Dans les manuscrits et les peintures médiévales, les chats ne sont pas toujours représentés en majestueux compagnons de foyer. Ils apparaissent parfois en marge des pages, dans des scènes étranges, comiques ou franchement peu distinguées. Et parmi ces bizarreries, un motif revient assez souvent : le chat en train de se lécher les fesses.
Oui, le Moyen Âge avait déjà ses chats ridicules. Pas besoin d’attendre Internet, les vidéos verticales et les commentaires “mon chat fait pareil” : les artistes et enlumineurs médiévaux avaient déjà compris qu’un félin occupé à sa toilette intime pouvait devenir une image très efficace. Un meme avant l’heure, mais avec parchemin, pigments et beaucoup plus de patience.
À retenir
Les chats dans les peintures médiévales apparaissent souvent dans des postures étranges, comiques ou marginales. Le motif du chat qui se lèche les fesses n’est pas une invention moderne : il fait partie de ces détails insolites que l’on retrouve dans certains manuscrits enluminés, souvent dans les marges, où les artistes se permettaient beaucoup plus de liberté.
Des chats dans les marges des manuscrits médiévaux
Les marges des manuscrits médiévaux étaient des espaces particulièrement libres. On y trouve des animaux musiciens, des hybrides, des monstres, des scènes absurdes, des combats improbables et quantité de petits détails qui semblent parfois se moquer du sérieux du texte principal.
Les chats y apparaissent régulièrement. Ils chassent, jouent, observent, s’installent dans des coins de page… ou se livrent à une toilette très personnelle. Ce dernier motif a été remarqué et compilé par le Tumblr Discarding Images, qui a recensé plusieurs exemples de ces félins médiévaux manifestement peu concernés par la dignité artistique.
Le résultat est à la fois drôle et très révélateur. Ces images montrent que les artistes du Moyen Âge ne représentaient pas seulement les animaux de manière symbolique ou sacrée. Ils observaient aussi leurs comportements ordinaires, parfois jusqu’au détail le moins glamour. Le chat médiéval n’est pas toujours démoniaque, noble ou mystérieux : parfois, il est juste un chat.
Pourquoi les artistes médiévaux dessinaient-ils ce genre de scènes ?
Il serait tentant de chercher une grande explication mystique à chaque chat qui se lèche le derrière. Mais dans beaucoup de cas, il faut probablement accepter une réponse plus simple : les marges médiévales aimaient l’humour, l’absurde et le contraste avec le texte sacré ou savant.
Les enlumineurs pouvaient y glisser des scènes comiques, des détails satiriques ou des animaux aux comportements très humains — ou très animaux, dans ce cas précis. Un chat en pleine toilette peut alors fonctionner comme un contrepoint burlesque : pendant que le manuscrit parle de spiritualité, de morale ou d’histoire, un félin rappelle que le monde matériel a aussi ses urgences.
Il faut aussi se souvenir que les chats étaient présents dans la vie quotidienne. Ils vivaient dans les maisons, les granges, les monastères et les villes, où ils chassaient les souris et circulaient librement. Les artistes les voyaient donc réellement agir. Et quiconque a déjà vécu avec un chat sait qu’il n’attend pas toujours le bon cadrage pour commencer sa toilette.
Le chat médiéval, entre animal familier et créature suspecte
Au Moyen Âge, le chat avait une image ambivalente. Il pouvait être utile pour contrôler les rongeurs, apprécié comme compagnon, mais aussi associé à la ruse, à la nuit, à la sexualité ou à des forces inquiétantes selon les contextes. Cette réputation contrastée explique en partie sa présence dans les marges, les bestiaires et les images moralisées.
Dans certains manuscrits, le chat peut donc servir de symbole négatif, de créature rusée ou de détail moqueur. Mais les chats représentés en train de se lécher les fesses semblent surtout appartenir à une autre catégorie : celle du réalisme trivial, du gag visuel et de l’observation amusée. En clair, l’artiste a vu un chat faire un truc de chat, et il l’a mis dans le manuscrit. L’histoire de l’art tient parfois à peu de chose.
Ce goût pour les animaux représentés de façon approximative, drôle ou franchement bizarre n’est pas limité aux chats. Les artistes médiévaux ont aussi produit des lions particulièrement étranges dans les peintures médiévales, souvent parce qu’ils n’en avaient jamais vu de près. Les chats, eux, étaient disponibles en modèle vivant ; cela ne les a pas empêchés de finir dans des poses peu flatteuses.
Un détail comique, mais pas seulement
Ces chats occupés à leur toilette peuvent faire sourire, mais ils rappellent aussi un point important : les manuscrits médiévaux n’étaient pas toujours aussi austères qu’on l’imagine. Ils pouvaient mêler le sacré et le grotesque, le savant et le quotidien, la prière et la blague visuelle.
Les marges servaient parfois d’espace de respiration. Elles permettaient aux artistes d’introduire du mouvement, de la satire, de l’étrange ou du très concret. Un chat qui se lèche les fesses dans un manuscrit n’est donc pas seulement une bizarrerie isolée : il appartient à une culture visuelle où l’humour et le décalage avaient toute leur place.
Dans le même esprit, les représentations médiévales d’animaux pouvaient prendre des libertés assez larges avec l’anatomie. Après les lions, on peut aussi citer les éléphants bizarres des peintures médiévales, parfois dessinés avec une imagination débordante et une documentation zoologique visiblement en congé.
Le Moyen Âge avait-il déjà inventé le meme de chat ?
La comparaison avec les memes modernes est tentante. Un chat dans une posture ridicule, une image facilement partageable, un effet comique immédiat : sur le principe, on n’est pas si loin. La différence, c’est que le meme médiéval ne circulait pas par réseau social, mais par manuscrit copié, feuilleté, conservé et parfois redécouvert plusieurs siècles plus tard.
Ces chats ne sont pas les ancêtres directs de nos images virales, mais ils prouvent une chose : l’humain rit des comportements absurdes des animaux depuis longtemps. Et les chats, déjà, occupaient une place de choix dans cette petite comédie visuelle.
Cette capacité à glisser du grotesque dans des images anciennes se retrouve aussi dans d’autres sujets artistiques. La Renaissance, par exemple, nous a laissé des bébés parfois franchement inquiétants dans les peintures. Comme quoi, l’histoire de l’art n’a pas seulement produit des chefs-d’œuvre : elle a aussi produit quelques moments de perplexité durable.
Des images médiévales qui parlent encore à notre humour
Si ces chats médiévaux continuent d’amuser aujourd’hui, c’est parce qu’ils réduisent brutalement la distance entre nous et le passé. On imagine souvent le Moyen Âge comme un monde lointain, solennel, dur, religieux, codé. Puis un chat apparaît dans une marge, occupé à se lécher les fesses, et soudain tout devient plus humain.
L’image fonctionne parce qu’elle est immédiatement compréhensible. Pas besoin de connaître le latin, la théologie ou l’histoire de l’enluminure : tout le monde comprend la scène. Le chat fait sa vie. L’artiste l’a vu. Le lecteur moderne rit. Le Moyen Âge, pour une fois, n’a même pas besoin de traduction.
Dans cette même galerie des images médiévales où le sérieux se fait bousculer, on peut aussi découvrir ces personnages qui semblent se moquer d’être tués dans les peintures médiévales. Entre les félins impudiques et les victimes étonnamment détendues, les marges du Moyen Âge avaient décidément un sens de la dramaturgie assez particulier.
Sources pour aller plus loin
• Discarding Images – Top 10 Medieval Butt-Licking Cats
• Bangor University – Cats in the Middle Ages
• British Library – Ludicrous figures in the margin
• British Library – Knight v Snail, marginalia médiévale













