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Des sculptures avec des déchets plastiques de plage par Gilles Cenazandotti

Les plages rejettent parfois des coquillages, du bois flotté, des algues… et beaucoup trop de plastique. L’artiste français Gilles Cenazandotti a choisi de transformer cette matière indésirable en sculptures d’animaux, dans une série intitulée Future Bestiary.

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Bouchons, tongs, bidons, tubes, fragments colorés et autres objets échoués deviennent une peau artificielle pour des ours, crocodiles, félins ou primates. Le résultat est très coloré, presque ludique au premier regard, mais le message est nettement moins joyeux : ces animaux semblent porter sur eux les déchets qui menacent leur environnement. La mer rend les copies, et l’humanité n’a pas très bien révisé.

À retenir

Gilles Cenazandotti crée des sculptures d’animaux avec des déchets plastiques récupérés sur les plages. Sa série Future Bestiary met en scène des espèces souvent menacées, recouvertes d’une “peau” de plastique issue de notre consommation.
L’artiste utilise des matériaux rejetés par la mer : fragments industriels, emballages, tongs, bouchons, bidons ou morceaux de plastique coloré. Le projet parle autant de recyclage artistique que de pollution marine, de surconsommation et de transformation inquiétante du vivant.

Future Bestiary, un bestiaire du plastique

Dans Future Bestiary, Gilles Cenazandotti ne sculpte pas seulement des animaux à partir de déchets. Il imagine une sorte de bestiaire futur, où la nature a été recouverte, modifiée ou contaminée par les restes de notre industrie. Un idée qui rejoint The beauty de Pascal Schelbi.

L’artiste explique sa démarche en des termes très directs : impressionné par tout ce que la mer rejette et transforme, il récolte sur les plages les produits dérivés du pétrole et de son industrie. Le choix d’animaux appartenant souvent à des espèces menacées complète cette réflexion : en les recouvrant d’une nouvelle peau ramassée au bord de mer, il veut attirer l’attention sur une métamorphose possible, un trompe-l’œil d’une réalité modifiée.

Cette idée est au cœur du projet. Les sculptures sont belles, parfois même séduisantes par leurs couleurs, mais elles restent inquiétantes. Leur beauté vient d’objets qui ne devraient pas se trouver là : déchets flottants, plastiques abandonnés, fragments de consommation échoués sur les rivages.

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Des animaux recouverts par nos déchets

Les œuvres de Gilles Cenazandotti représentent des animaux reconnaissables : ours polaire, crocodile, félin, babouin ou autres figures du monde sauvage. Mais leur peau n’est plus faite de poils, d’écailles ou de plumes. Elle est remplacée par des morceaux de plastique, assemblés comme une mosaïque de notre négligence.

Certains objets restent parfaitement identifiables. Un bouchon peut devenir une écaille, une tong peut suggérer une langue, un morceau de bidon peut former une surface de couleur, un fragment trouvé sur la plage peut devenir une partie du corps. Cette lisibilité rend les sculptures plus fortes : on ne regarde pas une matière abstraite, mais des objets familiers déplacés dans un contexte très dérangeant.

L’approche rejoint d’autres démarches de recyclage artistique, où des matériaux ordinaires deviennent matière à création. Dans un registre plus lié aux objets trouvés et à l’image, Jane Perkins recrée par exemple des peintures célèbres avec des objets de récupération. Chez Cenazandotti, l’objet récupéré garde lui aussi son identité, mais il porte une charge écologique beaucoup plus frontale.

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La pollution plastique, une « matière » trop abondante

Le projet fonctionne parce que la matière première ne manque malheureusement pas. Les déchets plastiques s’accumulent dans les océans, se fragmentent, dérivent, s’échouent, entrent dans les chaînes alimentaires et affectent de nombreuses espèces marines ou côtières.

Sur 2tout2rien, ce problème avait déjà été abordé avec le sixième continent de plastique, cette immense accumulation de déchets dans le Pacifique Nord, souvent utilisée comme symbole de la pollution océanique. À une autre échelle, ce vieux pêcheur de 90 ans qui ramasse le plastique de l’océan chaque jour rappelle que le problème se joue aussi dans des gestes concrets, patients, moins spectaculaires qu’une grande sculpture mais tout aussi parlants.

Cette matière rejetée par la mer a aussi inspiré des créations monumentales, comme ces sculptures géantes réalisées avec des déchets de plage, où l’accumulation devient impossible à ignorer.

Cenazandotti ne donne pas une conférence scientifique. Il fait autre chose : il rend visible cette accumulation. Il transforme le déchet en pelage, en carapace, en peau. L’animal devient alors une image de notre époque : vivant par sa forme, artificiel par sa surface.

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Des matériaux de récupération comme puzzle animalier

Le travail de Gilles Cenazandotti repose aussi sur un sens très précis de l’assemblage. Les déchets ne sont pas seulement collés au hasard sur une forme animale. Ils sont choisis pour leur couleur, leur forme, leur taille et leur capacité à évoquer une partie du corps.

Wired rapportait que l’artiste traite chaque morceau comme une pièce de puzzle, en organisant les déchets par thème, couleur, taille ou forme avant de les intégrer aux sculptures. Cette méthode explique la lisibilité des œuvres : malgré l’accumulation de plastique, les animaux restent identifiables et expressifs.

L’une des œuvres les plus marquantes est un ours polaire de grande taille. Le CNAP mentionne par exemple un Ours Polaire réalisé en 2012, d’environ 250 cm de hauteur, composé de matériaux de récupération trouvés sur les plages. La blancheur du plastique, normalement associée à une idée de pureté, devient ici un signe ambigu : elle évoque autant la banquise que la pollution qui la remplace peu à peu.

Quand le déchet devient avertissement

Ce type d’œuvre fonctionne parce qu’il évite deux pièges : le simple objet décoratif et le discours écologique trop abstrait. On voit immédiatement ce que l’artiste montre. Un animal est là, mais il est couvert de déchets. Le message arrive vite, sans panneau explicatif de trois mètres.

C’est le même principe avec cette baleine en plastique de 11 mètres installée à Canary Wharf : l’échelle transforme la pollution en image choc, sans avoir besoin de réciter tout un rapport scientifique.

Il existe beaucoup de créations à partir d’objets recyclés, certaines plus ludiques, comme ces couverts recyclés en animaux. Chez Gilles Cenazandotti, la logique est plus sombre : les animaux ne sont pas seulement fabriqués avec des rebuts, ils semblent déjà contaminés par eux.

Cette ambiguïté donne toute sa force à Future Bestiary. On admire les formes, les couleurs et l’ingéniosité de l’assemblage, puis on se rappelle que chaque morceau utilisé vient d’un problème bien réel. L’art fait ici ce qu’il sait parfois faire de mieux : rendre visible ce qu’on préfère ne pas trop regarder.

Sources pour aller plus loin

CNAP — Gilles Cenazandotti, exposition Tide Art – Plastic Beach et présentation de sculptures d’espèces menacées en matériaux récupérés sur les plages
Gilles Cenazandotti — site officiel de l’artiste
Creative Boom — Future Bestiary by Gilles Cenazandotti, sculptures animales en déchets plastiques échoués
Wired — These Animal Sculptures Are 3-D Jigsaw Puzzles Made From Beach Trash
IGNANT — Future Bestiary by Gilles Cenazandotti, présentation du projet et citation de l’artiste
TIME — 13 artists who turned ocean trash into art, mention de Gilles Cenazandotti et de ses sculptures d’animaux menacés

D’autres ce sont des couverts qu’ils recyclent en animaux.

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2 commentaires sur “Des sculptures avec des déchets plastiques de plage par Gilles Cenazandotti”

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