Un gigantesque feu d’artifice figé dans l’espace, avec des milliers de filaments qui rayonnent autour d’une étoile. Cette image étonnante montre Pa 30, le probable vestige d’une supernova observée depuis la Terre en 1181. À l’époque, des astronomes avaient signalé l’apparition d’une mystérieuse étoile dans le ciel. Plus de huit siècles après, son explosion continue de livrer ses secrets.
Le 6 octobre 2026, une équipe internationale d’astronomes a présenté de nouvelles observations réalisées avec le télescope Gemini North, à Hawaï. Elles révèlent un détail inattendu : les longs filaments de gaz de Pa 30 ne sont pas continus, mais constitués de minuscules condensations alignées comme des perles sur un collier. Et au centre de cette explosion vieille de 845 ans se trouve encore une étoile qui lui a survécu.
Pa 30, probable vestige de la supernova observée en 1181, photographié par le télescope Gemini North. Ses filaments lumineux forment des chaînes de condensations de gaz. Crédit image International Gemini Observatory/NOIRLab/NSF/AURA ; traitement J. Miller, M. Rodriguez, T.A. Rector, D. de Martin et M. Zamani (CC BY 4.0).
À retenir
- La supernova SN 1181 a été observée par des astronomes asiatiques et arabes il y a 845 ans.
- L’astre nouvellement apparu est resté visible pendant environ 185 jours.
- La nébuleuse Pa 30, découverte en 2013, est considérée comme son vestige le plus probable.
- Les nouvelles observations de Gemini North révèlent environ dix fois plus de structures filamentaires que les images précédentes.
- Une étoile a survécu au centre de l’explosion, ce qui fait de Pa 30 un objet exceptionnel pour étudier les supernovae de type Iax.
Une mystérieuse étoile apparue dans le ciel en 1181
Au début du mois d’août 1181, une nouvelle lumière apparaît dans la constellation de Cassiopée. Contrairement aux étoiles familières, sa présence n’avait pas été remarquée auparavant.
Des astronomes chinois et japonais consignent cette apparition dans leurs chroniques. Des sources arabes évoquent également l’événement. Au total, huit textes historiques permettent aujourd’hui de documenter cette observation, dont les premiers témoignages remontent aux 4, 5 ou 6 août 1181.
Les astronomes de l’époque parlent d’une « étoile invitée », une expression employée en Asie orientale pour désigner un astre lumineux apparaissant temporairement dans le ciel.
Cette nouvelle étoile reste visible pendant environ 185 jours, soit un peu plus de six mois, avant de disparaître progressivement.
Les témoins ne pouvaient évidemment pas connaître sa véritable nature. Ils observaient la lumière d’une gigantesque explosion stellaire, survenue bien avant 1181 puisque son rayonnement avait mis plusieurs milliers d’années à parvenir jusqu’à la Terre.
Aujourd’hui appelée SN 1181, elle fait partie des rares supernovae de notre galaxie dont l’apparition a été consignée avant l’invention du télescope.
Pendant des siècles, les astronomes ont pourtant ignoré où se trouvaient les restes de cette explosion.
Localisation de la supernova de 1181 à partir des indications des chroniques astronomiques anciennes. La nébuleuse Pa 30 se trouve dans la zone compatible avec ces témoignages. Illustration Bradley E. Schaefer (CC BY 4.0).
Pa 30, le probable vestige de la supernova de 1181
La piste la plus convaincante apparaît en 2013, lorsqu’un astronome amateur américain, Dana Patchick, identifie un objet inhabituel en examinant des données infrarouges du télescope spatial WISE.
Il recherche alors des nébuleuses planétaires, ces enveloppes de gaz éjectées par certaines étoiles arrivées à la fin de leur évolution, comme la célèbre nébuleuse de la Lyre.
Son trentième objet candidat reçoit le nom de Patchick 30, abrégé Pa 30.
Mais cette nébuleuse se révèle très différente d’une nébuleuse planétaire ordinaire.
Les observations ultérieures montrent une structure presque sphérique, composée de nombreux filaments qui semblent jaillir d’un point central. La matière a été projetée à des vitesses considérables, caractéristiques d’un événement particulièrement violent.
Surtout, les estimations de son âge, sa position dans le ciel et ses propriétés physiques concordent avec les témoignages historiques de 1181.
À environ 7 500 années-lumière de la Terre, selon l’estimation reprise par l’Institut des sciences et technologies d’Autriche (ISTA), Pa 30 apparaît désormais comme le candidat privilégié pour identifier les restes de SN 1181.
L’association reste une interprétation astrophysique, mais elle repose sur plusieurs indices concordants, bien au-delà d’une simple ressemblance de dates.
Des filaments qui cachent des milliers de « perles » de gaz
C’est ici qu’intervient la nouvelle découverte annoncée en octobre 2026.
Une équipe dirigée par Timothy Cunningham, du Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian, et Ilaria Caiazzo, de l’ISTA, a utilisé le télescope Gemini North, installé à plus de 4 200 mètres d’altitude sur le Maunakea, à Hawaï.
Les chercheurs ont observé Pa 30 avec l’instrument GMOS, capable d’enregistrer la faible lumière émise par différents éléments chimiques présents dans le gaz.
Leurs nouvelles images révèlent environ dix fois plus de structures filamentaires en soufre ionisé que les observations antérieures.
Mais le résultat le plus surprenant concerne leur apparence.
Les filaments qui semblaient former de longues traînées régulières sont en réalité des successions de petites condensations de gaz, comme des perles alignées sur un fil invisible.
Ces structures présentent des dimensions assez similaires. Leur diamètre caractéristique est estimé à environ 10 000 milliards de centimètres, soit 100 milliards de kilomètres.
Cela représente approximativement quatre jours-lumière.
Ces condensations peuvent donc accueillir plusieurs fois toute la région occupée par les planètes du Système solaire. Des « perles » minuscules à l’échelle de la nébuleuse, mais gigantesques selon nos critères terrestres.
Leur origine exacte reste à expliquer. Les chercheurs envisagent notamment que des variations de température ou de densité dans le gaz environnant aient influencé la matière éjectée lors de l’explosion.
Ces nouvelles données devraient permettre d’affiner les modèles décrivant la formation et l’évolution de Pa 30.
Les filaments de Pa 30 observés dans une raie d’émission du soufre, sur une image antérieure aux observations Gemini de 2026. Crédit photo Walter Scott Houston (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi les couleurs de Pa 30 sont-elles si spectaculaires ?
La photographie de Gemini North ressemble à une explosion de feux d’artifice, avec des filaments lumineux rayonnant dans toutes les directions sur un fond sombre.
Mais il ne s’agit pas d’une simple photographie en couleurs naturelles.
Les chercheurs ont notamment étudié les émissions du soufre ionisé (S II) et de l’oxygène doublement ionisé (O III), visibles à des longueurs d’onde différentes.
Le soufre produit des émissions dans le rouge, tandis que l’oxygène étudié émet notamment dans la région bleu-vert du spectre visible.
En utilisant des filtres spécifiques et un traitement d’image adapté, les astronomes peuvent distinguer les structures du gaz et mieux comprendre sa composition et sa distribution.
Cette méthode est également utilisée pour étudier d’autres objets astronomiques, comme les Piliers de la création photographiés par James Webb, où différentes longueurs d’onde permettent de révéler des détails invisibles sur les images classiques.
Dans le cas de Pa 30, l’intérêt dépasse largement l’esthétique : les observations de l’oxygène confirment notamment que certaines émissions diffuses proviennent des mêmes filaments que ceux révélés par le soufre.
La photographie constitue donc aussi une véritable carte physique de la matière laissée par l’explosion.
Une étoile qui a survécu à sa propre explosion
L’aspect le plus inhabituel de Pa 30 ne se trouve peut-être pas dans ses filaments, mais au centre même de la nébuleuse.
On y observe encore une étoile extrêmement chaude, connue notamment sous la désignation IRAS 00500+6713.
Celle-ci pourrait être le reste d’une explosion stellaire qui n’a pas complètement détruit son astre d’origine.
Certaines supernovae pulvérisent entièrement l’étoile responsable de l’explosion. Dans d’autres cas, une partie de l’astre peut subsister.
Cette survivante, parfois surnommée « étoile zombie », présente des propriétés extrêmes. Sa température de surface est estimée à environ 200 000 °C, et elle produit des vents stellaires pouvant atteindre près de 16 000 kilomètres par seconde.
Ces vents pourraient contribuer à façonner les structures qui s’étendent autour d’elle.
Les nouvelles observations apportent aussi une autre information précieuse : l’étoile survivante se trouve presque exactement au centre géométrique de Pa 30.
Lorsqu’une explosion est fortement asymétrique, le résidu stellaire peut être propulsé dans une direction par l’effet de recul.
Les mesures réalisées par l’équipe imposent ici une limite supérieure d’environ 100 km/s à cette éventuelle vitesse de recul transversale.
Cela suggère que l’explosion n’a pas communiqué à l’étoile survivante une impulsion latérale importante.
Une supernova de type Iax, différente des explosions habituelles
Pa 30 pourrait être le vestige d’une supernova thermonucléaire de type Iax, une catégorie rare et encore imparfaitement comprise.
Pour comprendre sa particularité, il faut s’intéresser aux naines blanches.
Ces astres extrêmement denses représentent le stade final d’évolution de nombreuses étoiles. Une naine blanche peut contenir une masse comparable à celle du Soleil dans un volume proche de celui de la Terre.
Dans certains systèmes stellaires, une naine blanche peut subir une explosion thermonucléaire, notamment à la suite d’interactions avec une étoile compagne.
Les supernovae classiques de type Ia détruisent généralement la naine blanche à l’origine de l’explosion.
Les événements de type Iax semblent parfois moins énergétiques et peuvent laisser subsister une partie de l’astre initial.
Pour Pa 30, l’un des scénarios proposés implique la fusion de deux naines blanches, suivie d’une explosion incomplète.
Cette interprétation expliquerait à la fois les éjectas observés et la présence de l’étoile centrale.
Toutefois, le déroulement exact de l’événement n’est pas encore définitivement établi. Les nouvelles observations des filaments et de leurs condensations permettront précisément de tester les différents scénarios.
Un laboratoire exceptionnel pour comprendre la mort des étoiles
Pa 30 occupe une place particulière parmi les objets astronomiques connus.
Elle est considérée comme le seul vestige identifié de supernova de type Iax dans la Voie lactée permettant d’étudier directement une étoile survivante et son environnement.
D’autres événements de ce type ont été repérés dans des galaxies lointaines, mais leur distance empêche généralement d’observer des détails aussi fins.
La proximité relative de Pa 30 en fait donc un laboratoire précieux pour comprendre comment une étoile peut exploser sans être entièrement détruite.
Les nouvelles images de Gemini North montrent également tout l’intérêt de comparer différents instruments et différentes longueurs d’onde.
Le même principe permet, par exemple, de distinguer les étoiles, les poussières et les structures de gaz dans les galaxies spirales observées avec James Webb.
Les chercheurs espèrent que les caractéristiques désormais identifiées dans Pa 30 aideront à rechercher d’autres vestiges similaires, peut-être encore dissimulés dans notre galaxie.
Car les archives humaines ne couvrent qu’une infime partie de l’histoire de la Voie lactée. D’autres explosions anciennes ont très probablement laissé des traces sans qu’aucun observateur terrestre ait pu les consigner.
Un feu d’artifice cosmique vieux de plusieurs siècles
Ce qui rend Pa 30 si remarquable, c’est la rencontre entre deux époques séparées par près de neuf siècles.
En 1181, des astronomes ont noté l’apparition d’une lumière inhabituelle, sans pouvoir imaginer les processus physiques qui en étaient responsables.
Aujourd’hui, les instruments modernes permettent non seulement de retrouver les restes probables de cette explosion, mais aussi de distinguer des condensations de gaz dont les dimensions se comptent en jours-lumière.
Comme pour la nébuleuse Trifide photographiée par Hubble, chaque nouvelle génération d’instruments révèle des structures et des phénomènes qui échappaient aux observations précédentes.
Dans le cas de Pa 30, ces détails pourraient aider à expliquer comment une étoile a réussi l’exploit assez peu commun de survivre à sa propre explosion.
Et derrière cette spectaculaire photographie se cache finalement une histoire encore plus étonnante : celle d’un événement observé au Moyen Âge, dont les vestiges continuent de raconter leur histoire aux astronomes du XXIe siècle.
Sources pour aller plus loin
- ISTA — Like Pearls in the Sky, communiqué scientifique du 6 octobre 2026
- Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian — Gemini North révèle les condensations de Pa 30
- Cunningham et al. — Detection of knots in the supernova type Iax remnant Pa 30 (2026)
- NASA — Astronomy Picture of the Day du 7 octobre 2026 : Supernova Remnant Pa 30
- NSF NOIRLab — Photographie originale de Pa 30 par Gemini North


