Au milieu du XIXe siècle, alors que la photographie était encore une technique jeune et exigeante, Claude-Marie Ferrier a parcouru l’Europe pour en fixer les monuments, les villes et les paysages. Ses images nous ramènent dans les années 1850, à une époque où Paris n’avait pas encore achevé sa transformation haussmannienne et où photographier Rome, Prague ou les Alpes nécessitait autrement plus de matériel qu’un téléphone glissé dans une poche.
Né à Lyon en 1811, ce photographe français s’est notamment fait connaître grâce à ses vues sur verre et à ses photographies stéréoscopiques. De Windsor à Venise en passant par Paris, Prague, Rome et les vallées suisses, ses clichés offrent aujourd’hui un étonnant voyage dans l’Europe des années 1850, avec une précision parfois surprenante pour des images vieilles de plus de 170 ans.
Angleterre. Château de Windsor, vers 1851. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
À retenir
- Claude-Marie Ferrier est un photographe français né en 1811 et mort en 1889.
- Il a photographié l’Exposition universelle de Londres de 1851, notamment avec le photographe britannique Hugh Owen.
- Il s’est spécialisé dans les vues stéréoscopiques, conçues pour donner une impression de relief.
- Ses photographies documentent la France, l’Angleterre, l’Italie, la Suisse, la Bohême et de nombreux autres territoires européens.
- Une grande partie de son travail repose sur des négatifs sur verre, capables de restituer une remarquable quantité de détails.
Claude-Marie Ferrier, pionnier de la photographie sur verre
Claude-Marie Ferrier est né à Lyon en 1811. D’abord artiste, il s’est tourné vers la photographie alors que le médium n’existait que depuis quelques années. Au début des années 1850, son nom était déjà associé à des portraits et surtout à des reproductions particulièrement détaillées.
L’un des épisodes majeurs de sa carrière a été la Great Exhibition de Londres en 1851, la grande Exposition universelle organisée dans le Crystal Palace. Ferrier y a travaillé avec le Britannique Hugh Owen pour documenter les objets, les stands et l’immense palais de verre.
Certaines de ces photographies ont ensuite été intégrées aux quatre volumes officiels des Reports by the Juries. Les collections du Getty conservent encore des tirages réalisés par Ferrier et Owen pendant l’exposition.
Angleterre. Vue extérieure du Crystal Palace depuis le parc, 1856. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
En 1855, Ferrier participe également à l’Exposition universelle de Paris, où il reçoit une médaille d’argent. Son activité dépasse toutefois largement les grandes expositions : il photographie des villes, des monuments, des paysages et des œuvres d’art dans une grande partie de l’Europe.
À partir de 1859, il travaille avec son fils Jacques Alexandre Ferrier et le photographe Charles Soulier. La maison Ferrier père, fils et Soulier devient alors un important éditeur de vues stéréoscopiques. Elle commercialise des images de France, de Suisse, d’Italie, de Grande-Bretagne, de Turquie ou encore de Grèce, avant que cette activité ne passe quelques années plus tard entre les mains de Léon et Lévy.
La stéréoscopie, une sorte de 3D au XIXe siècle
Une grande partie de la réputation de Ferrier repose sur la photographie stéréoscopique. Le principe consistait à photographier une même scène depuis deux points très légèrement décalés, à peu près comme le font nos deux yeux.
Placées dans un stéréoscope, les deux images étaient observées simultanément et le cerveau les fusionnait pour produire une impression de profondeur. Bien avant les casques de réalité virtuelle, les Européens du XIXe siècle pouvaient ainsi admirer Rome, les Alpes ou Venise avec une étonnante sensation de relief.
La Bibliothèque nationale de France conserve notamment des vues stéréoscopiques de Ferrier datant d’environ 1856, réalisées sur papier albuminé à partir de négatifs sur verre.
Ce support permettait d’obtenir des détails particulièrement fins. Il explique en partie pourquoi certaines vues de Ferrier donnent aujourd’hui l’impression étrange de regarder par une petite fenêtre ouverte sur les années 1850.
Quelques années plus tard, d’autres pionniers français exploreraient à leur tour les possibilités inattendues du nouveau médium, comme Nadar et son frère avec leurs étonnants portraits à 360 degrés.
Prague et la Bohême photographiées en 1856
En 1856, Ferrier photographie également Prague, alors située dans le royaume de Bohême au sein de l’Empire d’Autriche. Le célèbre pont Charles apparaît ici dans un environnement urbain qui semble à la fois immédiatement reconnaissable et incroyablement lointain.
Bohême. Pont de Prague, aujourd’hui pont Charles, en 1856. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Les façades et les monuments dominent largement l’image : avec les temps de pose de l’époque, les passants et véhicules en mouvement avaient en effet une fâcheuse tendance à disparaître des photographies.
Bohême. Une autre vue du pont de Prague en 1856. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Ce monument médiéval reste aujourd’hui l’un des symboles de Prague. Pour remonter encore plus loin dans son histoire, découvrez également comment le pont Charles a été construit.
La France photographiée par Ferrier dans les années 1850
La France occupe naturellement une place importante dans le travail de Ferrier. Paris y apparaît avant ou pendant les gigantesques transformations conduites sous Napoléon III et le préfet Haussmann.
France. Un pont à Paris, vers 1852-1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Place du Châtelet à Paris, vers 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Paris n’est toutefois qu’une partie du voyage. Ferrier photographie également le sud de la France et plusieurs monuments qui deviendront des icônes du patrimoine national.
France. Carcassonne, vers 1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, vers 1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Château de Maintenon, 1852. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
À Versailles, Ferrier s’intéresse au hameau de la Reine, créé plusieurs décennies plus tôt pour Marie-Antoinette.
France. Cottage du Hameau de la Reine à Versailles, vers 1852-1854. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
L’Exposition universelle de Paris de 1855
Ferrier photographie également l’intérieur de l’Exposition universelle de Paris de 1855, organisée quatre ans après celle de Londres.
France. Intérieur de l’Exposition universelle de Paris, 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Une autre vue de l’intérieur de l’Exposition universelle de 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Rouen, les Pyrénées et Paris
France. Palais de Justice de Rouen, 1852, selon la légende historique de cette série. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Ferrier ne photographie pas uniquement les grandes villes. Son catalogue comprend aussi des paysages de montagne et des stations thermales, comme Eaux-Chaudes dans les Pyrénées.
France. Eaux-Chaudes dans les Pyrénées, vers 1856-1858. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
La photographie de Notre-Dame est particulièrement intéressante : elle montre la cathédrale bien avant les foules, les voitures et les millions de clichés numériques contemporains.
France. Notre-Dame de Paris, 1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Les toits de Paris, vers 1852-1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
France. Vue de Paris, vers 1852-1853. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Pour comparer ces vues du début du Second Empire avec la capitale quelques décennies plus tard, retrouvez également ces 35 photographies de Paris au XIXe siècle.
France. Église Saint-Sulpice à Paris, vers 1858. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Rome et Venise au milieu du XIXe siècle
L’Italie constitue un autre terrain important pour Ferrier. Le Getty signale sa présence à Rome en 1855 puis à Venise en 1856. Ses catalogues et ceux de la maison Ferrier et Soulier diffuseront ensuite largement les monuments italiens sous forme de vues stéréoscopiques.
Italie. Panorama du Forum romain, 1857. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Italie. Place Saint-Marc à Venise, vers 1853-1854. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Italie. Ruines du Temple de la Concorde à Rome, vers 1853-1854. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
La Suisse des années 1850
Les Alpes constituent un sujet particulièrement adapté à la stéréoscopie. Le relief accentuait naturellement l’effet de profondeur recherché lorsque les deux images étaient observées dans un stéréoscope.
La BnF conserve d’ailleurs un ensemble de vues de Suisse et de Savoie réalisées vers 1856, sur papier albuminé à partir de négatifs sur verre au collodion.
Suisse. Grande arche du pont de Berne, vers 1856-1858. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Suisse. Une rue de Meiringen, vers 1856-1858. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Suisse. Vallée de la Viège, vers 1856-1858. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Ces photographies ont quelque chose de particulier : les paysages alpins sont facilement reconnaissables, mais presque tout ce qui rappelle le tourisme de masse contemporain en est absent. Une Suisse dans son jus d’époque.
Le Vatican photographié au milieu du XIXe siècle
Ferrier et les photographes associés à sa maison ont également constitué un important catalogue consacré à Rome et au Vatican. Ces images avaient une valeur documentaire mais aussi commerciale : grâce à la stéréoscopie, il devenait possible de découvrir les collections et monuments romains sans quitter son salon.
Vatican. Cérémonie de bénédiction lors du dimanche de Pâques, 1859. La date 1959 parfois associée à cette image est manifestement une coquille, Claude-Marie Ferrier étant mort en 1889. Source iconographique : Vintage Everyday.
Vatican. Chambre des Bustes et Galerie des Statues, vers 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Vatican. Galerie Chiaramonti, vers 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Vatican. Galerie de la Bibliothèque, vers 1855. Photographie attribuée à Claude-Marie Ferrier. Source iconographique : Vintage Everyday.
Des photographies qui sont aussi des documents historiques
Ces images ne montrent finalement pas seulement des monuments anciens. Elles documentent aussi une époque où la photographie commençait à devenir un moyen de voyager par l’image. Les vues stéréoscopiques permettaient à leur propriétaire de parcourir virtuellement l’Europe depuis son fauteuil, avec une sensation de profondeur qui devait sembler presque magique au milieu du XIXe siècle.
Ferrier n’était d’ailleurs pas le seul à photographier l’Europe de cette manière. À la même époque, d’autres opérateurs documentaient les grandes villes du continent. Pour poursuivre ce voyage dans le temps, découvrez par exemple Varsovie photographiée dans les années 1850.
Les vues de Claude-Marie Ferrier sont aujourd’hui conservées dans plusieurs grandes collections internationales, notamment au Getty, à la Bibliothèque nationale de France et dans différents musées consacrés à l’histoire de la photographie. Elles constituent autant de petites fenêtres, sur verre et papier, ouvertes sur une Europe vieille de près de deux siècles.
Sources pour aller plus loin
- Getty Research Institute – Claude Marie Ferrier
- Bibliothèque nationale de France – vues stéréoscopiques de Ferrier en Suisse et Savoie
- Bibliothèque nationale de France – catalogue des vues stéréoscopiques de Ferrier et Soulier
- J. Paul Getty Museum – photographie de la Great Exhibition de 1851 par Ferrier et Hugh Owen
- Getty Research Institute – Ferrier père, fils et Soulier




























