Deux girafes apparaissent dans un entrelacs de fils d’acier. Il suffit pourtant de se déplacer autour de la sculpture pour les voir disparaître progressivement et laisser place à… un éléphant. Cette étonnante œuvre de Matthieu Robert-Ortis joue entièrement avec la perspective et la position du spectateur.
Intitulée La Révolution des girafes (The Revolution of Giraffes), cette sculpture éléphant-girafe est devenue l’une des créations les plus connues de l’artiste français. Elle ne cache aucun mécanisme : les deux animaux sont présents simultanément dans la même structure métallique, mais notre œil ne parvient à les reconstruire correctement que depuis certains angles.
La Révolution des girafes, sculpture métamorphique de Matthieu Robert-Ortis. Crédit image Matthieu Robert-Ortis.
À retenir
- La Révolution des girafes est une sculpture de l’artiste français Matthieu Robert-Ortis.
- Elle représente deux girafes depuis un point de vue et un éléphant depuis un autre.
- L’œuvre est construite à partir de fils ou câbles métalliques disposés dans l’espace.
- Matthieu Robert-Ortis distingue lui-même ses œuvres « anamorphiques » de ses sculptures « métamorphiques », où une figure se transforme en une autre lorsque le spectateur se déplace.
- Une vidéo de l’œuvre avait dépassé 85 millions de vues sur Facebook en 2016.
- La sculpture a notamment été exposée à Paris puis présentée en Malaisie lors du George Town Festival 2016.
Une sculpture qui devient un éléphant ou deux girafes
Depuis une première position, l’œil rassemble les différents fils métalliques et reconnaît deux girafes placées côte à côte.
Mais la sculpture est un volume en trois dimensions beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air.
Lorsque le spectateur commence à tourner autour, les contours des girafes se disloquent. Les têtes s’allongent, certaines lignes cessent de coïncider et la structure semble momentanément devenir un simple enchevêtrement de métal.
Puis les fils s’alignent autrement et une nouvelle silhouette devient lisible : celle d’un éléphant.
Selon le point d’observation, la structure métallique fait apparaître deux girafes. Crédit image Matthieu Robert-Ortis.
La prouesse de Matthieu Robert-Ortis ne consiste donc pas seulement à « dessiner » un animal avec du fil métallique : il réussit à faire cohabiter deux représentations animales différentes dans le même volume, chacune devenant lisible depuis un point de vue distinct.
Comment fonctionne cette sculpture anamorphique ?
L’anamorphose consiste à construire ou déformer une image de façon à ce qu’elle ne devienne correctement lisible que depuis un certain point de vue ou grâce à un dispositif particulier.
On connaît par exemple ces anamorphoses qui ne révèlent leur véritable dessin que dans un miroir cylindrique.
Dans le cas de Matthieu Robert-Ortis, le principe est transposé dans l’espace.
Chaque ligne métallique doit remplir plusieurs fonctions. Vue depuis une direction, elle participe au contour d’une patte, d’un cou ou d’une tête de girafe. Depuis une autre, cette même portion doit trouver sa place dans la silhouette de l’éléphant.
Il ne suffit donc pas de construire une girafe puis de cacher un éléphant derrière. Les deux images doivent être pensées ensemble en trois dimensions.
Entre les deux points de vue, la sculpture semble perdre sa forme avant qu’un autre animal apparaisse. Crédit image Matthieu Robert-Ortis.
C’est aussi ce qui rapproche ce travail des sculptures anamorphiques et métamorphiques de Morpho : dans les deux cas, le déplacement du spectateur fait partie intégrante de l’œuvre.
Anamorphose ou sculpture métamorphique ?
Matthieu Robert-Ortis emploie lui-même deux termes pour décrire ses créations : anamorphose et métamorphose.
Lors d’une interview donnée en 2016 à l’occasion du George Town Festival, il expliquait qu’une anamorphose pouvait être une structure abstraite qui devient figurative depuis une certaine position. Une métamorphose va plus loin : une figure identifiable depuis un angle devient une autre figure identifiable depuis un autre.
La Révolution des girafes appartient clairement à cette seconde catégorie.
Un principe voisin est employé dans Perceptual Shift de Michael Murphy, où 1 252 sphères suspendues finissent par former un œil lorsque le spectateur atteint le bon angle. Là encore, l’œuvre paraît presque chaotique depuis certaines positions avant que l’image ne surgisse.
La Révolution des girafes, une œuvre devenue virale
La sculpture a connu une seconde vie spectaculaire grâce aux réseaux sociaux.
En janvier 2016, une vidéo publiée sur Facebook par le musicien Max Repetti a commencé à circuler massivement. En août de la même année, le Malay Mail indiquait qu’elle avait déjà dépassé 85 millions de vues.
Ce succès se comprend assez facilement : une photographie montre l’une des formes, mais la vidéo révèle véritablement le tour de force. La transition progressive entre les deux girafes et l’éléphant produit exactement le type d’image que l’on regarde une deuxième fois pour comprendre ce que l’on vient de voir.
En se déplaçant autour de la sculpture, les deux girafes se transforment progressivement en éléphant. Crédit image Matthieu Robert-Ortis.
Cette participation du déplacement du spectateur se retrouve également dans Head Instructor de Thomas Medicus, composée de 144 bandes de verre peintes dont les fragments forment quatre images différentes à mesure que l’œuvre tourne.
Matthieu Robert-Ortis et ses sculptures métamorphiques
La Révolution des girafes n’est pas une expérience isolée.
Matthieu Robert-Ortis a développé toute une série de sculptures fondées sur la perspective et la métamorphose. Il a notamment imaginé :
- un homme qui devient un crabe ;
- une pieuvre qui devient un kangourou ;
- deux aigles qui deviennent un drone dans The King of Drones.
L’artiste expliquait en 2016 commencer généralement par un petit prototype avant de réaliser une version plus importante. Une grande sculpture pouvait alors lui demander environ un à deux mois de travail.
La difficulté consiste moins à « dessiner avec du fil » qu’à prévoir simultanément ce que verra le spectateur depuis plusieurs directions.
D’autres artistes partent d’une idée comparable avec des matériaux totalement différents. Dans Stairway to Heaven de Strijdom van der Merwe et Chou Sheng-hsien, des éléments d’acier apparemment désordonnés s’alignent depuis un emplacement précis pour former un escalier montant vers le ciel.
De Paris au George Town Festival en Malaisie
La Révolution des girafes a notamment été présentée à Paris, dans le quartier du Marais. L’article publié à l’époque sur 2tout2rien mentionnait une exposition aux Blancs-Manteaux.
En 2016, la sculpture a ensuite voyagé jusqu’à Penang en Malaisie pour le George Town Festival. Elle y était installée au Dewan Sri Pinang avec The King of Drones, une autre création de Matthieu Robert-Ortis montrant deux aigles sous une perspective et un drone sous une autre.
Le phénomène viral sur Internet avait donc fini par ramener les spectateurs devant l’objet réel, ce qui est plutôt logique pour une œuvre dont on ne comprend pleinement le fonctionnement qu’en tournant autour.
La sculpture éléphant-girafe en vidéo
Le GIF donne déjà une bonne idée de la transformation, mais la vidéo permet de suivre continuellement le passage des deux girafes à l’éléphant.
Ce type de création rappelle finalement que certaines sculptures ne sont pas vraiment faites pour être regardées immobile depuis un seul endroit. Le mouvement du spectateur devient lui-même une partie du mécanisme visuel.
Sources pour aller plus loin
- Matthieu Robert-Ortis — site de l’artiste
- Malay Mail — The Revolution of Giraffes au George Town Festival
- Malay Mail — entretien avec Matthieu Robert-Ortis
- Time Out — Matthieu Robert-Ortis au George Town Festival 2016





Retour de ping : Les sculptures d'animaux en fil de fer de Candice Bees - 2Tout2Rien
Retour de ping : Head Instructor une sculpture de verre en anamorphose par Thomas Medicus - 2Tout2Rien
J’adooooor