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Djavolja Varoš, la ville du diable de Serbie et ses étranges rochers coiffés

Dans le sud de la Serbie, sur les pentes du mont Radan, Djavolja Varoš ressemble à un village de silhouettes pétrifiées. Le site, dont le nom signifie “la ville du diable”, rassemble plus de 200 colonnes de terre coiffées de blocs de pierre, comme une foule étrange figée dans un décor de ravines.

Djavolja Varoš, la ville du diable en Serbie avec ses rochers coiffés
Crédit photo Rudolf Getel (CC BY 2.0).

Aussi écrit Đavolja Varoš avec les accents serbes, ce phénomène naturel est l’un des paysages les plus insolites de Serbie. Ses tours, sculptées par l’érosion, mesurent de quelques mètres à environ 15 mètres de haut. Certaines portent encore un bloc d’andésite sur la tête, ce qui leur donne cette allure de personnages minéraux coiffés pour une cérémonie franchement inquiétante.

À retenir
Djavolja Varoš, ou la ville du diable, est un site géologique situé dans le sud de la Serbie, sur le mont Radan. Il compte environ 202 formations de terre, hautes de 2 à 15 mètres, façonnées par l’érosion et souvent coiffées de blocs de pierre qui ralentissent leur disparition.

Les-rochers-de-Djavolja-Varos-la-ville-du-diable-de-Serbie-9


Crédit photo Valinor Photography (CC BY-NC-ND 2.0)

Djavolja Varoš, la ville du diable sur le mont Radan

Djavolja Varoš se trouve près de Kuršumlija, dans le sud de la Serbie, sur les pentes du mont Radan. Le site est situé dans une zone montagneuse et boisée, à une altitude d’environ 700 à 720 mètres, dans un paysage où les ravines argileuses contrastent avec la forêt environnante.

Son nom serbe, Đavolja Varoš, signifie littéralement “la ville du diable”. Le surnom colle assez bien au décor : les colonnes de terre ressemblent à des habitants pétrifiés, alignés dans deux ravins aux noms eux aussi très accueillants, Đavolja jaruga et Paklena jaruga, que l’on peut traduire par ravin du Diable et ravin de l’Enfer. On a connu office du tourisme plus rassurant.

la ville du diable en Serbie, rochers de Djavolja Varoš sur le mont Radan
Crédit photo Fif’ (CC BY-SA 2.0).

Cette ambiance de paysage minéral presque irréel rapproche Djavolja Varoš d’autres formations naturelles où l’érosion semble avoir travaillé avec un sens du théâtre assez prononcé, comme la cascade de pierre de Šomoška en basalte. Là-bas, la roche paraît figée en chute ; ici, elle semble s’être changée en cortège de silhouettes.

Des pyramides de terre sculptées par l’érosion

Les formations de Djavolja Varoš sont souvent appelées pyramides de terre ou cheminées de fées. Elles sont nées de l’action de l’eau, du vent, des variations de température et de l’érosion sur un sol issu d’anciens matériaux volcaniques. L’UNESCO décrit le site comme un exemple remarquable d’érosion ayant façonné des matériaux d’andésite et de tuf volcanique.

Le principe est relativement simple, même si le résultat semble sorti d’un conte inquiétant. Les couches de terrain plus tendres sont peu à peu emportées par l’eau, tandis que certains blocs plus résistants protègent la matière située juste en dessous. Ces blocs jouent le rôle de chapeaux naturels : tant qu’ils restent en place, la colonne dessous résiste mieux à l’érosion.

pyramides de terre de Djavolja Varoš avec blocs de pierre en équilibre


Crédit photo Kevin Wallis (CC BY 2.0).

Le site compte environ 202 formations, mesurant généralement entre 2 et 15 mètres. Leur largeur varie selon les sources et les points de mesure, mais elles peuvent atteindre plusieurs mètres à la base. Certaines colonnes portent encore leur “bonnet” d’andésite ; d’autres l’ont perdu et disparaissent alors beaucoup plus vite. À Djavolja Varoš, perdre son chapeau, c’est rarement bon signe.

Ces formations appartiennent à la grande famille des pyramides de terre et des cheminées de fées, que l’on retrouve aussi dans les pyramides de terre de Renon. Même principe général : une matière friable, un bloc protecteur, de l’eau, du temps, et la gravité qui taille le décor avec une patience très professionnelle.

Pourquoi ces rochers ont-ils un “chapeau” ?

Le détail le plus spectaculaire de Djavolja Varoš est justement ce fameux bloc de pierre posé au sommet de nombreuses colonnes. Il ne s’agit pas d’un équilibre magique, ni d’un décor installé pour attirer les photographes, mais d’un phénomène géologique bien connu dans les paysages d’érosion.

Le bloc supérieur, plus dur, protège la terre située en dessous des pluies directes. Autour, les matériaux plus fragiles sont lessivés, creusés, découpés. La colonne se forme donc par différence d’érosion : ce qui est abrité reste en relief, ce qui ne l’est pas s’en va. C’est une sorte de parapluie minéral, sauf qu’il pèse parfois très lourd et n’est pas homologué pour les promenades en ville.

rocher coiffé de Djavolja Varoš en Serbie, formation d’érosion naturelle
Crédit photo Geologicharka (CC BY-SA 3.0)

Ce système explique aussi pourquoi le paysage change lentement. Quand un bloc protecteur tombe, la colonne située dessous devient plus vulnérable et finit par s’effacer. La ville du diable n’est donc pas une sculpture figée pour l’éternité : c’est un décor vivant, travaillé par l’eau, la pente et le temps. Le diable, apparemment, sous-traite beaucoup à la météo. µUne version diabolique sans chapeau pourrait être le Tsingy Rouge de Madagascar.

Une ville du diable nourrie par les légendes

Avec un nom pareil, Djavolja Varoš ne pouvait pas échapper aux légendes. La plus connue raconte que ces colonnes seraient les invités d’un mariage maudit, pétrifiés après avoir voulu unir un frère et une sœur. D’autres récits évoquent des forces démoniaques, des malédictions ou des habitants changés en pierre.

Ces histoires n’expliquent évidemment pas la géologie, mais elles disent quelque chose de la puissance visuelle du lieu. Devant ces formes verticales, serrées les unes contre les autres, l’imagination travaille vite. Les tours deviennent des personnages, les blocs deviennent des têtes, et le ravin devient un village figé. La science parle d’érosion ; le folklore, lui, préfère convoquer le diable. Il faut reconnaître que pour l’ambiance, il marque un point.

légende de Djavolja Varoš, la ville du diable en Serbie
Crédit photo Miljanatodorovic (CC BY-SA 4.0)

Cette légende de silhouettes changées en pierre fait naturellement penser aux poupées de pierre de Kuklica, en Macédoine du Nord. Là aussi, des colonnes minérales ont été interprétées comme des personnages figés par une malédiction ou une histoire de mariage contrarié. La géologie fabrique les formes ; les humains, eux, ajoutent aussitôt le drame familial.

Dans cette même famille de roches qui semblent inviter les récits, la pierre tremblante de Huelgoat montre comment un simple bloc peut devenir un objet de curiosité, de jeu et de tradition locale. Les humains aiment les pierres qui défient l’ordinaire ; ensuite, ils leur inventent naturellement une histoire. C’est presque plus fort que nous.

Deux sources aux eaux très particulières

Djavolja Varoš ne se résume pas à ses colonnes. Le site est aussi connu pour ses deux sources minérales, dont les eaux très chargées contribuent à son atmosphère étrange. Les sources sont souvent mentionnées sous les noms de Đavolja voda, “l’eau du Diable”, et Crveno vrelo, “la source rouge”.

Ces eaux sont riches en minéraux, acides et colorées par les dépôts qu’elles laissent sur le sol. Elles ajoutent au site une dimension presque alchimique : des tours d’érosion, des ravins aux noms infernaux, une eau rougeâtre ou très minéralisée… À ce stade, même un géologue peut comprendre pourquoi les légendes ont trouvé un terrain confortable.

source minérale de Djavolja Varoš, eau du Diable en Serbie
Crédit photo Valinor Photography (CC BY-NC-ND 2.0)

L’UNESCO souligne d’ailleurs que Djavolja Varoš combine deux phénomènes naturels : les formations d’érosion et les sources minérales particulières. C’est cette double singularité qui distingue le site d’un simple groupe de rochers curieux.

Un site naturel protégé et candidat à l’UNESCO

Djavolja Varoš est protégé en Serbie comme monument naturel. Le site figure aussi sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2002, sous le nom de “The Djavolja Varos (Devil’s Town) Natural Landmark”. Cette inscription indicative ne signifie pas que le lieu est déjà classé au patrimoine mondial, mais qu’il est officiellement proposé comme candidat potentiel.

L’intérêt du site tient à la fois à son paysage, à sa rareté et à la dynamique encore active de l’érosion. Les colonnes ne sont pas des monuments figés pour toujours : certaines se dégradent, d’autres évoluent, et le paysage continue de changer lentement. La ville du diable n’est donc pas tout à fait immobile ; elle travaille juste à l’échelle de la pluie, de la pente et du temps.

site naturel protégé de Djavolja Varoš en Serbie


Crédit photo Veljko Pejovic (CC BY-SA 4.0)

Ce caractère évolutif fait partie de l’intérêt du site. Les formations spectaculaires que l’on voit aujourd’hui sont le résultat d’un équilibre fragile entre matériaux tendres, blocs protecteurs et ruissellement. Un paysage pareil ne se conserve pas comme un monument en pierre de taille : il se surveille, il se protège, et surtout, il ne se grimpe pas comme une aire de jeux pour géants mal réveillés.
Le site est protégé par l’état depuis 1959 et a demandé une inscription au patrimoine mondial de l’humanité en 2002.

Visiter Djavolja Varoš en Serbie

Djavolja Varoš se visite par des sentiers aménagés qui permettent d’approcher les points de vue sur les formations. Le site se trouve dans le sud de la Serbie, près de Kuršumlija, dans la région de Toplica. L’accès demande de s’éloigner des grands axes touristiques classiques, mais c’est aussi ce qui fait son intérêt : on vient ici pour un paysage rare, pas pour une attraction posée entre deux boutiques de magnets.

Le meilleur moment pour visiter dépend de la météo et de la lumière. Une lumière basse, le matin ou en fin de journée, accentue les reliefs et les ombres des colonnes. Après la pluie, les chemins peuvent être plus glissants, mais les couleurs du sol et des ravines ressortent parfois davantage. Comme souvent avec les paysages d’érosion, il faut respecter les sentiers : les formations sont belles, mais fragiles.

visiter Djavolja Varoš, ville du diable en Serbie sur le mont Radan
Crédit photo Dejanidis (CC BY-SA 4.0)

Localisation : mont Radan, près de Kuršumlija, sud de la Serbie
Type de site : formations géologiques / pyramides de terre
Nombre de formations : environ 202
Hauteur des tours : environ 2 à 15 m
Altitude du site : environ 700 à 720 m
Statut : monument naturel protégé, liste indicative UNESCO
Coordonnées GPS approximatives : 42.9925, 21.4097
Coordonnées en DMS : 42°59’33″N, 21°24’35″E

Voici sa position sur Google Maps:

Les rochers de Djavolja Varos la ville du diable de Serbie maps

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credit photo Staletic (CC BY-SA 4.0)

Djavolja Varoš en vidéo

Des formes moins spectaculaires que celles de la Vallée des Rêves du Nouveau-Mexique, voici une vidéo de Djavolja Varoš, la ville du diable de Serbie, avec ses rochers coiffés, ses ravines et ses étranges pyramides de terre sculptées par l’érosion.

Sources pour aller plus loin

Serbia Travel – Djavolja varoš, le lieu-dit du Diable
UNESCO World Heritage Centre – The Djavolja Varos (Devil’s Town) Natural Landmark
Serbia.com – Djavolja Varoš, Devil’s Town
Kuršumlijska Banja – Devil’s Town

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