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Le majestueux Onagadori , poulet à la très longue queue

L’Onagadori est une race japonaise de poulet connue pour les extraordinaires plumes caudales de ses coqs. Chez certains sujets élevés dans des conditions adaptées, elles peuvent continuer à pousser pendant plusieurs années et dépasser 10 mètres de longueur, donnant à l’oiseau une traîne qui paraît presque disproportionnée par rapport à son corps.

Originaire de l’ancienne province de Tosa, dans l’actuelle préfecture de Kōchi sur l’île de Shikoku, ce coq japonais n’est pas seulement une curiosité avicole. Le Tosa no Onagadori est protégé au Japon comme Monument naturel spécial, tandis que son élevage traditionnel a développé des méthodes particulièrement étonnantes pour préserver intactes des plumes longues de plusieurs mètres.

Coq Onagadori japonais à la très longue queue
Un coq Onagadori au plumage doré et noir, avec ses longues plumes caudales reposant sur la neige. Crédit photo Diandra Dills (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • L’Onagadori est une race japonaise de poulet originaire de la région de Tosa, aujourd’hui dans la préfecture de Kōchi.
  • Chez les mâles, certaines plumes de la queue et de la selle ne suivent pas le cycle normal de mue et continuent à pousser pendant plusieurs années.
  • Les autorités japonaises indiquent une croissance d’environ 70 cm à 1 m par an selon les sources et les conditions d’élevage.
  • Des Onagadori exceptionnels ont développé des plumes de plus de 10 mètres.
  • La race a été désignée Monument naturel en 1923, puis Monument naturel spécial du Japon en 1952.
  • Les très longues plumes sont traditionnellement protégées grâce à des installations spécifiques appelées tomebako.

L’Onagadori, un poulet japonais dont la queue peut dépasser 10 mètres

Chez une poule ordinaire, les anciennes plumes sont régulièrement remplacées lors de la mue. Le coq Onagadori possède une particularité beaucoup plus inhabituelle : certaines plumes caudales et certaines plumes de la selle peuvent ne pas muer pendant toute sa vie.

Elles continuent alors à s’allonger année après année. La ville de Nankoku, berceau actuel de la race, indique environ 70 cm de croissance annuelle, tandis que le service culturel de la préfecture de Kōchi évoque environ un mètre dans les élevages permettant une croissance optimale.

Les individus les plus remarquables ont ainsi dépassé les 10 mètres de plumes. L’administration culturelle de Kōchi documente ces longueurs extrêmes et le centre consacré à l’Onagadori à Nankoku conserve la mémoire d’oiseaux aux traînes démesurées.

La formule « poulet à longue queue » paraît presque modeste devant un tel animal. Dans un autre registre, la basse-cour possède d’autres spécialistes de l’exagération naturelle, comme le Gà Đông Tảo et ses énormes pattes ou l’Ayam Cemani, presque entièrement noir.

Coq Onagadori à la longue queue


Coq Onagadori à la longue queue. Crédit photo AWP/DepositPhotos.

Pourquoi la queue de l’Onagadori devient-elle aussi longue ?

La caractéristique est héréditaire, mais son explication génétique est plus complexe que ne le laissaient entendre certaines anciennes descriptions de la race.

Des publications avicoles ont longtemps associé la non-mue à certains facteurs génétiques particuliers. Les recherches modernes restent cependant prudentes : le mécanisme moléculaire complet expliquant la croissance extrême des plumes du Tosa Onagadori n’est pas encore totalement élucidé.

Une revue scientifique récente sur les races japonaises rappelle que certains coqs Onagadori conservent toute leur vie une partie de leurs plumes caudales et de leurs lancettes de selle. Des recherches génomiques menées sur un poulet coréen à longue queue ont identifié plusieurs régions candidates, notamment autour de gènes liés à la kératine des plumes, mais il reste à déterminer dans quelle mesure ces résultats s’appliquent à l’Onagadori japonais.

Les poussins ne naissent évidemment pas avec une traîne de plusieurs mètres. Les différences deviennent progressivement spectaculaires chez les mâles en vieillissant, à mesure que certaines plumes persistent et continuent leur croissance.

Une race née à Tosa au XVIIe siècle

L’histoire de l’Onagadori actuel commence beaucoup plus récemment que celle des poulets à longues plumes connus depuis l’Antiquité en Asie.

La tradition de Kōchi situe son apparition vers 1655-1657, à Shinohara, aujourd’hui dans la ville de Nankoku. Elle attribue son développement à un habitant nommé Takeichi Riemon.

Son ascendance exacte n’est cependant pas assurée. Plusieurs races japonaises anciennes, dont le Shokoku, le Totenko ou d’autres poulets de Tosa, ont été proposées comme ancêtres ou comme participants à sa sélection.

L’Onagadori est donc bien une race japonaise développée pendant l’époque d’Edo, et non une race inchangée depuis plusieurs milliers d’années.

Onagadori à très longue queue photographié à Kōchi vers 1923
Un Onagadori de Kōchi photographié vers 1923 en compagnie de chercheurs français, avec une immense traîne descendant jusqu’au sol. Crédit photo Sakuya Okamoto (domaine public).

Des plumes recherchées par les seigneurs japonais

La longueur spectaculaire des plumes n’aurait pas été sélectionnée uniquement pour le plaisir de posséder un coq particulièrement encombrant.

Selon le service du patrimoine culturel de Kōchi, les longues plumes étaient recherchées à l’époque féodale pour décorer les lances cérémonielles utilisées lors des processions des seigneurs de Tosa. Dans le cadre du sankin-kōtai, les daimyō devaient régulièrement rejoindre Edo avec leurs cortèges.

Les autorités locales auraient alors encouragé les habitants à obtenir des plumes toujours plus longues. Les éleveurs ont ainsi poursuivi une sélection qui, génération après génération, a accentué l’une des caractéristiques les plus extrêmes rencontrées chez une race domestique.

Des photographies japonaises du début du XXe siècle montrent que des Onagadori possédaient déjà à cette époque des queues de plusieurs mètres.

Comment protège-t-on une queue de plusieurs mètres ?

Une traîne de cinq ou dix mètres résisterait assez mal à une vie passée à gratter tranquillement la terre derrière un poulailler.

Les éleveurs japonais ont donc développé des installations spécifiques appelées tomebako. La Japan Association for Techno-innovation in Agriculture, Forestry and Fisheries décrit les modèles modernes comme des structures verticales d’environ 1,80 m de haut, prévues pour un seul coq.

L’oiseau reste perché tandis que les longues plumes pendent sans frotter sur le sol. Les mouvements sont fortement limités afin d’éviter que la queue ne se casse, ne s’arrache ou ne s’abîme.

Lorsque le coq est sorti pour faire de l’exercice, les longues plumes peuvent être tenues ou enroulées par l’éleveur afin qu’elles ne traînent pas.

Cette méthode explique pourquoi les queues record ne sont pas seulement le produit de la génétique : elles nécessitent également des années de soins et une gestion très particulière de l’oiseau. Elle soulève aujourd’hui des questions évidentes concernant les conditions de détention, mais reste un élément incontournable pour comprendre comment de telles longueurs ont historiquement été obtenues.

Coq ou poule Onagadori : une différence spectaculaire

La célébrité de la race vient essentiellement des mâles. La poule Onagadori ne développe pas l’immense traîne caractéristique des vieux coqs.

Elle conserve toutefois une silhouette élégante et un plumage relativement allongé pour une poule domestique, mais la différence devient immédiatement visible lorsque les deux sexes sont comparés.

C’est une distinction importante, car les recherches `poule Onagadori`, `Onagadori poule` ou encore `poule longue queue` conduisent fréquemment à cette race alors que les photographies les plus connues montrent presque toujours des coqs.

Poule Onagadori femelle à la queue plus courte que celle du coq


Une poule Onagadori photographiée au Salon international de l’agriculture en 2020. Sa queue reste beaucoup plus courte que la spectaculaire traîne des vieux coqs. Crédit photo Thomon (CC BY-SA 4.0).

Onagadori et Phoenix : deux poulets à longue queue à ne pas confondre

L’Onagadori est régulièrement confondu avec le Phoenix, une autre race de poulet d’ornement possédant de longues plumes.

Les premiers poulets japonais à longue queue arrivent en Allemagne à la fin du XIXe siècle. À partir de ces oiseaux, des éleveurs européens, notamment autour de Hugo du Roi, réalisent différents croisements. Ces travaux aboutissent progressivement à une race allemande distincte : le Phoenix.

Le Phoenix peut porter une très belle queue, mais son plumage suit davantage un cycle normal de renouvellement. Il n’atteint donc généralement pas les longueurs extrêmes observées chez les vieux Onagadori dont certaines plumes ne muent pas.

Cette proximité explique aussi certaines recherches sur le prix des deux races. Il n’existe cependant pas de « prix officiel » d’un Onagadori japonais : la valeur dépend de la souche, du pays, de l’éleveur, de l’âge et du respect des standards. Les annonces commerciales concernant des « Onagadori » doivent donc être distinguées des lignées japonaises historiques protégées.

Michael Zavros Black Breasted Silver Onagadori Twins
Michael Zavros Black Breasted Silver Onagadori Twins. Crédit photo erin williamson (CC BY-ND 2.0).

Une race classée Monument naturel spécial au Japon

Le Tosa no Onagadori a été classé Monument naturel japonais le 7 mars 1923, avant d’obtenir le statut supérieur de Monument naturel spécial le 29 mars 1952.

La base officielle du patrimoine culturel japonais le classe parmi les animaux domestiques caractéristiques du pays. Les programmes de conservation se concentrent notamment dans la ville de Nankoku, où la race possède toujours une forte importance culturelle.

Des études génétiques ont cependant montré que les différentes variétés de plumage ne possèdent pas exactement la même histoire génétique. Les chercheurs distinguent notamment le type shirafuji, blanc à poitrine noire et considéré comme le plus ancien, ainsi que des lignées rouge à poitrine noire et entièrement blanches.

Cette diversité fait aujourd’hui l’objet d’un suivi afin d’éviter une perte progressive de variabilité génétique.

Coqs et poules Onagadori photographiés à Kōchi au Japon vers 1923
Plusieurs Onagadori de Kōchi photographiés vers 1923, avec des coqs à longue queue, une poule et des jeunes oiseaux. Crédit photo Sakuya Okamoto (domaine public).

Les poulets japonais et asiatiques ont décidément développé quelques spécialités assez difficiles à confondre : après les plumes interminables de l’Onagadori, on trouve par exemple l’Ayam Ketawa dont le chant évoque un rire humain. Et dans la catégorie des volailles dont l’histoire dépasse largement l’ordinaire, Mike le poulet sans tête a survécu pendant près de deux ans après sa décapitation.

Vidéos de l’Onagadori

Les vidéos permettent de mieux mesurer la longueur des plumes et surtout de comprendre les précautions nécessaires lorsqu’un coq à très longue queue est déplacé :

Sources pour aller plus loin

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