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John Shaw, le hors-la-loi du Far West exhumé pour boire son dernier verre

Dans l’Arizona de 1905, certains verres de whisky coûtaient plus cher que d’autres. Celui de John Shaw, hors-la-loi abattu après le braquage d’un saloon à Winslow, est même devenu l’un des plus étranges épisodes du Far West: après sa mort, des cowboys auraient déterré son corps pour lui faire boire le verre qu’il n’avait pas eu le temps de finir.

L’histoire ressemble à une légende de comptoir née entre deux tournées, quelque part entre une table de jeu, un revolver et un cercueil de pin. Pourtant, plusieurs photographies anciennes rattachées à cette scène existent bel et bien. Elles montrent un épisode macabre où l’Ouest américain semble avoir voulu dépasser sa propre caricature, ce qui n’était pas une mince affaire dans un décor déjà bien chargé en poussière, en alcool et en mauvaises décisions.

À retenir : en avril 1905, John Shaw et William Evans, aussi appelé Bill Smythe, braquent le Wigwam Saloon de Winslow. Poursuivis jusqu’à Canyon Diablo, ils affrontent le shérif Chet Houck et le deputy Pete Pemberton. Shaw est tué, Evans blessé puis capturé. Le lendemain, des cowboys retournent à Canyon Diablo, exhument Shaw et lui versent du whisky entre les dents pour lui offrir son fameux « dernier verre ».

Un braquage au Wigwam Saloon de Winslow

L’affaire commence dans la nuit du 8 avril 1905, au Wigwam Saloon de Winslow, en Arizona. John Shaw et son complice William Evans entrent dans l’établissement, commandent du whisky, puis s’intéressent très vite à une table de jeu où s’empilent des pièces d’argent. L’appel du métal sonnant, visiblement, couvrait mieux que la musique du saloon.

Les deux hommes sortent leurs armes, braquent les joueurs et quittent les lieux avec plusieurs centaines de dollars en pièces. Selon les sources, le montant exact varie, mais l’histoire retient généralement un butin compris entre environ 200 et 300 dollars, une somme déjà sérieuse pour l’époque. Surtout quand elle cliquette dans les poches pendant une fuite: difficile de faire plus discret qu’une caisse enregistreuse à cheval.

Le détail qui donnera à cette histoire son parfum si particulier tient à presque rien: les verres commandés par Shaw et Evans seraient restés intacts sur le comptoir. Ils avaient braqué le saloon, mais n’avaient pas terminé leur tournée. Dans l’Ouest américain, ce genre d’oubli pouvait visiblement être réparé de manière très littérale.

La poursuite jusqu’à Canyon Diablo

Après le braquage, le shérif du comté de Navajo, Chet Houck, et le deputy Pete Pemberton se lancent à la poursuite des deux hommes. Les fugitifs prennent la direction de Canyon Diablo, une localité située à l’est de Flagstaff, dans l’Arizona Territory. Le lieu est aujourd’hui associé aux villes fantômes et aux récits de frontière, mais au début du XXe siècle, il reste encore un décor rude de voie ferrée, de campements et de commerce de passage.

Canyon Diablo avait déjà une réputation sévère, même selon les standards du Far West, ce qui revient un peu à être « bruyant » dans une forge. Poste ferroviaire, camp de passage, territoire de cowboys et d’histoires troubles, le lieu semblait presque conçu pour finir dans une chronique lugubre. John Shaw n’avait pas la stature médiatique d’un Wild Bill Hickok, mais son histoire appartient à cette même mythologie de frontière où un simple fait divers pouvait devenir une légende.

La rencontre entre les hommes de loi et les deux braqueurs se produit près du dépôt ferroviaire. À très courte distance, les armes sortent. Plusieurs récits évoquent une fusillade extrêmement brève, parfois décrite comme une explosion de coups de feu en quelques secondes. Shaw est tué, Evans est blessé, et l’affrontement se termine aussi vite qu’il a commencé. Il n’a pas l’étrange avantage d’un hors-la-loi cuirassé comme Ned Kelly: à Canyon Diablo, pas d’armure de fortune ni de silhouette de chevalier du bush, seulement une fusillade brève, brutale, et un cercueil de pin quelques heures plus tard.

Evans, lui, survit à ses blessures. Il est capturé, soigné, puis condamné à la prison territoriale de Yuma. Shaw est placé dans un cercueil en bois et enterré rapidement dans une tombe peu profonde près de Canyon Diablo. L’histoire aurait pu s’arrêter là, avec un braquage raté, une mort violente et une page de plus dans les archives du Far West. Mais le Wigwam Saloon n’en avait pas tout à fait terminé avec lui.

Le dernier verre de John Shaw

Le lendemain, la nouvelle de la fusillade circule à Winslow. Au Wigwam Saloon, certains cowboys repensent aux verres abandonnés sur le comptoir. John Shaw était mort sans avoir bu le whisky qu’il avait commandé. Dans une logique très Far West — et assez peu compatible avec les manuels de savoir-vivre funéraire — quelques hommes estiment qu’un défunt mérite au moins de finir sa tournée.

Un groupe d’hommes prend alors le train vers Canyon Diablo. Sur place, ils empruntent des pelles à Fred Volz, commerçant local, puis rouvrent la tombe de Shaw. Le corps est sorti du cercueil et installé contre une clôture. Les récits rapportent que son visage semblait figé dans une sorte de sourire, probablement un effet post-mortem plus qu’une appréciation du service.

Les cowboys lui versent alors du whisky entre les dents. Le geste est macabre, grotesque et presque cérémoniel. Selon certaines versions, une bouteille aurait ensuite été placée dans le cercueil avant que Shaw soit remis en terre. C’est le genre d’épisode où l’on hésite entre lever un sourcil, fermer les rideaux ou commander immédiatement une eau gazeuse.

Derrière l’anecdote noire, on devine aussi une culture de frontière où la violence, la mort et l’alcool se mêlaient parfois à des rituels improvisés. Le geste des cowboys n’est pas seulement une plaisanterie morbide. Dans leur esprit, il semble aussi relever d’une forme de fidélité absurde: rendre à un mort ce qu’il n’avait pas pu finir vivant.

Des photographies pour prouver l’improbable

Ce qui distingue cette histoire d’une simple légende de saloon, c’est l’existence de photographies. Un appareil Kodak aurait été prêté sur place, et plusieurs clichés auraient été réalisés durant cette étrange « cérémonie ». Les images montrent notamment le corps de John Shaw sorti de terre et maintenu ou installé après son exhumation.

Le parcours de ces photographies est presque aussi romanesque que la scène elle-même. Selon les récits, les clichés auraient longtemps circulé localement, notamment dans l’environnement du Wigwam Saloon, avant d’être redécouverts et commentés plus tard. L’épisode est notamment raconté par Gladwell Richardson dans un article publié dans Arizona Highways en juin 1963 sous le titre A Drink for the Dead.

Ces images appartiennent à cette catégorie d’archives qui dérangent parce qu’elles donnent une matière visuelle à une histoire que l’on préférerait presque classer parmi les bobards. À une époque où l’appareil photo pouvait aussi servir à garder une trace des morts, jusque dans des pratiques aujourd’hui difficiles à regarder comme ces portraits post-mortem du XIXe siècle, les clichés de John Shaw rappellent que la frontière entre document, rituel et malaise était parfois très mince. Ici, l’image ne transforme pas l’histoire en épopée héroïque: elle la rend au contraire plus concrète, donc plus inconfortable.

Canyon Diablo, décor idéal pour une légende noire

Canyon Diablo est souvent entouré de récits très romancés. Comme beaucoup de lieux associés au Far West, son histoire a été embellie, exagérée, parfois franchement triturée par la mythologie populaire. Les villes fantômes, les saloons, les shérifs, les bandits: tout cela forme une matière idéale pour fabriquer des légendes plus grandes que nature.

Mais l’épisode de John Shaw garde une place à part, car il réunit plusieurs ingrédients puissants: un braquage, une fusillade à bout portant, une tombe ouverte au petit matin, du whisky, et des photographies. Même Hollywood aurait probablement demandé à réduire un peu le scénario pour le rendre crédible.

Dans ce Far West où les réputations naissaient parfois d’un duel, d’un portrait ou d’une histoire racontée trop souvent au saloon, John Shaw n’est pas devenu une grande icône populaire. Il est devenu une note de bas de page particulièrement noire, avec supplément whisky. Là où Wild Bill Hickok incarne la légende du tireur, où Calamity Jane nourrit celle de la femme de l’Ouest devenue personnage, Shaw reste associé à une scène beaucoup plus absurde: celle d’un hors-la-loi mort, ressorti de terre pour une dernière rasade.

Une histoire vraie, mais à manipuler avec précaution

Comme souvent avec les récits du Far West, les détails varient selon les sources. Le montant exact du butin, l’heure précise du braquage, le nombre d’hommes présents lors de l’exhumation ou la chaîne de transmission des photographies ne sont pas toujours rapportés de manière identique. Les grandes lignes, en revanche, reviennent de façon cohérente: le braquage du Wigwam Saloon, la mort de Shaw à Canyon Diablo, son enterrement rapide, puis son exhumation pour un dernier verre.

Le récit est donc à prendre non comme une légende parfaitement lisse, mais comme un épisode historique transmis par des témoignages, des articles et des photographies. Ce n’est pas une scène de western proprement chorégraphiée. C’est plus étrange, plus sale, plus humain aussi.

John Shaw n’est pas resté célèbre pour son braquage, ni pour son duel, mais pour ce qui s’est passé après sa mort. Son dernier verre n’a probablement jamais été avalé. Mais il a suffi à faire entrer son nom dans les histoires les plus insolites de l’Ouest américain.

Et quelque part, c’est peut-être la morale la plus Far West possible: ne laissez jamais un verre sans surveillance dans un saloon, quelqu’un pourrait en faire une légende.

Photos du dernier verre de John Shaw

Voici donc quelques clichés pris lors de ce dernier verre de John Shaw, des images évidemment macabres:

john shaw le hors la loi du far west exhume pour boire son dernier verre 1

john shaw le hors la loi du far west exhume pour boire son dernier verre 2

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Crédit photo Courtesy Arizona Historical Society; John Shaw Collection.

Sources

Vintage Everyday – The Amazing Story of Outlaw John Shaw’s Last Drink in 1905
KNAU Arizona Public Radio – Scott Thybony’s Canyon Commentary: The Last Drink
Arizona Highways – A Drink for the Dead, Gladwell Richardson
True West Magazine – John Shaw’s Last Drink
Wikipédia – Canyon Diablo shootout

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