Près de Pompéi, les archéologues ont découvert un exceptionnel char romain de cérémonie, presque intact, dans la villa de Civita Giuliana. Le véhicule, trouvé au nord des murs de l’ancienne cité, était conservé sous les matériaux volcaniques liés à l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C.
Ce n’était pas un char de guerre lancé dans une arène, ni un véhicule agricole couvert de poussière et de jurons antiques. Il s’agissait d’un char à quatre roues, richement décoré, probablement un pilentum, c’est-à-dire un véhicule cérémoniel utilisé lors de processions, de fêtes publiques ou de rituels liés au mariage.
Pompéi a beau être l’un des sites archéologiques les plus visités au monde, toutes ses découvertes ne se rencontrent pas au détour d’une rue pavée. Même en visitant le site récemment, comme cela a été mon cas l’été dernier, il est très possible de passer à côté de certains trésors conservés ailleurs, en restauration ou présentés dans des espaces muséographiques spécifiques. Ce char romain de Pompéi fait partie de ces découvertes que l’on aimerait croiser sur place… mais qui ne vous attendent pas forcément sagement entre deux domus.
Crédit photo Luigi Spina.
À retenir
Information Détail Découverte Char romain de cérémonie découvert près de Pompéi Lieu Villa de Civita Giuliana, au nord de Pompéi Date de découverte annoncée 2021 Type probable Pilentum, char cérémoniel romain Nombre de roues Quatre roues Matériaux Fer, bronze, étain, bois minéralisé Décor Médaillons, plaques décoratives, scènes liées à Éros, satyres, nymphes et amours Contexte Enseveli lors de l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. Particularité Découverte exceptionnelle, considérée comme sans précédent en Italie pour ce type de véhicule
Un char romain découvert à Civita Giuliana
La découverte a eu lieu dans la villa suburbaine de Civita Giuliana, au nord de Pompéi. Cette zone avait déjà livré des éléments remarquables, notamment les restes de chevaux dans une écurie, dont l’un encore harnaché. Le char a été mis au jour dans un portique, près de cette zone liée aux animaux et aux véhicules.
Le communiqué du Parc archéologique de Pompéi décrit un char cérémoniel à quatre roues, avec ses composants en fer, de riches décorations en bronze et en étain, des restes de bois minéralisé et des empreintes de matériaux organiques comme des cordes et des décorations florales.
Cette découverte s’inscrit dans une série de révélations récentes qui montrent à quel point Pompéi reste un site vivant pour l’archéologie. On l’a vu aussi avec la découverte d’une prêtresse romaine à Pompéi, autre exemple de ces fragments du passé qui reviennent parfois avec une précision troublante.
La conservation de l’objet est remarquable parce que le bois et les matières organiques ne survivent généralement pas facilement pendant près de deux millénaires. À Pompéi, les dépôts volcaniques ont parfois créé des conditions très particulières, permettant de conserver des empreintes, des formes et des fragments qui auraient disparu ailleurs.
Crédit photo Luigi Spina.
Un pilentum, pas un char de course
Le terme char romain peut prêter à confusion. On imagine vite les courses du Circus Maximus, les quadriges lancés à pleine vitesse, ou un guerrier dramatique avec cape au vent. Ici, rien de tout cela : le véhicule découvert à Civita Giuliana était un char cérémoniel à quatre roues.
L’ancien directeur du parc, Massimo Osanna, a expliqué qu’il pourrait s’agir du pilentum mentionné par les sources antiques, un véhicule utilisé non pour le transport quotidien ou agricole, mais pour accompagner des fêtes communautaires, des processions et peut-être des rituels liés au mariage.
Cette distinction change complètement la lecture de l’objet. Le char de Civita Giuliana n’était pas conçu pour la vitesse ou le combat, mais pour être vu. Ses quatre roues, sa caisse décorée et ses ornements en métal précieux en faisaient probablement un véhicule de représentation, destiné à accompagner des moments importants de la vie sociale ou religieuse. Dans la Rome antique aussi, certains déplacements servaient autant à se rendre quelque part qu’à montrer qui l’on était.
Ce caractère cérémoniel renvoie à une Pompéi moins quotidienne, plus symbolique, où les objets, les décors et les rites affichaient le rang social. Dans un registre très différent mais tout aussi chargé de sens, les fresques de la Villa des Mystères montrent combien l’image, le rituel et la mise en scène occupaient une place centrale dans certaines demeures pompéiennes.
Un décor exceptionnel en bronze et en étain
Le char était richement décoré avec des plaques de bronze, des éléments en étain et des médaillons figurés. Plusieurs scènes montrent Éros, des satyres, des nymphes et de petits amours, mais aussi des couples dans des positions érotiques. Ce détail n’est pas seulement décoratif : il renforce l’hypothèse d’un usage lié au mariage ou à des rites de passage.
Le véhicule a ainsi pu servir lors de différentes cérémonies et processions, notamment pour accompagner une mariée vers sa nouvelle demeure. Dans cette lecture, le char n’était pas un simple moyen de transport : il devenait un objet de représentation sociale, chargé de symboles liés à l’union, à la fécondité et au passage d’un statut à un autre.
Le site See Pompeii décrit une caisse légère d’environ 0,90 m sur 1,40 m, portée par quatre grandes roues en fer, avec des panneaux de bois rouges et noirs, décorés de bronze et d’étain. Les médaillons placés à l’arrière représenteraient notamment des scènes érotiques avec satyres et nymphes, entourées de petits amours.
Ces détails décoratifs sont essentiels : ils montrent que le véhicule n’était pas un simple chariot pratique. Il devait être vu, interprété, admiré, probablement dans un contexte cérémoniel. Un peu comme une voiture de mariage actuelle, mais avec plus de mythologie, moins de rubans blancs, et une franchise iconographique très romaine.
Ces décors mythologiques ne sont pas isolés à Pompéi. La ville continue de livrer des ensembles peints remarquables, comme les fresques dionysiaques de la Casa del Tiaso, où les images racontent autant les goûts esthétiques que l’univers symbolique des élites romaines.
Crédit photo Luigi Spina
Pourquoi cette découverte est exceptionnelle
Des parties de chars, de roues ou de véhicules antiques ont déjà été retrouvées dans le monde romain. Mais un char de cérémonie presque complet, avec ses éléments décoratifs, ses roues, ses traces de bois et ses empreintes organiques, est beaucoup plus rare.
Le communiqué officiel insiste sur le caractère exceptionnel de la découverte : un char cérémoniel presque intact, avec des éléments multiples conservés ensemble, mis au jour grâce à un travail délicat de fouille et de restauration.
La découverte est aussi liée à une opération plus large contre les fouilles clandestines. Les recherches menées à Civita Giuliana se sont inscrites dans un programme visant à protéger cette zone des pillages et tunnels illégaux. Sans cette intervention, une partie du char aurait pu disparaître dans le marché noir des antiquités. Comme quoi, parfois, l’archéologie avance aussi parce qu’il faut courir plus vite que les pilleurs.
Crédit photo Luigi Spina
Pompéi, une ville qui continue de livrer des surprises
Pompéi est célèbre pour ses maisons, ses fresques, ses thermes, ses rues, ses moulages de victimes et ses objets du quotidien figés par l’éruption du Vésuve. Mais le site continue régulièrement de révéler de nouveaux éléments sur la vie romaine.
Le char de Civita Giuliana apporte une information différente : il ne parle pas seulement de la vie domestique ou commerciale, mais aussi des cérémonies, du statut social et de la représentation. Ce type de véhicule devait appartenir à un milieu aisé, capable de posséder un objet complexe, décoré et probablement utilisé dans des occasions publiques ou rituelles.
Ces découvertes rappellent que Pompéi ne se résume pas à ses rues et à ses maisons figées. La ville révèle encore des informations sur les cérémonies, les loisirs, le confort et le statut social. Un char de cérémonie parle de représentation publique ; un luxueux complexe thermal privé découvert à Pompéi raconte plutôt le raffinement domestique et le goût très romain pour les bains bien organisés — parce qu’un Romain propre était manifestement un Romain sérieux.
Où voir le char romain de Pompéi ?
Après sa restauration, le char cérémoniel de Civita Giuliana a été présenté au public. Des sources spécialisées indiquent qu’il a été reconstruit puis exposé, notamment dans le cadre des collections liées à Pompéi et à l’Antiquarium de Boscoreale / Musée archéologique selon les périodes d’exposition.
Avant une visite, il est donc préférable de vérifier les informations officielles du Parc archéologique de Pompéi, car les conditions d’exposition des objets archéologiques peuvent changer. Les découvertes majeures voyagent parfois entre restauration, expositions temporaires et espaces muséographiques.
C’est aussi pour cela que l’on peut visiter Pompéi sans voir ce char. Le site archéologique est immense, les objets les plus fragiles ne sont pas toujours conservés dans les maisons où ils ont été trouvés, et certaines pièces suivent un parcours entre étude, conservation et exposition. La frustration est réelle, mais elle donne aussi une excellente excuse pour y retourner. Terrible destin.
Crédit photo Luigi Spina
Un char presque intact, deux mille ans plus tard
La découverte du char romain de Pompéi rappelle pourquoi le site continue de retenir l’attention des historiens, des archéologues et du grand public. Sous les couches de cendres et de matériaux volcaniques, ce ne sont pas seulement des murs qui réapparaissent, mais des gestes, des usages et des objets sociaux.
Ce pilentum est particulièrement précieux parce qu’il se situe entre l’objet technique, l’objet de prestige et l’objet rituel. Il raconte comment les Romains pouvaient se déplacer, se montrer, célébrer et inscrire leur statut dans des objets soigneusement décorés.
Ce mélange entre vie quotidienne et traces exceptionnelles fait toute la force de Pompéi. Certaines découvertes sont monumentales, d’autres tiennent à un détail presque familier, comme le célèbre “Cave Canem”, l’avertissement au chien, qui rappelle que derrière les ruines se trouvait aussi une ville de seuils, de maisons, d’habitudes et de petites prudences très humaines.
Voici la vidéo de la découverte de ce vestige étonnant:
Sources pour aller plus loin
• Site de Pompei
• Parc archéologique de Pompéi / MiC — Communiqué officiel sur le char de Civita Giuliana
• Biblical Archaeology Society — Ceremonial Chariot Found in Pompeii
• See Pompeii — Pompeii’s ceremonial chariot on display
• The History Blog — Pompeii ceremonial chariot reconstructed




