Dans le nord-est du Wyoming, une énorme masse de roche striée surgit brutalement au-dessus des prairies et des forêts. Devils Tower s’élève d’environ 264 mètres entre sa base et son sommet et de 386 mètres au-dessus de la vallée de la Belle Fourche. Ses flancs semblent avoir été taillés en centaines de piliers verticaux, comme si un architecte un peu démesuré avait décidé de construire une tour avec des orgues de pierre.
L’endroit est spectaculaire, mais son intérêt ne s’arrête pas à sa silhouette. Devils Tower est une intrusion magmatique vieille d’environ 50 millions d’années dont le mode précis de formation reste discuté, un lieu sacré associé à plus de deux douzaines de nations autochtones et l’un des paysages les plus reconnaissables de la science-fiction depuis que Steven Spielberg l’a transformé en rendez-vous avec les extraterrestres dans Rencontres du troisième type.
Devils Tower National Monument dans le Wyoming, une imposante masse de phonolite striée de profondes colonnes verticales. Crédit photo National Park Service / GPA Photo Archive (domaine public).
À retenir
- Devils Tower se trouve dans le nord-est du Wyoming, à la limite occidentale de la région des Black Hills.
- La tour mesure environ 264 mètres entre sa base et son sommet et domine de 386 mètres la rivière Belle Fourche.
- Elle est constituée de phonolite porphyrique, une roche magmatique inhabituelle.
- Des datations modernes situent sa mise en place autour de 49 millions d’années.
- Ses immenses colonnes polygonales résultent de la contraction du magma pendant son refroidissement.
- L’origine magmatique est bien établie, mais la forme exacte de l’intrusion originelle reste débattue.
- Le site est sacré pour plus de deux douzaines de nations autochtones et plusieurs traditions orales expliquent ses rainures par les griffes d’ours gigantesques.
- Devils Tower est devenu en 1906 le premier National Monument des États-Unis.
- La tour joue un rôle central dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, sorti en 1977.
Une tour de pierre qui surgit au milieu du Wyoming
Devils Tower se trouve dans le comté de Crook, dans le nord-est du Wyoming, non loin des Black Hills du Dakota du Sud. La formation apparaît de très loin dans un paysage beaucoup plus doux composé de collines, de prairies, de forêts de pins ponderosa et de couches sédimentaires.
Le Wyoming possède d’ailleurs plusieurs paysages où la géologie semble avoir décidé de se montrer sans la moindre discrétion : à quelques centaines de kilomètres à l’ouest, le Grand Prismatic Spring de Yellowstone offre un spectacle totalement différent, façonné cette fois par l’activité hydrothermale et les micro-organismes thermophiles.
C’est précisément ce contraste qui donne à Devils Tower son allure improbable. La tour proprement dite dépasse sa base d’environ 867 pieds, soit 264 mètres. Si l’on prend comme référence la rivière Belle Fourche située en contrebas, la différence d’altitude atteint 1 267 pieds, soit environ 386 mètres.
Ses parois sont presque verticales dans leur partie supérieure. Au pied de la tour s’étend un vaste talus composé de blocs détachés des colonnes, certains suffisamment volumineux pour rappeler qu’il vaut mieux laisser à l’érosion le soin de jouer au Jenga géologique.
Malgré l’apparence générale, Devils Tower n’est pas simplement une montagne dont les couches superficielles auraient été sculptées en forme de tour. La roche qui constitue le monument est différente de celles qui l’entourent et correspond à du magma solidifié profondément dans d’anciennes couches sédimentaires.
Devils Tower dominant les prairies du nord-est du Wyoming, un contraste qui accentue l’isolement spectaculaire du monolithe. Crédit photo Justin Meissen (CC BY-SA 2.0).
Devils Tower n’est pas simplement le bouchon d’un ancien volcan
C’est probablement le point le plus souvent simplifié dans les descriptions de Devils Tower.
La tour est bien constituée d’une roche magmatique, mais affirmer sans nuance qu’il s’agit du conduit ou du bouchon d’un volcan disparu va plus loin que ce que les données géologiques permettent actuellement d’établir.
Les géologues s’accordent sur l’essentiel : il y a environ 49 à 50 millions d’années, du magma est remonté dans des couches de roches sédimentaires beaucoup plus anciennes. Il s’est ensuite refroidi et solidifié sous forme de phonolite porphyrique.
Une datation isotopique publiée par l’US Geological Survey situe la mise en place de l’intrusion autour de 49 millions d’années.
En revanche, ce qui se trouvait exactement autour et au-dessus de cette masse magmatique a largement disparu.
Une intrusion magmatique sous des couches de roches sédimentaires
Autour de Devils Tower apparaissent des grès, des argiles, des schistes et des niveaux de gypse appartenant notamment aux formations de Spearfish, Gypsum Spring et Sundance. Certaines de ces roches se sont déposées au Trias et au Jurassique, des dizaines de millions d’années avant l’arrivée du magma.
Le magma s’est introduit dans cet empilement. En géologie, on parle d’une intrusion lorsque de la matière magmatique pénètre dans des roches préexistantes puis refroidit avant d’être exposée en surface.
Coupe géologique de Devils Tower montrant la phonolite intrusive et les différentes couches sédimentaires qui l’entourent. Crédit illustration Charles Sherwood Robinson / USGS (domaine public).
C’est un point important : les colonnes de Devils Tower ne sont donc pas les restes d’une grande coulée de lave refroidie à l’air libre, contrairement aux colonnes basaltiques de nombreux sites célèbres.
On retrouve pourtant un mécanisme de fracturation similaire dans la Chaussée des Géants en Irlande du Nord, où le refroidissement de la lave a lui aussi produit des milliers de prismes polygonaux. La physique se ressemble, mais la roche et le contexte géologique sont différents.
Volcan, laccolithe ou cratère de type maar-diatreme ?
Plusieurs modèles ont été proposés depuis le XIXe siècle pour reconstituer l’environnement géologique original de Devils Tower.
Une première hypothèse considère la tour comme le reste d’un conduit ou bouchon volcanique. Le magma aurait alimenté un volcan aujourd’hui entièrement disparu sous l’effet de l’érosion.
Une deuxième y voit les restes d’un laccolithe. Dans ce scénario, le magma s’est injecté entre des couches sédimentaires et les a soulevées sans nécessairement atteindre la surface, un peu comme une énorme cloque magmatique formée sous terre.
Un autre modèle envisage une structure de type maar-diatreme, liée à une interaction explosive entre magma et eau souterraine. L’explosion produit alors un cratère et une cheminée remplie de matériaux volcaniques et magmatiques.
Le problème pour les géologues est assez ironique : l’érosion qui permet aujourd’hui d’admirer Devils Tower a également supprimé une grande partie des indices permettant de savoir comment elle s’est exactement formée.
Les roches qui enveloppaient l’intrusion ont été progressivement décapées. Impossible donc d’observer directement la géométrie complète de l’objet tel qu’il existait il y a 50 millions d’années.
On sait assez bien ce qu’est la roche. On comprend comment ses colonnes sont apparues. Mais reconstituer le bâtiment original à partir des fondations qui restent est une autre affaire.
Pourquoi Devils Tower ressemble-t-elle à un gigantesque paquet de colonnes ?
La caractéristique la plus remarquable de Devils Tower est sa disjonction colonnaire. De longues fissures découpent la roche en prismes verticaux qui peuvent atteindre plusieurs mètres de largeur et des centaines de mètres de longueur.
À première vue, ils ressemblent à d’immenses piliers assemblés les uns contre les autres.
Ils n’ont pourtant jamais été séparément construits. Ils sont apparus pendant le refroidissement du magma.
Lorsqu’une masse de roche fondue refroidit, son volume diminue légèrement. Cette contraction génère des tensions. Lorsque celles-ci deviennent suffisamment fortes, la roche se fracture.
Les fissures progressent ensuite à mesure que le front de refroidissement avance. Lorsque les contraintes se répartissent de manière relativement homogène, elles produisent des motifs polygonaux.
Détail des immenses colonnes de phonolite de Devils Tower, formées par contraction de la roche lors du refroidissement du magma. Crédit photo Christen Gobel (CC BY-SA 4.0).
L’hexagone est fréquent parce qu’il permet une répartition efficace des tensions, mais la nature ne travaille pas avec un catalogue de carrelage : les colonnes de Devils Tower peuvent posséder quatre, cinq, six ou davantage de côtés.
Le National Park Service indique même des sections allant approximativement de trois à huit côtés.
Ce même principe permet de comprendre les étonnantes surfaces polygonales de Kirkjugólf en Islande. Là encore, les fractures dessinent des polygones, mais à Kirkjugólf on observe surtout les extrémités des colonnes, comme si le géologue avait effectué une coupe horizontale grandeur nature.
Des colonnes inhabituellement gigantesques
La taille des colonnes constitue l’une des particularités de Devils Tower.
Les mesures géologiques montrent des diamètres pouvant atteindre 2 à 3 mètres dans certaines parties inférieures, diminuant vers environ 1,5 mètre plus haut. La partie supérieure de la tour présente environ 190 mètres de disjonction colonnaire particulièrement bien développée.
Dans cette zone, les colonnes sont fortement inclinées vers la verticale, avec des angles de l’ordre de 75 à 80 degrés par rapport à l’horizontale.
Plus bas, leur orientation change et certaines s’évasent vers l’extérieur. La tour ne correspond donc pas à un paquet parfaitement régulier de crayons géants : sa géométrie reflète vraisemblablement la manière dont la masse magmatique a perdu sa chaleur.
La lenteur du refroidissement en profondeur peut expliquer la taille exceptionnelle de ces structures.
C’est ici que la comparaison avec la grotte de Fingal et ses colonnes de basalte devient intéressante. Les deux paysages présentent des architectures polygonales spectaculaires, mais celles de Staffa proviennent de coulées basaltiques extrusives, alors que Devils Tower est constituée de phonolite intrusive.
De quoi est faite Devils Tower ?
La roche de la tour est appelée phonolite porphyrique ou phonolite porphyry.
La phonolite appartient aux roches magmatiques alcalines et contient relativement peu de silice par rapport à certaines roches plus classiques comme le granite. Le terme « porphyrique » décrit une texture dans laquelle de gros cristaux sont dispersés dans une pâte beaucoup plus fine.
Les études pétrographiques de Devils Tower ont notamment identifié de l’anorthoclase, de l’aegirine-augite et du sphène, aujourd’hui généralement appelé titanite, au sein d’une matrice minérale beaucoup plus fine.
Fraîchement cassée, la roche peut présenter des teintes grises à gris verdâtre. L’altération, les lichens et les conditions de surface lui donnent ensuite des tons plus bruns, jaunes ou verdâtres.
Cette composition permet aussi de corriger un raccourci fréquent : les grandes colonnes de Devils Tower ne sont pas du basalte.
Le basalte est simplement beaucoup plus connu pour produire ce genre de géométrie.
L’érosion a littéralement déterré Devils Tower
Lorsque le magma a refroidi il y a environ 50 millions d’années, la partie que l’on voit aujourd’hui se trouvait entourée et probablement recouverte par des centaines de mètres de roches.
Le paysage actuel est donc largement le résultat d’un gigantesque travail de décapage.
Les roches sédimentaires environnantes étaient globalement plus faciles à éroder que la phonolite. Au fil de millions d’années, l’eau, le gel, les rivières et l’altération ont progressivement retiré les couches les moins résistantes.
Devils Tower a ainsi été exhumée.
Des recherches géologiques suggèrent que cette mise à nu s’est produite relativement tard dans son histoire, durant le Cénozoïque récent, avec une érosion particulièrement active au cours des derniers millions d’années.
Les énormes blocs visibles au pied de la tour sont eux-mêmes des fragments de colonnes détachées au fil du temps.
Curieusement, aucune chute majeure de l’une des gigantesques colonnes n’a été directement rapportée dans l’histoire documentée du site. De petits morceaux tombent régulièrement, mais une bonne partie du vaste tablier rocheux entourant la base semble être installée là depuis des millénaires.
Devils Tower photographiée depuis sa base, avec ses hautes colonnes de phonolite et les nombreux blocs rocheux accumulés au pied du monolithe par l’érosion. Crédit photo Greg Hanson (CC BY 2.0).
Bear Lodge : un lieu sacré bien avant de devenir Devils Tower
L’histoire de la tour ne commence évidemment pas avec les géologues américains du XIXe siècle.
Le site possède depuis longtemps une grande importance culturelle et spirituelle pour les peuples autochtones des Grandes Plaines et des Black Hills. Le National Park Service recense aujourd’hui plus de deux douzaines de tribus ayant des liens avec Devils Tower, notamment parmi les peuples Lakota, Cheyenne, Crow, Arapaho, Kiowa et Shoshone.
Il serait cependant trompeur de parler d’une unique « légende indienne de Devils Tower ».
Chaque peuple possède ses propres traditions orales et parfois plusieurs récits différents. Le National Park Service préfère d’ailleurs parler de récits sacrés ou d’histoires orales, dont la portée ne se limite pas à expliquer une curiosité géologique.
Un élément revient néanmoins régulièrement : l’ours.
De nombreux noms autochtones traduits en anglais évoquent ainsi Bear Lodge, Bear’s Tipi, Bear’s House ou Grizzly Bear’s Lodge, c’est-à-dire la demeure, le tipi ou la maison de l’ours.
Chez les Kiowa, sept jeunes filles et les Pléiades
Un récit kiowa particulièrement célèbre raconte que sept jeunes filles jouaient loin de leur camp lorsqu’elles ont été poursuivies par des ours.
Elles ont grimpé sur un petit rocher et l’une d’elles lui a demandé de les protéger. Le rocher s’est alors élevé toujours plus haut, soulevant les jeunes filles hors de portée.
Les ours ont tenté de grimper à leur tour. En griffant les parois, ils y ont laissé les longues marques verticales toujours visibles aujourd’hui.
La roche a continué à monter jusqu’à envoyer les sept jeunes filles dans le ciel, où elles sont devenues les sept étoiles des Pléiades.
Dans ce récit, les grandes rainures de la tour ne sont donc pas des fractures de refroidissement mais les traces des griffes des ours.
La science explique comment elles sont apparues dans la roche ; le récit, lui, explique la relation culturelle entre le paysage, les ours, les étoiles et le peuple qui transmet l’histoire.
Les Cheyenne et l’ours géant
Une tradition cheyenne rapportée par le National Park Service raconte une histoire différente.
Une femme disparaît régulièrement du camp avant d’être enlevée par un immense ours. Son mari et ses six frères partent à sa recherche. Après plusieurs événements, l’affrontement avec l’animal contribue à expliquer la formation et les marques du rocher.
D’autres traditions cheyenne associent Bear Lodge à des pratiques religieuses, à des campements et à Sweet Medicine, figure centrale de leur culture.
Pour les Lakota, Mato Tipila est la demeure de l’ours
Dans un récit lakota recueilli en 1932, un guerrier vient prier et jeûner au pied de Mato Tipila.
Après deux jours, il se retrouve inexplicablement au sommet du rocher. Il ne sait pas comment redescendre, prie puis s’endort. À son réveil, il se trouve à nouveau au pied de la formation.
Il observe alors les empreintes d’un très grand ours ainsi que les traces de ses griffes dans le rocher et comprend qu’il se trouvait au-dessus de la demeure de l’animal.
La tour devient ainsi un lieu associé à la prière, au jeûne et aux quêtes spirituelles.
Ces liens ne sont pas uniquement historiques. Des cérémonies autochtones ont encore lieu aujourd’hui dans le secteur. Des tissus et paquets de prière peuvent notamment être observés dans les arbres ; le National Park Service demande aux visiteurs de ne pas les toucher ni même de les photographier.
Un nuage au-dessus de Devils Tower donne l’impression qu’une fumée s’échappe du sommet du monolithe, comme s’il s’agissait d’un volcan actif. Crédit photo Doug Letterman (CC BY 2.0).
Comment Bear Lodge est devenu la « tour du Diable »
Le nom actuel possède lui-même une histoire plutôt bancale.
Les premières cartes américaines du secteur utilisaient notamment Bear Lodge ou Bears Lodge. Une carte dressée en 1857 par le lieutenant G. K. Warren porte par exemple la mention « Mato Teepee or Bear’s Lodge ».
Le changement intervient après une expédition militaire et scientifique menée dans les Black Hills en 1875.
Le lieutenant-colonel Richard Irving Dodge a rapporté que les Autochtones appelaient l’endroit quelque chose que son groupe a traduit par « Bad God’s Tower », soit approximativement « la tour du mauvais dieu ».
Dodge a ensuite employé « Devil’s Tower ».
Le problème est qu’aucun autre témoignage connu ne montre que les peuples locaux associaient le lieu à un dieu maléfique ou au diable.
Le National Park Service estime qu’une mauvaise traduction est une possibilité sérieuse. Des termes évoquant l’ours auraient pu être mal compris ou mal traduits. Une autre hypothèse est que Dodge ait volontairement substitué un nouveau nom, mais les documents disponibles ne permettent pas de trancher définitivement.
Le nom s’est néanmoins répandu grâce aux cartes et surtout aux publications de Dodge.
Quant à l’apostrophe de « Devil’s », elle a elle aussi disparu. Le United States Board on Geographic Names décourage les formes possessives dans les noms géographiques. La forme officielle est donc aujourd’hui Devils Tower, sans apostrophe.
Plusieurs demandes ont depuis été déposées pour restaurer le nom Bear Lodge, notamment en raison du caractère sacré du lieu et du rejet du mot « Devils » par plusieurs nations associées au site.
Devils Tower, aussi connu sous le nom de Bear Lodge, dominant le paysage du nord-est du Wyoming. Crédit photo Carol M. Highsmith (domaine public).
Le premier National Monument des États-Unis
Devils Tower occupe également une place particulière dans l’histoire de la protection de la nature américaine.
Le 24 septembre 1906, le président Theodore Roosevelt a utilisé l’Antiquities Act, adopté quelques mois plus tôt, pour protéger le site.
Devils Tower est ainsi devenu le tout premier National Monument des États-Unis.
Cette catégorie ne correspond pas exactement à celle des National Parks. Un National Monument peut être créé afin de protéger des ressources naturelles, historiques, scientifiques ou culturelles importantes, et le mécanisme juridique utilisé pour le classement peut être différent de celui d’un parc national.
Le monument attire aujourd’hui environ un demi-million de visiteurs par an selon le National Park Service.
Une tour que l’on croyait presque impossible à escalader
Les premières descriptions européennes de Devils Tower insistaient sur son apparente inaccessibilité.
Cela n’a pas découragé deux éleveurs locaux, William Rogers et Willard Ripley.
En 1893, ils ont construit une improbable échelle d’environ 350 pieds, soit plus de 100 mètres, en enfonçant de gros piquets de bois dans une fissure de la tour et en les reliant par des planches.
Ripley avait déjà atteint le sommet pendant la construction. Le 4 juillet 1893, Rogers a réalisé une ascension publique devant une foule venue assister à l’événement.
Des vestiges de cette échelle sont encore visibles aujourd’hui.
La première ascension utilisant des techniques modernes d’escalade a eu lieu en 1937 avec Fritz Wiessner, Lawrence Coveney et William House.
Devils Tower est depuis devenu un site d’escalade de renommée internationale. Environ 5 000 personnes grimpent sur la tour au cours d’une année, même si toutes ne cherchent pas nécessairement à atteindre le sommet.
Pourquoi l’escalade est déconseillée en juin
L’escalade pose cependant une question particulière puisque la tour reste un lieu sacré pour de nombreuses nations autochtones.
Le National Park Service applique donc chaque année en juin une fermeture volontaire. Les grimpeurs et les visiteurs sont invités à ne pas escalader la tour ni pénétrer dans le champ de blocs à l’intérieur du Tower Trail.
Cette mesure n’est pas liée à la présence visible ou non d’une cérémonie particulière : juin constitue une période culturellement importante et des pratiques spirituelles peuvent rester privées et invisibles des visiteurs.
D’autres voies peuvent également être temporairement fermées au printemps afin de protéger les nids de faucons.
Devils Tower vue depuis son pied, avec ses immenses colonnes rocheuses qui accentuent l’impression de verticalité du monument. Crédit photo John Donges (CC BY-ND 2.0).
Devils Tower et Rencontres du troisième type : quand Spielberg transforme le rocher en balise extraterrestre
Pour des millions de personnes qui n’ont jamais mis les pieds au Wyoming, Devils Tower possède une autre origine : elle semble avoir été inventée par Steven Spielberg.
Dans Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind), sorti en 1977, la tour est beaucoup plus qu’un joli décor.
Elle constitue l’un des moteurs de l’intrigue.
Après avoir été confronté à des phénomènes extraterrestres, Roy Neary, interprété par Richard Dreyfuss, devient obsédé par une forme qu’il ne parvient pas à identifier.
Il la dessine, l’imagine dans des objets quotidiens et finit notamment par sculpter Devils Tower dans sa purée de pommes de terre. L’image serait plutôt ridicule hors contexte ; elle est devenue l’une des scènes emblématiques du film.
D’autres personnages partagent la même obsession sans comprendre pourquoi.
Lorsqu’une image télévisée de Devils Tower apparaît finalement à l’écran, Roy reconnaît immédiatement la forme qu’il reproduit compulsivement.
La tour devient alors le point de convergence vers lequel se dirigent les personnages et, dans le film, le lieu choisi pour la rencontre entre les humains et les visiteurs extraterrestres.
Pourquoi Spielberg a choisi Devils Tower
Joe Alves, chef décorateur et responsable des repérages pour le film, a expliqué au Wyoming Office of Tourism que Spielberg cherchait une topographie inhabituelle.
Alves a étudié différents paysages avant que Devils Tower ne s’impose.
Le choix fonctionne particulièrement bien à l’écran parce que la formation possède une silhouette à la fois simple et impossible à confondre : un plateau sommital légèrement arrondi, des parois presque verticales et ces grandes rayures qui peuvent sembler artificielles.
On comprend assez facilement pourquoi un film consacré à un contact extraterrestre a préféré cette masse de phonolite à une colline vaguement photogénique.
Plusieurs prises de vues ont réellement été réalisées à Devils Tower et dans la Black Hills National Forest, même si une grande partie des séquences complexes du film a évidemment été produite ailleurs.
Le film a considérablement renforcé la célébrité internationale du site. Le National Park Service signale une forte augmentation des visiteurs et des grimpeurs après sa sortie.
Devils Tower dans une lumière rasante de début ou de fin de journée, qui accentue la silhouette massive du monolithe au-dessus du paysage du Wyoming. Crédit photo faungg’s photos (CC BY-ND 2.0).
Un décor de science-fiction qui n’avait pas besoin d’effets spéciaux
Le plus amusant est finalement que Devils Tower paraît artificielle précisément parce que sa géologie est naturelle.
Ses colonnes évoquent un gigantesque monument construit, tandis que sa position isolée renforce encore l’impression d’un objet posé au milieu du paysage.
Les récits sacrés autochtones ont interprété cette singularité bien avant Hollywood, en l’associant notamment aux ours, au ciel et à des événements fondateurs. Les géologues y lisent aujourd’hui le refroidissement d’un magma, les contraintes mécaniques de la roche et des dizaines de millions d’années d’érosion. Spielberg y a vu une balise suffisamment étrange pour guider l’humanité vers une rencontre venue d’ailleurs.
Trois lectures très différentes d’un même rocher, et aucune n’a vraiment besoin d’en rajouter : Devils Tower fait déjà très bien le travail toute seule.
Devils Tower vue du ciel
C’est depuis les airs que l’isolement de Devils Tower devient particulièrement évident : la masse de phonolite semble surgir presque verticalement au milieu d’un paysage de forêts et de prairies beaucoup plus basses. Cette vue permet aussi de mieux distinguer son sommet relativement plat, le vaste tablier d’éboulis qui entoure sa base et l’échelle réelle du monument par rapport au paysage du Wyoming.
Vue aérienne de Devils Tower extraite de la série Aerial America du Smithsonian Channel.
Sources pour aller plus loin
- National Park Service – Formation et géologie de Devils Tower
- US Geological Survey – Geologic and topographic setting of Devils Tower
- US Geological Survey – Geology of Devils Tower National Monument, Wyoming
- National Park Service – Traditions orales et récits sacrés associés à Devils Tower
- National Park Service – Histoire du nom Devils Tower / Bear Lodge
- National Park Service – Relations entre Devils Tower et les nations autochtones
- National Park Service – Escalade et fermeture volontaire de juin
- Wyoming Office of Tourism – Devils Tower et Rencontres du troisième type








