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Le Ayam Ketawa, le coq qui rit comme un humain

L’Ayam Ketawa est une race de poulet originaire de Sidenreng Rappang (Sidrap), dans le sud de Sulawesi en Indonésie, connue pour le chant très particulier de ses coqs, dont la cadence et la sonorité peuvent évoquer un rire humain. En français, on lit souvent “poule ketawa” ou “coq ketawa”, mais c’est surtout le coq qui a fait la réputation de la race : chez lui, le cocorico semble avoir pris un cours de comédie.

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The Laughing Chicken.jpg par Kangwira (CC BY-SA 3.0).

À retenir
L’Ayam Ketawa n’est pas un poulet “drôle” par son plumage ou sa silhouette, mais par sa voix. Cette race indonésienne de poulet à chant long appartient au groupe des poulets à chant prolongé. Son succès repose sur un cri rare, travaillé par la sélection et très valorisé culturellement en Indonésie, au point d’avoir ses concours dédiés

Un poulet célèbre pour sa voix, pas pour jouer les clowns

Ce qui rend l’Ayam Ketawa si particulier, ce n’est pas une allure extravagante à la manière d’un gallinacé de fantasy, mais bien son chant. Les travaux consacrés aux poulets à chant prolongé en Indonésie le classent parmi les races dont le cri dure plus longtemps que celui d’un coq ordinaire, avec une structure sonore assez inhabituelle pour évoquer un rire. Les chercheurs rappellent d’ailleurs que, chez ces volailles, le chant n’est pas appris par imitation comme chez les oiseaux chanteurs : il relève plutôt d’un comportement biologique propre à la race.

C’est ce décalage qui explique le succès du volatile sur le web : on s’attend à voir un coq, on entend presque un rire. Et c’est précisément ce genre de détail qui fait merveille dans la grande famille des animaux improbables. Dans un tout autre style, la basse-cour a déjà offert d’autres spécimens étonnants, comme par exemple ce gallinacé vietnamien aux pattes démesurées.

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Crédit photo Dolf van der Haven (CC BY-NC-ND 2.0).

D’où vient le coq Ketawa ?

L’Ayam Ketawa vient de Sidrap, en Sulawesi du Sud. Les études disponibles le décrivent comme une ressource génétique locale de l’Indonésie, et plusieurs travaux rappellent qu’il était autrefois élevé au sein de l’aristocratie bugis, où il servait notamment de marqueur de statut social. Le coq n’était donc pas seulement apprécié pour son chant : il avait aussi une vraie valeur symbolique pour la famille royale Bugis.

Cette dimension culturelle n’a pas disparu. Les autorités de Sulawesi du Sud ont encore organisé en 2023 un concours d’Ayam Ketawa pour la Governor Cup, preuve que l’oiseau n’est pas juste une curiosité folklorique recyclée pour internet, mais un emblème toujours vivant dans sa région d’origine. Les communications officielles locales présentent même l’Ayam Ketawa comme l’un des symboles de Sidrap.

Pourquoi dit-on que ce coq “rit” ?

Si Ayam signifie poulet en indonésien (voir par exemple aussi le poulet noir Ayam Cemani), le terme ketawa renvoie à l’idée de rire, et la réputation de la race repose justement sur ce chant découpé, rythmé, parfois haché, qui peut donner l’impression d’une série d’éclats vocaux assez humains. Les publications scientifiques sur la race parlent d’un cri distinctif et plus long que celui d’autres poulets locaux, ce qui explique pourquoi l’Ayam Ketawa est souvent rangé parmi les “singing chickens”, les poulets chanteurs.

Il faut quand même nuancer légèrement la formule. Le coq ne se met pas à rire comme un acteur de sitcom sous caféine ; c’est plutôt son chant prolongé et saccadé qui, à l’oreille humaine, rappelle un rire. La nuance a son importance : cela reste un coq, pas un humoriste à plumes en tournée mondiale.

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Crédit photo Joan San Carlos (CC BY-SA 4.0).

Existe-t-il plusieurs types d’Ayam Ketawa ?

Oui. Les travaux cités sur la bioacoustique de la race distinguent notamment deux grands types, le gretek et le dangdut. Si le dangdut rit d’une manière rapide, semblable à une mitraillette (oiseau imitant la mitraillette, voir le bec-en-sabot du Nil), le gretek chante avec un staccato prolongé de quatre à douze éclats de rire à chaque fois.

Autrement dit, tous les Ayam Ketawa n’ont pas exactement la même “signature vocale”, ce qui explique une partie de l’intérêt des éleveurs et des concours. En Indonésie, les passionnés participent à de grandes compétitions pour déterminer quel oiseau a le chant le plus clair et imite le mieux le rire humain. D’autres les achètent uniquement à des fins de divertissement, car les chants qu’ils poussent sont garantis pour faire sourire.

À quoi ressemble ce poulet rieur ?

C’est presque le plus ironique dans l’histoire : l’Ayam Ketawa ne semble pas particulièrement extravagant quand on le compare à d’autres races spectaculaires. La littérature scientifique note d’ailleurs que, sur plusieurs points morphologiques, il peut ressembler à d’autres poulets locaux indonésiens ; la vraie différence se situe surtout dans la voix. En clair, visuellement, ce n’est pas forcément le coq le plus extravagant de la planète. Mais dès qu’il ouvre le bec, il récupère toute la mise en scène.

Cela le rapproche d’autres oiseaux sélectionnés pour un trait très précis plutôt que pour une simple apparence. Dans le monde des curiosités aviaires, on peut penser à l’Onagadori et sa traîne hors norme. L’Ayam Ketawa, lui, joue une autre partition : chez lui, le spectacle passe d’abord par les oreilles.

Une race célèbre

L’Ayam Ketawa n’est pas seulement un sujet parfait pour une vidéo qui fait lever un sourcil. Les chercheurs le présentent aussi comme une ressource génétique locale faisant partie de la biodiversité domestique indonésienne. La revue de 2023 sur les poulets à chant prolongé en Indonésie insiste sur leur intérêt culturel, socio-économique et patrimonial, ainsi que sur le besoin de mieux documenter leur répartition et leur conservation.

C’est d’ailleurs ce qui rend le sujet plus intéressant qu’une simple curiosité virale. Sous son côté “coq qui a l’air de rire”, l’Ayam Ketawa raconte aussi quelque chose de la relation entre élevage, culture locale, sélection animale et identité régionale.

Comme pour de nombreux autres oiseaux domestiques, l’origine exacte de la race Ayam Ketawa n’est pas claire. Cependant, on imagine que les éleveurs ont croisé différents types de poulets locaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent les caractéristiques souhaitées pour cet oiseau particulier et divertissant. On estime que la race existe depuis au moins 350 ans.

Le dangut est la variété la plus chère, les spécimens les plus précieux se vendant à des dizaines de milliers de dollars. En raison de leur rareté et de leurs caractéristiques uniques, les poulets Ayam Ketawa sont généralement plus chers que les autres races de poulets.

Vidéos du coq qui rit

En parler c’est bien, l’écouter c’est mieux. Pas de cocorico, voici quelques vidéos du Ayam Ketawa, le coq qui rit comme un humain:

Sources pour aller plus loin

Étude sur la bioacoustique et les caractéristiques de l’Ayam Ketawa
Revue scientifique sur les poulets au chant prolongé en Indonésie
Concours officiel d’Ayam Ketawa en Sulawesi du Sud

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