parfois considéré comme une erreur en photographie, ici, il devient le langage principal de la série.
Dans ARMAGEDDON, les contours incertains donnent l’impression que les images hésitent entre apparition et disparition. Elles ne documentent pas un lieu précis, mais convoquent une atmosphère. On y trouve quelque chose de la ruine, du spectre, de la mémoire collective et de l’angoisse diffuse.
Cette démarche rapproche la série d’une photographie plus intérieure que descriptive. Le spectateur n’est pas invité à identifier immédiatement une scène, mais à ressentir une tension. C’est une photographie qui ne dit pas “voici ce qui s’est passé”, mais plutôt “voici ce que cela laisse derrière”.
Cette idée de trace laissée par la guerre trouve un écho très concret dans les corps meurtris des combattants. Certaines blessures semblent presque irréelles, comme celle de Jacob C. Miller, vétéran de la guerre de Sécession, qui survécut plusieurs décennies avec une balle logée entre les deux yeux. D’autres rappellent combien la reconstruction pouvait devenir une autre bataille, notamment dans les visages réparés de soldats de la Première Guerre mondiale, où la photographie documente frontalement ce que l’art d’Augusto De Luca choisit ici de suggérer par le flou.
Une œuvre sur la mémoire plus que sur l’actualité
Même si ARMAGEDDON est inspirée par les conflits mondiaux récents et leurs conséquences, la série ne se limite pas à l’actualité. Augusto De Luca semble plutôt travailler sur une mémoire longue : celle des vies transformées, des peurs collectives, des destructions répétées et des renaissances possibles.
Le titre lui-même, ARMAGEDDON, renvoie à une idée de catastrophe ultime. Mais les photographies ne versent pas dans le spectaculaire facile. Elles privilégient une atmosphère suspendue, comme si l’artiste cherchait à montrer le moment d’après : quand la poussière retombe, que les cris se sont tus, mais que quelque chose reste coincé dans l’air.
Ce traitement symbolique donne aux images une force particulière. La guerre n’y est pas seulement un événement historique ou géopolitique, mais une expérience humaine dont les traces dépassent largement les frontières et les dates. On le voit aussi dans les portraits de vétérans blessés durant la guerre de Sécession, où chaque visage raconte moins la gloire militaire que le prix intime, physique et durable des conflits.
Une série de 25 photographies
La série complète **ARMAGEDDON** comprend **25 photographies**. Pour cet article, Augusto De Luca nous en a transmis une sélection de **10 images**, qui donne déjà une idée de l’atmosphère générale du projet : une vision sombre, fragmentée et volontairement imprécise de la mémoire des conflits.
Les images sont légendées de manière sobre, avec une numérotation : Armageddon – photo de Augusto De Luca.
Cette simplicité renforce l’idée d’un ensemble cohérent. Les photographies ne fonctionnent pas seulement comme des images isolées, mais comme les fragments d’un même rêve sombre. Un rêve où la netteté serait presque suspecte, d’ailleurs : dans les cauchemars, personne ne vérifie les ISO.
Voici un extrait de la
Augusto De Luca – ARMAGEDDON en 10 images
Voici une sélection de 10 photographies issues de la série ARMAGEDDON, transmise par Augusto De Luca.
Toutes les photos © Augusto De Luca , partagées avec son aimable permission.
Sources pour aller plus loin
• Wikipédia – Augusto De Luca
• Fstoppers – Augusto De Luca / ARMAGEDDON
• Yicca – ARMAGEDDON, photo by Augusto De Luca
• Wikiquote – Augusto De Luca
• EduEDA – Augusto De Luca










