En regardant la cime d’un arbre, on peut parfois apercevoir une grosse boule sombre, compacte, emmêlée, comme un nid d’oiseau construit par un architecte particulièrement pressé. Pourtant, il n’y a souvent ni merle, ni corneille, ni locataire à plumes dans cette masse de brindilles. Il peut s’agir d’un balai de sorcière, appelé en anglais witches’ broom, une anomalie de croissance qui transforme une portion de branche en touffe dense de rameaux.
De loin, on dirait un nid ; de près, c’est un désordre botanique très organisé dans son chaos. Crédit photo Tina Ellegaard Poulsen (CC BY 4.0).
Le nom est assez réussi : de loin, ces amas ressemblent à de vieux balais suspendus dans les arbres. De près, c’est surtout une belle démonstration du fait que la botanique sait parfois se coiffer toute seule, mais pas toujours avec beaucoup de discipline.
À retenir
Le balai de sorcière est une croissance anormale formant une touffe dense de rameaux dans un arbre. Il peut être causé par des champignons, virus, phytoplasmes, acariens, plantes parasites, mutations ou stress environnementaux. Sur les bouleaux, le champignon Taphrina betulina est l’un des responsables les plus connus. Le phénomène est souvent spectaculaire, mais pas toujours dangereux pour l’arbre.
Dans certains cas, ces anomalies ont même servi à créer des variétés naines d’arbres d’ornement.
Crédit photo User:Beentree (CC BY-SA 3.0).
Une boule de branches qui n’est pas un nid
Le balai de sorcière se forme lorsque la croissance normale d’un arbre est perturbée. Au lieu de développer une branche selon son architecture habituelle, l’arbre produit une prolifération de petites pousses regroupées au même endroit.
Ces rameaux sont souvent plus courts, plus serrés et plus nombreux que les branches voisines. Sur un arbre dénudé en hiver, le phénomène devient particulièrement visible : on distingue alors une sorte de boule végétale dans la ramure, parfois unique, parfois répétée plusieurs fois sur le même arbre.
Le résultat peut rappeler certains arbres insolites déjà croisés dans la nature, à ceci près qu’ici l’étrangeté ne vient pas de la forme générale du tronc, mais d’un désordre localisé dans la croissance.
Balai de sorcière dans un bouleau. Crédit photo Dominicus Johannes Bergsma (CC BY-SA 4.0).
Quelles sont les causes du balai de sorcière ?
Il n’existe pas une seule cause. Le balai de sorcière est plutôt un symptôme, un peu comme la toux chez les humains : elle peut avoir plusieurs origines, et toutes ne racontent pas la même histoire.
Parmi les déclencheurs connus, on trouve des champignons, des virus, des phytoplasmes — des micro-organismes proches des bactéries qui vivent dans les tissus conducteurs de la plante —, des acariens ériophyides, des plantes parasites comme le gui nain, ou encore des mutations dans les cellules végétatives de l’arbre.
Dans la majorité des cas, l’anomalie perturbe la dominance normale des bourgeons. Le point de croissance principal est affaibli ou modifié, ce qui entraîne le développement désordonné de nombreux bourgeons latéraux. En version très courte : l’arbre perd momentanément son chef d’orchestre, et toute la section de cuivres se met à jouer en même temps.
Charme (Carpinus betulus) avec balais de sorcière. Crédit photo Peter O’Connor aka anemoneprojectors (CC BY-SA 2.0).
Le cas du bouleau et du champignon Taphrina betulina
Le cas le plus connu concerne les bouleaux. Chez eux, de nombreux balais de sorcière sont associés au champignon Taphrina betulina, responsable de masses denses de rameaux sur différentes espèces de bouleaux, notamment le bouleau verruqueux (Betula pendula) et le bouleau pubescent (Betula pubescens).
Ce champignon modifie le comportement des bourgeons et provoque la formation de pousses serrées qui peuvent rester visibles pendant plusieurs années. Sur certains arbres, ces amas finissent par donner l’impression que la cime est constellée de gros nids noirs.
Le phénomène n’est pas réservé aux bouleaux. Des balais de sorcière peuvent aussi apparaître sur des charmes, cerisiers, pins, genévriers, érables, frênes, noyers ou pommiers selon les agents en cause. Certaines rouilles fongiques, comme celles du genre Gymnosporangium, peuvent également produire des déformations spectaculaires ; dans le genre “champignon qui ne sait pas rester discret”, la rouille du genévrier joue déjà dans une catégorie très théâtrale.
Un bouleau infecté par Taphrina betulina, responsable du balai de sorcière. Crédit photo MPF (CC BY 2.5).
Est-ce dangereux pour l’arbre ?
Dans beaucoup de cas, un balai de sorcière isolé n’est pas fatal pour l’arbre. Il peut rester en place longtemps sans provoquer de déclin majeur. Les arbres continuent généralement leur croissance, même si la zone touchée fonctionne moins bien qu’une branche normale.
Les feuilles produites dans ces amas sont parfois plus petites, déformées ou moins efficaces pour la photosynthèse. Sur les fruitiers, les balais de sorcière peuvent réduire localement la production, car ces rameaux anormaux portent peu ou pas de fruits.
La situation devient plus sérieuse lorsque la cause est un parasite comme le gui nain, notamment sur certains conifères. Dans ce cas, les balais peuvent détourner eau et nutriments, affaiblir progressivement l’arbre, provoquer le jaunissement des aiguilles et contribuer au dépérissement, surtout lorsque l’infection est importante.
Balai de sorcière sur un cerisier. Crédit photo Acabashi (CC BY-SA 4.0).
Faut-il couper un balai de sorcière ?
Tout dépend du contexte. Dans un jardin, si l’amas est accessible et gênant, il peut être supprimé par une taille propre, idéalement par un professionnel lorsque la branche est haute ou fragile. Sur un arbre d’ornement, c’est souvent une décision esthétique.
Mais en forêt ou sur un arbre qui ne présente pas de risque, il n’est pas forcément nécessaire d’intervenir. Le balai de sorcière fait partie des petites bizarreries naturelles, au même titre que certains champignons du bois mort comme le xylaire polymorphe, ce “doigt du diable” qui semble sorti d’un décor de film gothique mais participe au recyclage de la matière organique.
Un mélèze d’Europe avec un balai de sorcière. Crédit photo Jerzy Opioła (CC BY-SA 4.0).
Une anomalie parfois utile aux horticulteurs
Détail plus inattendu : certains balais de sorcière ont intéressé les horticulteurs. Lorsqu’ils sont causés par une mutation stable, des boutures peuvent parfois être prélevées et multipliées afin d’obtenir des formes naines ou compactes d’arbres d’ornement.
Plusieurs conifères miniatures et cultivars de jardin sont ainsi issus de mutations repérées dans la nature. Autrement dit, ce qui ressemble à une erreur de croissance peut devenir, avec un peu de patience, une variété décorative.
Crédit photo Plant Galls (CC BY-SA 2.0).
Où observer des balais de sorcière ?
Les balais de sorcière sont plus faciles à repérer en hiver, lorsque les feuillus ont perdu leurs feuilles. Les bouleaux sont de bons candidats, surtout dans les bois, les parcs ou les alignements anciens. Il suffit de lever les yeux vers les branches hautes et de chercher des amas compacts, plus sombres et plus denses que le reste de la ramure.
On peut en voir en milieu naturel, en zone urbaine, sur des arbres isolés ou en forêt. Certaines formations sont petites et discrètes ; d’autres atteignent une taille assez imposante pour évoquer un gros nid. Pour les curieux d’arbres à silhouettes improbables, le sujet complète bien d’autres anomalies végétales comme les arbres au tronc carré d’El Valle de Antón ou encore le Bialbero de Casorzo, cet arbre qui pousse sur un autre arbre.
Crédit photo Vertigogen (CC BY-NC-SA 2.0).
Sources pour aller plus loin
• Amusing Planet – Witches’ Broom on Trees
• University of Maryland Extension – Witches’ Broom on Trees
• Woodland Trust – Witches’ brooms: what they look like and why they form
• Utah State University Extension – Witches’ Broom
• University of Minnesota Extension – Dwarf mistletoe
• Christita et al., 2022 – Distinct Taphrina strains from the phyllosphere of birch









