Les photos de Paris au 19ème siècle montrent une capitale immédiatement reconnaissable et pourtant profondément différente. Notre-Dame, le Louvre, les Champs-Élysées ou le Palais-Royal sont déjà là, mais autour d’eux les rues, les marchés, les véhicules et même certains monuments racontent un autre Paris.
Entre les années 1850 et 1890, la ville connaît des transformations gigantesques. Les travaux engagés sous Napoléon III et le préfet Haussmann percent de nouvelles avenues, aménagent des parcs et bouleversent des quartiers entiers. Puis viennent le siège de Paris, la Commune de 1871, la reconstruction et, à la fin du siècle, l’Exposition universelle de 1889 avec sa toute nouvelle tour Eiffel. La photographie, elle aussi encore relativement jeune, devient un témoin exceptionnel de cette métamorphose.
Le square des Arts-et-Métiers, aujourd’hui square Émile-Chautemps, dans la seconde moitié du XIXe siècle. La date d’avril 1855 parfois associée à cette photographie est problématique, le square ayant été créé en 1858. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
À retenir
Ces 35 photographies anciennes permettent de suivre Paris des années 1850 jusqu’au milieu des années 1890. Elles montrent notamment le Paris des grands travaux haussmanniens, les destructions de 1870-1871, les Halles de Baltard, l’Opéra Garnier et les débuts de la tour Eiffel.
Plusieurs clichés peuvent aujourd’hui être rattachés aux collections publiques du musée Carnavalet, de la Bibliothèque nationale de France ou à de grands photographes comme Charles Marville, Alphonse Liébert et Hippolyte Blancard. Les origines sont toutefois difficiles à retracer.
Paris dans les années 1850 et 1860 : une ville en plein chantier
Lorsque Georges Eugène Haussmann devient préfet de la Seine en 1853, Paris compte environ un million d’habitants. Sous l’impulsion de Napoléon III, les travaux ouvrent de grandes artères, développent les réseaux d’eau et d’égouts, créent des espaces verts et font disparaître une partie du tissu urbain ancien.
La photographie arrive juste à temps pour conserver la mémoire de rues et de bâtiments promis à la transformation ou à la démolition. Charles Marville est notamment chargé par la Ville de Paris de documenter de nombreux secteurs bouleversés par les travaux.
L’Arc de Triomphe du Carrousel et le palais des Tuileries vers 1860. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Scène de rue à Paris vers 1860. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le palais des Tuileries vers 1860, avant son incendie pendant la Commune de Paris et sa démolition ultérieure. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Construction des guichets autour du pavillon de la Trémoille, vers 1863. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Notre-Dame de Paris en 1863. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
L’île de la Cité est particulièrement touchée par les transformations. Des rues entières disparaissent autour de Notre-Dame afin de laisser place à de nouveaux bâtiments administratifs, à la préfecture de police et au nouvel Hôtel-Dieu.
Le jardin du Palais-Royal vers 1865. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La place de la Concorde en 1865. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le rond-point des Champs-Élysées vers 1865. Crédit photo Charles Marville, domaine public.
La rue de Rivoli vers 1865, l’une des grandes artères prolongées et profondément transformées sous le Second Empire. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Les Bains de la Samaritaine à Paris, vers 1865. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday. Une vue proche du même établissement, datée entre 1855 et 1865, est conservée au musée Carnavalet.
Le nom « Samaritaine » ne désigne pas encore ici le célèbre grand magasin. Les Bains de la Samaritaine étaient un établissement flottant installé sur la Seine à proximité du Pont-Neuf.
Le parc des Buttes-Chaumont lors de son ouverture en 1867. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Les Buttes-Chaumont résument à elles seules l’ampleur de la transformation. Une ancienne zone de carrières devient sous le Second Empire un spectaculaire parc paysager aménagé sous la direction d’Adolphe Alphand.
Notre-Dame de Paris en 1868. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le nouvel Hôtel-Dieu de Paris en construction en 1869, au nord du parvis de Notre-Dame. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
À la même époque, Paris offre aussi des scènes nettement moins touristiques qu’aujourd’hui. Nadar photographie ainsi les catacombes de Paris, avec des temps de pose très longs et un éclairage artificiel particulièrement compliqué à mettre en œuvre.
Paris en 1870 et 1871 : siège, Commune et monuments en ruines
Le changement de décor est brutal. Le siège de Paris commence en septembre 1870 pendant la guerre franco-prussienne et se termine en janvier 1871. Quelques semaines plus tard débute la Commune de Paris, qui s’achève lors de la Semaine sanglante de mai.
La photographie prend alors une nouvelle dimension : elle permet de documenter presque immédiatement les événements historiques et leurs destructions.
Le boulevard de la Madeleine vers 1870. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La colonne Vendôme à terre en mai 1871, après sa chute pendant la Commune de Paris. Photographie de Charles Soulier, tirée de la série Paris incendié, référence PH1985:0532, collection du Centre Canadien d’Architecture.
Le rôle de Gustave Courbet dans cet épisode est parfois résumé un peu rapidement. Le peintre avait bien proposé dès 1870 de « déboulonner » la colonne, qu’il considérait comme un symbole du militarisme impérial. Mais le décret ordonnant sa démolition est voté par la Commune le 12 avril 1871, avant l’entrée de Courbet au Conseil de la Commune. La chute de la colonne a lieu le 16 mai. Courbet sera ensuite tenu pour responsable et condamné à participer financièrement à sa reconstruction.
L’Hôtel de Ville de Paris en 1872, après les destructions de la Commune. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le fort de Vanves après les combats de 1870-1871. Photographe inconnu, cliché parfois attribué à Hippolyte Blancard. Source : Vintage Everyday.
Le Grand Hôtel du Louvre, vers 1875 selon la légende d’origine. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Vue de l’île de la Cité vers 1875. Le mois de mars parfois associé à cette photographie n’a pas pu être confirmé. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Sur l’île de la Cité, Paris possédait également une curiosité aujourd’hui difficile à imaginer : la morgue de Paris était devenue une véritable attraction populaire, où les badauds venaient observer derrière une vitre les corps non identifiés.
Paris dans les années 1880 : la capitale entre dans une nouvelle époque
Dans les années 1880, le nouveau Paris est largement installé. Les grandes avenues, les gares, les Halles et l’Opéra ont redessiné une bonne partie de la ville, tandis que chevaux, fiacres et omnibus occupent encore les rues.
La colonne de Juillet et la gare de la Bastille vers 1880. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La gare de la Bastille se trouvait à l’emplacement de l’actuel Opéra Bastille. Elle desservait notamment Vincennes et l’est parisien avant de disparaître au XXe siècle.
La porte Saint-Denis vers 1880. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
L’Opéra Garnier vers 1885. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Inauguré en 1875, l’Opéra Garnier est l’un des symboles les plus spectaculaires du nouveau Paris. Sa construction avait commencé sous Napoléon III mais s’était prolongée après la chute du Second Empire.
Le Palais-Royal vers 1885. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le port du Louvre vu depuis le pont Royal en 1885. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
1889 : la tour Eiffel change la silhouette de Paris
L’Exposition universelle de 1889 apporte à Paris un monument destiné à devenir son symbole mondial. Achevée au printemps, la tour Eiffel devient immédiatement la vedette de l’Exposition.
Les premiers visiteurs doivent néanmoins commencer par utiliser les escaliers : les ascenseurs de la tour ne sont mis en service qu’au cours de l’Exposition.
Installation de l’ascenseur pendant la construction de la tour Eiffel à Paris. Source : Münchner Stadtmuseum.
Paris dans les années 1890 : rues, Halles et vie quotidienne
À l’approche de 1900, les photographies deviennent plus nombreuses et la ville plus animée. Elles ne montrent plus seulement les grands monuments : marchands, marchés, voitures, rues et passants prennent progressivement davantage de place dans les images.
Cette période est particulièrement bien documentée par Hippolyte Blancard, dont le musée Carnavalet conserve de très nombreuses photographies de Paris.
Le boulevard des Capucines vers 1890. Crédit photo Neurdein Frères. Source : Vintage Everyday.
Les Halles de Paris vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Les pavillons de fer et de verre conçus par Victor Baltard sont alors le cœur alimentaire de Paris. Émile Zola en avait fait quelques années plus tôt le décor du Ventre de Paris. Presque tous seront détruits à partir de 1971.
L’Opéra Garnier vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Des marchands parisiens vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La place des Victoires à Paris vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Le pont au Change avec la tour Saint-Jacques à l’arrière-plan, vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La légende diffusée sur plusieurs compilations indique parfois « avril 1890 », mais le musée Carnavalet date plus prudemment le cliché de « vers 1890 ».
La porte Saint-Denis vue de face vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La datation précise de « mai 1890 » fréquemment reprise en ligne n’est pas donnée par Carnavalet, qui indique simplement « vers 1890 ».
La rue du Temple avec la statue de la République visible à l’arrière-plan, vers 1890. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
La mention « septembre 1890 » donnée dans la compilation d’origine n’est là encore pas confirmée par la notice du musée.
La place de la Bourse, donnée comme photographiée en 1895 dans la compilation d’origine. Photographe inconnu. Source : Vintage Everyday.
Des photographies qui montrent un Paris en train de disparaître
Ce qui ressort de ces images n’est finalement pas seulement l’ancienneté des monuments ou des vêtements. C’est surtout la vitesse à laquelle le décor change.
Entre les premières vues des années 1860 et celles des années 1890, Paris passe d’une ville encore largement héritée des siècles précédents à une métropole dont une grande partie de la structure nous est aujourd’hui familière.
Les photographes jouent un rôle essentiel dans cette mémoire. Charles Marville documente les transformations haussmanniennes, Hippolyte Blancard photographie rues et monuments et, à la fin du siècle, Eugène Atget photographie à son tour le vieux Paris, précisément au moment où beaucoup de ses décors commencent à disparaître.
La vie parisienne de cette époque possède également quelques particularités difficiles à imaginer aujourd’hui : La Goulue règne sur les nuits de Montmartre tandis que les lieux de promenade, de spectacle et même les curiosités macabres attirent un public considérable.
Ces 35 photos ne constituent donc pas seulement un album vintage. Mises dans l’ordre, elles racontent près de quarante années pendant lesquelles Paris a changé de visage à une vitesse impressionnante.
Sources pour aller plus loin
- Paris Musées / Musée Carnavalet, collections photographiques : https://www.parismuseescollections.paris.fr/
- Bibliothèque nationale de France / Gallica : https://gallica.bnf.fr/
- Ville de Paris, histoire et patrimoine de la capitale : https://www.paris.fr/
- Site officiel de la tour Eiffel : https://www.toureiffel.paris/
- Musée d’Orsay : https://www.musee-orsay.fr/
- Compilation Vintage Everyday de 2022 : https://www.vintag.es/2022/07/paris-1800s.html
- Compilation Vintage Everyday de 2019 : https://www.vintag.es/2019/07/19th-century-paris.html


































