Bernard Pras est un artiste français qui transforme des objets ordinaires en sculptures en anamorphose. Vu de près, son travail ressemble parfois à un joyeux désordre : jouets, vêtements, ustensiles, morceaux de plastique, livres, bouts de bois, objets récupérés… Mais depuis un point de vue précis, tout s’aligne soudain pour former un portrait ou une image parfaitement reconnaissable.
C’est là que la magie opère. Ce qui semblait être un tas d’objets devient Einstein, Van Gogh, Dali, Marilyn Monroe, Louis XIV, Bruce Lee ou une œuvre célèbre de l’histoire de l’art. Un pas de côté, et l’image se défait. Revenez au bon endroit, et elle réapparaît. L’anamorphose est une affaire de perspective, mais aussi de patience, d’œil et de bazar très organisé.
À retenir :
Bernard Pras est un artiste plasticien et photographe français, né en 1952.
Il est connu pour ses installations en anamorphose, composées d’objets du quotidien.
Ses œuvres ne deviennent lisibles que depuis un point de vue précis.
Il photographie ensuite l’installation depuis cet angle, transformant un assemblage d’objets en image finale.
Son travail mêle récupération, illusion d’optique, portrait et histoire de l’art.
Qu’est-ce qu’une anamorphose ?
Une anamorphose est une image volontairement déformée qui ne devient lisible que depuis un certain point de vue, ou parfois grâce à un miroir. Si l’on se place ailleurs, l’image semble étirée, fragmentée ou simplement incompréhensible.
Le procédé est ancien et a beaucoup été utilisé dans l’histoire de l’art, notamment pour jouer avec la perspective. Dans un registre très différent, ces œuvres anamorphiques visibles avec un miroir cylindrique montrent une autre manière de faire apparaître une image cachée grâce au regard, au reflet et à la géométrie.
Chez Bernard Pras, pas besoin de miroir cylindrique. Le point de vue suffit. L’artiste installe des objets dans l’espace, souvent en grande quantité, puis choisit l’angle exact depuis lequel ils se recomposent en image. L’œuvre existe donc à la fois comme installation physique et comme photographie.
Des objets ordinaires transformés en portraits
Le matériau de Bernard Pras n’est pas noble au sens classique. Il travaille avec des objets trouvés, accumulés, récupérés : poupées, câbles, chaussures, boîtes, chaises, tissus, outils, jouets, fragments de meubles, ustensiles ou déchets colorés.
C’est précisément ce qui rend ses œuvres efficaces. De près, le spectateur identifie les objets un par un. De loin, ou plutôt depuis le bon angle, ces éléments se fondent dans une image unique. Une boîte devient une ombre, un vêtement devient une joue, un objet rouge devient une bouche, un morceau de plastique devient une touche de lumière.
Cette utilisation d’objets du quotidien rapproche Bernard Pras d’autres artistes qui transforment la matière banale en image. Mais là où les tableaux en capsules de bouteilles de Jeffrey A. Meszaro misent sur l’accumulation frontale, Pras ajoute une contrainte supplémentaire : l’œuvre doit se recomposer depuis un point unique.
Pourquoi les œuvres de Bernard Pras fonctionnent si bien
Le plaisir visuel vient du basculement. On voit d’abord le chaos, puis l’image. Ou l’inverse : on voit un portrait parfaitement construit, puis on comprend qu’il est composé d’objets hétéroclites. Dans les deux cas, le cerveau fait un petit saut.
Bernard Pras joue avec cette capacité de notre regard à organiser le désordre. Il ne cache pas ses matériaux. Au contraire, il les laisse visibles. Ce sont eux qui donnent à l’image sa texture, son humour et parfois sa critique discrète de la consommation.
Le procédé rejoint d’autres œuvres fondées sur l’angle de vue, comme les statues quantiques de Julian Voss-Andreae qui disparaissent selon l’angle de vue. Dans les deux cas, l’œuvre n’est pas figée : elle dépend de la position du spectateur. Mauvais endroit, mauvaise image. L’art devient presque une chasse au trésor, mais sans carte et avec plus de meubles cassés.
Une sculpture, une installation et une photographie
Les anamorphoses de Bernard Pras sont souvent connues sous forme de photographies. C’est logique : une fois l’installation terminée, l’artiste la photographie depuis le point exact où l’image devient lisible.
Mais il ne s’agit pas seulement de photographie. Avant l’image finale, il y a une vraie construction dans l’espace. Les objets doivent être placés à la bonne distance, à la bonne hauteur et dans la bonne orientation. Ce qui semble improvisé est en réalité très calculé.
C’est cette dimension spatiale qui rapproche aussi son travail de certaines sculptures anamorphiques contemporaines. Les ingénieuses sculptures anamorphiques de Morpho, par exemple, montrent à quel point une forme peut devenir lisible uniquement lorsqu’elle est observée depuis l’angle prévu.
Des portraits célèbres, mais jamais simplement copiés
Bernard Pras reprend souvent des figures très connues : artistes, musiciens, acteurs, personnages historiques, icônes populaires. Il peut aussi revisiter des œuvres majeures de l’histoire de l’art.
L’intérêt ne réside pas seulement dans la ressemblance finale. Il tient aussi au choix des objets, aux couleurs, aux matières et aux associations parfois drôles ou décalées. Une œuvre de Bernard Pras n’est pas une simple reproduction : c’est une image reconstruite avec des morceaux du monde réel.
Dans cette logique, le spectateur n’est pas seulement invité à reconnaître un visage. Il peut aussi parcourir les détails, repérer les objets, chercher les associations et comprendre comment l’image tient debout. Ou plutôt, comment elle tient debout depuis un seul endroit.
Quand l’anamorphose devient une affaire de point de vue
L’anamorphose rappelle une chose assez simple : voir n’est jamais totalement neutre. Selon l’endroit où l’on se place, une même œuvre peut devenir claire ou illisible, pleine ou éclatée, évidente ou absurde.
C’est aussi ce qui rend ces créations très efficaces en photo et en vidéo. On peut montrer le désordre, puis le déplacement vers le bon angle, puis l’apparition brutale de l’image. L’effet est immédiat.
Dans un autre registre, Head Instructor, la sculpture de verre en anamorphose de Thomas Medicus, exploite aussi ce principe de révélation selon l’angle. La différence, c’est que Medicus travaille avec la transparence et le verre, tandis que Pras préfère l’accumulation d’objets et la collision joyeuse des matières.
Quelques anamorphoses de Bernard Pras
Voici quelques sculptures en anamorphose de Bernard Pras. Le mieux est de les regarder en deux temps : d’abord comme des portraits, puis comme des assemblages d’objets. C’est là que l’on comprend l’ampleur du travail.
Toutes les images: crédits Bernard Pras.
D’autres illusions sculpturales
Les anamorphoses de Bernard Pras s’inscrivent dans une famille d’œuvres où la perception fait presque autant que la matière. Ce n’est pas seulement ce que l’artiste fabrique qui compte, mais l’endroit depuis lequel on le regarde.
C’est également le cas de l’incroyable sculpture éléphant-girafe de Matthieu Robert-Ortis, qui change d’animal selon l’angle de vue. Là encore, l’image ne se contente pas d’être posée devant nous : elle se construit dans le déplacement.
Chez Bernard Pras, ce déplacement nous fait passer d’un amas d’objets à un portrait. Un peu comme si un vide-grenier avait soudain décidé de devenir un musée.
Sources fiables
• Bernard Pras — site officiel de l’artiste plasticien et photographe français
• Galerie Jane Griffiths — biographie de Bernard Pras et présentation de son travail d’anamorphose
• Galerie Bayart — Bernard Pras, installations et assemblages d’objets hétéroclites
• Palais idéal du Facteur Cheval — Hommage au Facteur Cheval, installation anamorphique de Bernard Pras
• My Modern Met — installation anamorphique de Bernard Pras au Palais idéal du Facteur Cheval
















Absolument incroyable, toute cette vision artistique qui se transmet par des touches magiques qui font des œuvres magnifique
Dans ce thème aussi j’ai découvert dernièrement les sculptures de Yong Ho Ji à base de pneus, excellent
merci pour l’info concernant le travail de Yonh Ho Ji, je vais fouiller ça dès que j’aurais du temps! 😉
Je peux te filer le lien si tu veux, ça t’éviterai le temps de recherche
http://www.out-the-box.fr/yong-ho-ji-ses-sculptures-mythologiques-base-pneus/
héhé merci!!!!
Je ne vais pas tourner autour du pot…c’est tout simplement « Génialissime », « Inspiré », subtilement « Provocateur »….Bref j’ADORE!
Complimenti!