Garamaudo bauciensis est une nouvelle espèce de mosasaure d’eau douce découverte en Provence, près d’Aix-en-Provence. Il y a environ 84 millions d’années, ce reptile aquatique de 2,5 mètres évoluait dans un lac, bien loin des océans où vivaient ses célèbres cousins géants. Particularité étonnante : il conservait des membres ressemblant encore à des pattes, tout en possédant des os spécialement adaptés à la vie sous l’eau.
Identifié à partir de fossiles découverts à Bouc-Bel-Air, dans les Bouches-du-Rhône, ce mosasaure provençal a fait l’objet d’une description scientifique publiée le 28 septembre 2026. Son anatomie apporte un nouvel éclairage sur l’évolution de ces reptiles préhistoriques, qui n’étaient pas tous des prédateurs marins. Quant à son nom, il fait référence à une inquiétante créature aquatique du folklore provençal, évoquée par Frédéric Mistral.
Reconstitution artistique de Garamaudo bauciensis, mosasaure d’eau douce nageant dans un lac de Provence il y a environ 84 millions d’années. Illustration générée par intelligence artificielle à partir des caractéristiques générales décrites par les paléontologues. Les couleurs, les motifs et plusieurs détails anatomiques restent hypothétiques.
À retenir
- Garamaudo bauciensis est une nouvelle espèce de mosasaure décrite scientifiquement en septembre 2026.
- Ses fossiles ont été découverts à Bouc-Bel-Air, près d’Aix-en-Provence, dans des dépôts lacustres datant d’environ 84 millions d’années.
- Ce mosasaure d’eau douce mesurait approximativement 2,5 mètres de long.
- Il conservait des membres d’apparence primitive, mais ses os particulièrement denses témoignent d’une adaptation poussée à la vie aquatique.
- Son nom provient de la Garamaudo, une créature légendaire associée aux eaux de Provence.
Garamaudo bauciensis : un nouveau mosasaure découvert près d’Aix-en-Provence
La découverte de Garamaudo bauciensis ne date pas exactement de 2026. Les ossements qui ont permis d’identifier cette nouvelle espèce de mosasaure ont été mis au jour plusieurs années auparavant, notamment lors de fouilles réalisées en 1997 par le Muséum d’histoire naturelle d’Aix-en-Provence.
Les fossiles proviennent du site de Bouc-Bel-Air–Sousquières, dans le bassin d’Aix-en-Provence, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville.
Les paléontologues ont étudié plusieurs éléments du squelette : des fragments de mandibule, des vertèbres, des côtes, des os du bassin et des membres. Leur combinaison a permis de reconnaître un animal présentant des caractéristiques suffisamment particulières pour justifier la création d’un nouveau genre et d’une nouvelle espèce.
La datation des couches géologiques situe ce mosasaure entre environ 84 et 83,6 millions d’années, au Santonien supérieur, pendant le Crétacé supérieur.
À cette époque, les dinosaures occupaient encore les continents et différentes lignées de reptiles aquatiques évoluaient dans les mers, les lacs et les zones humides.
Les résultats des recherches menées notamment par Nathalie Bardet, Alexandra Houssaye, François-Louis Pelissier, Yves Dutour, Éric Turini et Thierry Tortosa ont été publiés le 28 septembre 2026 dans la revue scientifique Peer Community Journal.
L’espèce a ensuite été présentée au public à Bouc-Bel-Air le 2 octobre 2026.
Avec une longueur estimée à 2,5 mètres pour un adulte, le mosasaure de Provence était relativement petit comparé aux plus grands représentants marins du groupe. Mais dans son environnement lacustre, il constituait un reptile prédateur de dimensions déjà impressionnantes.
Différentes vues d’un fragment de mandibule fossile de Garamaudo bauciensis, découvert à Bouc-Bel-Air. Crédit image Bardet et al. (CC BY 4.0).
Un mosasaure d’eau douce dans les lacs de Provence
Les mosasaures sont principalement connus comme de grands reptiles marins qui dominaient certains écosystèmes océaniques pendant la seconde moitié du Crétacé.
Leur silhouette rappelle parfois celle d’un gigantesque lézard aquatique, avec un corps allongé, une mâchoire armée de dents et, chez les formes les plus spécialisées, des membres transformés en palettes natatoires.
Ils appartenaient au groupe des squamates, celui qui rassemble aujourd’hui les lézards et les serpents. Les mosasaures n’étaient donc pas des dinosaures, même s’ils vivaient à la même époque.
La particularité de Garamaudo bauciensis est qu’il fréquentait un environnement bien différent de celui des grands mosasaures océaniques.
Les couches géologiques contenant ses fossiles témoignent d’un milieu continental lacustre, associé à des eaux douces et des zones humides.
Il y a 84 millions d’années, le bassin d’Aix-en-Provence ne ressemblait évidemment pas aux paysages actuels des Bouches-du-Rhône.
La région possédait des étendues d’eau continentales, des zones marécageuses et des milieux riverains accueillant une faune diversifiée, notamment des poissons, des tortues et des crocodiliens.
Dans cet environnement, un reptile aquatique de 2,5 mètres pouvait occuper une position importante parmi les prédateurs.
Les chercheurs interprètent Garamaudo comme un animal adapté à ce milieu, plutôt que comme un mosasaure marin dont les restes auraient été accidentellement transportés à l’intérieur des terres.
Cette découverte montre que certains mosasaures avaient colonisé les milieux d’eau douce, alors que leurs cousins les plus connus poursuivaient leur évolution dans les océans.
Localisation du gisement de Bouc-Bel-Air–Sousquières, près d’Aix-en-Provence, où ont été découverts les fossiles de Garamaudo bauciensis. Carte extraite de l’étude scientifique de Bardet et al. (2026) (CC BY 4.0).
Un mosasaure à pattes adapté à la vie aquatique
L’une des caractéristiques les plus surprenantes de Garamaudo bauciensis concerne ses membres et son bassin.
Chez les mosasaures marins les plus spécialisés, les membres avaient évolué en palettes natatoires et le bassin avait perdu sa connexion osseuse avec la colonne vertébrale.
Le mosasaure découvert en Provence conservait au contraire des membres de morphologie relativement primitive et un bassin encore relié à la colonne vertébrale par la région sacrée.
Cette disposition rappelle l’organisation anatomique des reptiles terrestres, chez lesquels les membres postérieurs contribuent au soutien du corps.
Mais ces ressemblances ne signifient pas que Garamaudo bauciensis pouvait se déplacer facilement sur la terre ferme.
D’autres caractéristiques de son squelette indiquent en effet une spécialisation importante pour la vie sous l’eau.
Des os très denses qui servaient de ballast naturel
En étudiant la structure interne de plusieurs fossiles, les chercheurs ont découvert que les os de ce mosasaure étaient particulièrement compacts.
Ce phénomène porte le nom d’ostéosclérose.
Il correspond à une augmentation de la densité du tissu osseux, avec une réduction des espaces internes normalement occupés par des cavités.
Chez certains vertébrés aquatiques, cette densification du squelette constitue un avantage : des os plus lourds aident l’animal à compenser la poussée d’Archimède et à mieux contrôler sa flottabilité.
Autrement dit, le squelette peut fonctionner comme un ballast naturel.
Chez Garamaudo bauciensis, les vertèbres, les côtes et l’humérus présentent des caractéristiques témoignant de cette adaptation.
Les chercheurs supposent ainsi qu’il pouvait se maintenir relativement facilement sous la surface, notamment dans les eaux peu profondes de son environnement lacustre.
Ce squelette alourdi rend en revanche une locomotion terrestre normale peu vraisemblable.
Malgré ses membres ressemblant encore à des pattes, ce mosasaure était donc un véritable reptile aquatique, et non un animal amphibie se promenant régulièrement sur les berges.
Différentes vues de l’humérus fossile de Garamaudo bauciensis. Cet os du membre antérieur conserve une morphologie primitive, mais sa structure interne révèle une adaptation à la vie aquatique. Crédit image Bardet et al. (CC BY 4.0).
Comment nageait ce mosasaure d’eau douce ?
L’anatomie de Garamaudo suggère une manière de nager différente de celle des grands mosasaures marins les plus évolués.
Ses côtes indiquent notamment un corps probablement comprimé latéralement, c’est-à-dire plus haut que large.
Une telle silhouette est compatible avec une propulsion reposant sur les ondulations latérales du corps et de la queue.
Ses membres pouvaient intervenir dans les changements de direction, l’équilibre et les manœuvres à faible vitesse.
Contrairement aux mosasaures océaniques très spécialisés, il ne possédait pas de grandes palettes natatoires particulièrement adaptées à la nage rapide.
Les chercheurs envisagent donc un animal évoluant relativement lentement dans les eaux peu profondes, éventuellement près du fond.
Il faut toutefois garder à l’esprit que cette manière de nager reste une interprétation fondée sur l’anatomie fossile et (évidemment) non une observation directe.
Quelle était la taille de Garamaudo bauciensis ?
La longueur de Garamaudo bauciensis est estimée à environ 2,5 mètres pour un individu adulte.
Il était ainsi bien plus petit que les plus grandes espèces de mosasaures marins, dont certaines dépassaient dix mètres de long.
Pour autant, ses dimensions le plaçaient parmi les grands reptiles aquatiques de son environnement.
Les paléontologues le décrivent comme un animal au corps allongé, doté d’une longue queue, d’une tête relativement étroite et de quatre membres conservant une morphologie primitive.
Son apparence devait donc différer sensiblement de celle des gigantesques mosasaures représentés dans les films.
Les fossiles ne permettent cependant pas de connaître avec précision la coloration de sa peau, ses éventuelles rayures ou les détails externes de sa silhouette.
Les reconstitutions de Garamaudo bauciensis restent donc hypothétiques, même lorsqu’elles s’appuient sur les caractéristiques anatomiques identifiées par les scientifiques.
Que mangeait ce mosasaure de Provence ?
Le régime alimentaire exact de Garamaudo bauciensis demeure inconnu.
Les chercheurs suggèrent qu’il pouvait se nourrir de poissons, d’amphibiens et de petits reptiles présents dans les eaux du bassin d’Aix-en-Provence.
Il pouvait également consommer occasionnellement des animaux morts, mais cette possibilité ne peut pas être confirmée à partir des fossiles disponibles.
Ses dimensions en faisaient probablement l’un des prédateurs importants de son écosystème.
À défaut de retrouver le contenu de son dernier repas, les paléontologues doivent donc s’appuyer sur sa morphologie et sur les autres animaux présents dans les mêmes dépôts géologiques pour envisager ses habitudes alimentaires.
Les mosasaures pouvaient-ils vivre en eau douce ?
La réponse est oui, et Garamaudo bauciensis n’est pas le premier mosasaure découvert dans un environnement continental.
Pendant longtemps, ces reptiles ont surtout été connus grâce aux fossiles de grandes espèces marines, parfaitement adaptées à la vie dans les océans.
Pourtant, certaines découvertes ont progressivement montré que les mosasaures n’étaient pas exclusivement marins.
En 2012, la description de Pannoniasaurus inexpectatus, un mosasaure découvert en Hongrie, avait déjà apporté des preuves importantes de l’existence de représentants du groupe vivant en eau douce.
D’autres espèces ont également été associées à des dépôts continentaux.
L’intérêt scientifique de Garamaudo bauciensis réside notamment dans son appartenance aux Tethysaurinae, une lignée relativement primitive de mosasaures.
Ses caractéristiques montrent que certains membres de cette lignée conservaient une anatomie ancestrale tout en développant des adaptations avancées au milieu aquatique.
L’étude renforce donc l’hypothèse d’une diversification écologique des mosasaures, qui n’a pas simplement conduit à la formation de grands prédateurs océaniques.
Certains ont exploité d’autres milieux, notamment les lacs et les zones humides continentales.
Ces découvertes contribuent à enrichir notre connaissance des reptiles du Crétacé. En Espagne, l’identification de l’immense tortue préhistorique Leviathanochelys aenigmatica a également montré la diversité des grands reptiles aquatiques présents en Europe à cette époque.
Et les fossiles ne révèlent pas seulement des animaux inconnus. Ils conservent parfois des indices beaucoup plus inattendus, comme cette plume de 66 millions d’années retrouvée dans une crotte fossilisée.
Garamaudo : un nom inspiré d’un monstre provençal
Le nom scientifique de ce mosasaure possède une origine aussi originale que son mode de vie.
Garamaudo provient de l’expression provençale Gara au maudo, que l’on peut traduire par « gare au maudit ».
Dans les traditions régionales, la Garamaudo désigne une créature malveillante ressemblant à un serpent, que l’on disait capable de hanter les eaux de Provence.
Cette figure légendaire apparaît notamment dans Mirèio (Mireille), le célèbre poème provençal de Frédéric Mistral, publié en 1859.
Les chercheurs ont choisi ce nom en référence au caractère aquatique et à la silhouette allongée de l’animal préhistorique.
Le second terme, bauciensis, renvoie à Bouc-Bel-Air, la commune où les fossiles ont été mis au jour.
Le nom complet Garamaudo bauciensis associe ainsi une référence au folklore provençal et un hommage au lieu de la découverte.
Bien entendu, rien ne permet de rattacher historiquement la légende à un animal disparu depuis 84 millions d’années.
Mais la coïncidence est savoureuse : la Provence possédait réellement son reptile aquatique inquiétant, des dizaines de millions d’années avant que les habitants n’imaginent leurs monstres des eaux.
Une nouvelle espèce de mosasaure qui éclaire l’évolution des reptiles aquatiques
La description de Garamaudo bauciensis illustre la richesse du patrimoine paléontologique provençal et l’importance de réexaminer des fossiles parfois découverts plusieurs décennies auparavant.
L’animal réunissait une combinaison originale de caractéristiques : un habitat d’eau douce, des membres de morphologie primitive, un bassin encore relié à la colonne vertébrale et des os fortement densifiés.
Ces particularités apportent de nouvelles informations sur les différentes voies évolutives empruntées par les mosasaures au Crétacé.
Tous n’étaient pas devenus d’immenses chasseurs des océans. Certains, comme ce reptile découvert à Bouc-Bel-Air, avaient trouvé leur place dans les eaux continentales.
Il y a 84 millions d’années, un mosasaure de deux mètres et demi nageait donc dans un lac de l’actuelle Provence.
Et il aura fallu attendre le XXIe siècle pour que cette créature préhistorique retrouve un nom digne des légendes locales.
Sources pour aller plus loin
- Bardet et al. (2026) — Étude scientifique décrivant Garamaudo bauciensis dans Peer Community Journal
- Centre de recherche en paléontologie — Présentation de la découverte du mosasaure de Provence
- Maritima — Présentation publique du mosasaure de Bouc-Bel-Air en octobre 2026
Les fossiles révèlent également une biodiversité préhistorique souvent méconnue. Bien avant Garamaudo, il y a environ 151 millions d’années, une punaise aquatique vivait déjà dans les eaux du Jurassique, comme l’a montré la découverte de Morrisonnepa jurassica dans l’Utah.




